Lundi 7 juillet 2014 à 22:45

 
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"Parfois elle avait le sentiment qu'elle ne pourrait jamais rien offrir à Park qui arrive à la cheville de ce qu'il lui avait donné. C'était comme s'il lui balançait des trésors sur les genoux chaque matin sans même le savoir, sans aucune idée de la valeur qu'ils avaient.
Elle ne pourrait pas le rembourser. Elle n'arrivait même pas à le remercier correctement. Comment peut-on correctement remercier quelqu'un pour les Cure ? Ou les X-Men ? Parfait, elle avait le sentiment qu'elle aurait toujours une dette envers lui.
Et là, elle s'est souvenue que Park ne connaissait pas les Beatles." 


/images/sortiespocketjeunessepkj2014LPPOp1X.jpgLorsqu'Eleanor monte dans le bus ce matin là, Park ne voit qu'elle. A vrai dire, l'intégralité du bus ne voit qu'elle. Des cheveux roux improbables, un peu trop de chair, Eleanor prend de la place. Et puis ses vêtements, elle le fait exprès ou bien ? Personne ne semble décidé à faire une place à la nouvelle, sauf Park, bien à contre-coeur. A force d'être assis à côté d'elle matin et soir, Park commence à s'intéresser à cette fille bizarre qui lit ses comics par-dessus son épaule et a l'air d'aimer la même musique que lui. Mais ce qui l'intrigue encore plus, c'est l'histoire d'Eleanor. Ce qui l'a amenée à quitter sa maison pendant un an, l'histoire de ses parents, de ses frères et soeurs, son quotidien, ses peurs, ses espoirs, ses doutes. Eleanor, elle, voit en Park quelque chose de rare. Du respect, de l'attention, l'impression d'être une belle personne, qui mérite d'être protégée. Alors tous les deux, avec leurs walkman, leurs cassettes de The Cure et toute la force de leur amour, ils vont s'apprivoiser, se chercher, apprendre à se découvrir et à s'aimer. 

Eleanor & Park, c'est un peu comme plonger dans un roman de John Green, ou de Stephen Chbosky. C'est se laisser attendrir par deux adolescents adorables, le garçon le plus chouette de la Terre et la fille la plus farouche du monde. C'est se rappeler que l'on a eu 16 ans un jour et que c'était une période pleine de doutes, de questionnements, d'espoirs. Eleanor & Park, ce n'est pas seulement une histoire d'amour incroyablement belle, c'est aussi un roman sur la vie, sur le fait de grandir, sur l'émancipation, sur le sentiment d'être coincé entre le statut d'enfant et celui d'adulte, et ne pas savoir vraiment de quel côté on préfère aller. 

Porté par un humour subtil et une fraîcheur déconcertante, Eleanor & Park n'hésite pas à aborder des sujets sensibles. Le divorce, la maltraitance psychologique, qu'elle soit familiale ou scolaire, la pauvreté, les violences domestiques, Rainbow Rowell n'hésite pas à accentuer le contraste en mettant en relation deux personnages fondamentalement différents. Park vient d'un milieu aisé, avec des parents qui s'aiment, un seul frère. Au contraire, Eleanor partage sa chambre avec ses quatre frères et soeurs, entend régulièrement sa mère se faire frapper par son beau-père, et considère son père comme un étranger. 

Un vrai coup de coeur, voilà comment je peux qualifier ce roman. Un livre que l'on n'a pas envie de refermer avant la fin, et quelle fin ! On rit, on pleure, on voyage dans les années 80, on se révolte, on redoute la fin... C'est en tout cas un livre qui procure de l'émotion, où l'alternance des points de vue d'Eleanor et de Park permet de suivre l'évolution de leurs sentiments. C'est un livre que je mets en parallèle avec Paper Towns de John Green, pour la force de la figure féminine, et le dévouement de la figure masculine. Alors jetez un oeil à Eleanor & Park, vous ne perdrez pas votre temps ... 

(Et je tiens quand même à attirer votre oeil sur cette couverture magique et magnifique, qui porte un petit laïus de John Green, comme quoi, je vous avais dit que l'on voguait sur les mêmes eaux ! ) 

Rainbow Rowell. Eleanor & Park. Pocket Jeunesse, 2014. 378p. 

Dimanche 18 mai 2014 à 19:04

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 "J'avais toujours pensé que je n'étais pas comme les autres filles. Je n'appartenais pas à leur espèce. J'étais différente. Je n'avais jamais pensé que mon avenir serait le même que le leur. Mais à présent je comprenais que je m'étais trompée, et que j'étais exactement comme les autres filles. J'étais censée consacrer ma vie à une maison, un mari, des enfants. Il était prévu que j'abandonne mes études d'histoire naturelle, mon carnet, ma rivière bien-aimée."


/images/9782211205337.jpgPas facile d'être la seule fille dans une fratrie de sept enfants, surtout à la fin du XIXème siècle et au Texas. Les femmes doivent apprendre la couture, les arts ménagers et la conversation, et surtout n'avoir aucune ambition autre qu'une vie familiale et matrimoniale proche de la dévotion. Sauf que Calpurnia a onze ans, qu'elle préfère courir dans les champs, se baigner et observer les insectes, plutôt que de réaliser des napperons ou des gâteaux. La science ? Elle adore, La botanique ? Encore plus. C'est grâce à son grand-père, un homme taciturne mais d'une culture incroyable, que les questions de la jeune Calpurnia Tate trouveront des réponses. Et même s'il n'est pas bien vu, à l'aube de ce nouveau siècle, d'être une jeune femme cultivée ambitionnant un diplôme universitaire, ce n'est pas le caractère bien trempé et déterminé de Calpurnia qui se laissera mettre en cage. 

Elle est un peu sauvage, elle est indomptée, d'une innocence et d'une naïveté touchantes, d'une finesse d'esprit déconcertante. On ne peut qu'aimer Calpurnia Tate. Elle m'a énormément fait penser à Charity Tiddler, l'héroïne du roman 
Miss Charity, de Marie-Aude Murail. Et que ça fait du bien de lire des romans où les personnages féminins ont autre chose en tête que les relations homme-femme. Sortir des sentiers battus, aller là où l'on ne l'attend pas, voilà ce que sait faire Calpurnia, avec ses indignations d'enfant qui prouvent que la société était bien fermée en ce qui concerne l'éducation des femmes. 

Ce roman est plutôt contemplatif, mais il m'a énormément plu. Jacqueline Kelly nous emporte dès les premières pages dans ce sud chaud et poussiéreux des Etats-Unis, dans les plantations de coton, là où l'on ne prête pas les ouvrages de Charles Darwin à la bibliothèque. On suit l'éveil de Calpurnia à la nature, ses questionnements, sa curiosité naissante pour ce qui l'entoure. Et, comme dans tout bon roman d'apprentissage, la figure du grand-père survient et tire la jeune fille de l'ignorance dans laquelle on la maintient. On y découvre une société fermée, engoncée dans ses préjugés et l'omniprésence de la religion, des traditions. Et la question de la place des femmes, de leurs libertés, est abordée de manière assez frontale. Pas question de trouver un travail, de ne pas se marier. Tous ces carcans maintenus par la société, masculine, mais aussi surtout féminine.
 

Que ce soit la complicité de Calpurnia et son aïeul, sa frustration, ses désillusions, sa tristesse, ses joies, chaque émotion est dépeinte de manière précise et vivante, créant un vrai lien avec le lecteur. C'est un roman calme, mais bouillonnant d'envies, de découvertes, de volontés de faire avancer les choses. On y goûte la poésie des petits bonheurs, la satisfaction d'avoir trouvé une chenille ou d'avoir cheminé au soleil couchant au bord de l'eau. C'est vraiment un très très beau roman, plein de douceur et de sérénité, et porteur d'un message fort.  Et puis, Calpurnia a tout compris au bonheur : 

"Aaaah ! Lit, livres, chaton, sandwich ! Que désirer de plus dans la vie ?"

Jacqueline Kelly. Calpurnia. L'Ecole des loisirs, 2013.
 416p. 

Jeudi 3 avril 2014 à 20:12

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Ce voyage sera ... Mortel... 

" Pour des raisons de sécurité, la NASA avait décidé que les trois adolescents tirés au sort devraient avoir quatorze ans révolus mais ne pourraient pas être âgés de plus de dix-huit ans. Ils devraient mesurer entre un mètre soixante et un mètre quatre-vingt-douze et passer les examens tant physiques que psychologiques chez un clinicien certifié de leur ville de résidence afin d'obtenir  un certificat médical d'aptitude en règle. La totalité des candidats devrait en outre  bénéficier d'une acuité visuelle quasi parfaite, ne pas présenter d'anomalies dans la vision des couleurs et avoir une pression artérielle en position assise qui ne dépasserait pas 140 pour 90. Sans oublier, bien sûr, les batteries de tests et les entraînements auxquels seraient ensuite soumis les trois heureux élus. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/1508997860542513971579656212555n.jpgIls s'appellent Mia, Midori et Antoine. Ils ne se connaissent pas, vivent chacun à un bout de la planète, et s'apprêtent à passer les prochains mois ensemble, dans une aventure hors du commun. Parmi les milliers de participants, ils ont été tirés au sort afin d'effectuer ce dont tous les adolescents rêvaient : effectuer un voyage sur la Lune. Pendant 172 heures, ils vont évoluer sur une base spatiale aménagée dans les années 70 : DARLAH 2. Le but de l'expédition est assez peu clair, mais peu importe, c'est déjà suffisamment excitant d'aller sur la Lune. Mais tous les trois, la veille de leur départ pour Houston, vont vivre une expérience étrange, inquiétante, leur déconseillant de quitter la terre ferme. Qu'importe, leur rêve ne souffrira aucune annulation. S'ils avaient su. S'ils avaient pesé le pour et le contre, s'ils s'étaient fiés aux signes, à leur intuition. Car la Lune n'est peut-être pas aussi déserte qu'on le prétend. Et si les astronautes les accompagnant avaient une vague idée de ce que l'on peut trouver là-haut ? Et s'ils n'étaient pas supposés retourner sur la Lune ? Sur la Lune, personne ne vous entend crier... 

Pourtant peu attirée par le sujet, j'ai été très agréablement surprise par ce roman angoissant à souhait. L'ambiance monte en tension au fil des chapitres, avant même que la fusée n'ait décollé. Que ce soit les bribes de conversations de la NASA qui ne laissent rien présager de bon, ou la réaction instinctive et violente d'un ancien agent, atteint d'Alzheimer, qui assiste à un désastre programmé depuis sa maison de retraite, on sent rapidement que rien ne va se passer comme prévu. 

L'auteur délaie le départ, et permet au lecteur de se familiariser avec les personnage, de rendre encore plus fort tout ce qu'ils laissent sur Terre. L'alternance de points de vue donne un rythme au récit, car les adolescents sont loin de se ressembler, et n'ont pas du tout les mêmes préoccupations. Une fois l'alunissage effectué, tout change. Le décor, déjà se fait quasi apocalyptique. Tout est gris, silencieux, calme à souhait ou oppressant, selon la situation. Et tout dérape assez rapidement, entraînant le lecteur dans une course contre la montre. Tout est lié à l'arrêt du générateur d'oxygène, à l'autonomie des bouteilles d'oxygène. 

Sur la Lune, on meurt pour de vrai, sans préambule. La mort s'impose brutalement, de manière déstabilisante, ce qui contribue à amplifier l'angoisse. Tout est fait pour ressentir l'impuissance et la peur des personnages, et ça fonctionne très bien. Et loin d'être un roman d'apprentissage, 172 heures sur la Lune n'a pas vocation de rassurer, de ne faire qu'une demi-frayeur à son lecteur. On aimerait se tromper, on se trompe, on est baladés, la mayonnaise prend, on tourne les pages frénétiquement dans l'espérance d'un apaisement final qui ne vient jamais. 

Fantastique sans sombrer dans quelque chose de trop obscur, on est plutôt dans un très bon roman d'aventures qui fait froid dans le dos.172 heures sur la Lune, c'est le roman à dévorer sous sa couette avec une lampe de poche, celui qui réveille les monstres sous le lit et vous envoie dans l'espace pour une ballade tragique. Alors, prêt à partir ? 

Johan Harstad. 172 heures sur la Lune. Albin Michel, 2013. 478p.



Mardi 25 mars 2014 à 17:53

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 "Simplement parce que nous sommes entrés dans le monde moderne, en avons-nous terminé avec la souffrance ? En avons-nous terminé avec l'amour, avec la mort ? En avons-nous terminé avec les guerres ? Là, il y aura des sacrifices ! Et quand les parents se tuent au travail pour nourrir leurs enfants ? Sacrifice ?
Et lorsqu'une mère meurt en couches ?
Sacrifice" 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/sacrificealune1450819616x0.jpgIls s'appellent Eric et Merle. Ils sont condamnés à vivre sept vies, sept vies ensemble sans vraiment être ensemble. Mère et fils, frère et soeur, amants, pendant sept lunes ils vont devoir rejouer le sacrifice afin d'expier le premier meurtre. Sept époques, la même île de Blessed, mystérieuse, secrète, fleurie de ces orchidées dragon qui peuvent tuer, soigner, faire oublier... Lorsqu'Eric débarque sur l'île pour un reportage, il s'agit juste de se renseigner sur une rumeur étrange : ici les gens ne vieillissent pas, il n'y a pas de naissances, pas d'enfants. Et une partie de l'île est inaccessible. A force de fouiller, ce reporter va découvrir qu'il est au coeur d'un cycle commencé il y a des siècles et des siècles, comme une malédiction vouée à se reproduire. Mais il n'est pas seul, il y a Merle, celle qui lui donne l'impression de rentrer à la maison, celle dont il ne veut jamais être séparé. Comment le pourrait-il ? Ils sont liés depuis la nuit des temps, et pour toujours, si la lune le veut. 

Pas facile de parler de ce roman tant il peut sembler complexe au premier abord. Un chapitre par lune, avec un retour au dernier chapitre sur la situation initiale. Pas vraiment le temps de connaître bien les personnages que l'on file à une autre époque, en remontant le temps à chaque chapitre.
 On déroule le fil de l'histoire à l'envers, on reprend la chronologie au départ pour espérer modifier cette malédiction, et pourtant, le lecteur impuissant assiste à la répétition de l'antique sacrifice, condamnant les deux personnages à une mort assurée, mais également à une autre chance de se retrouver, plus tard, au même endroit. 

La plume de Marcus Sedgwick ne cherche pas, malgré les apparences, à perdre son lecteur. Il se contente tout d'abord de nous donner quelques indices, puis il les dissémine au fil des chapitres, laissant au lecteur la tâche de reconstituer le puzzle, de remettre chaque chose à sa place. Tour à tour conte nordique, roman d'anticipation, légende gothique, les styles se suivent sans se ressembler, mais laissant toujours une impression d'unité, de fil conducteur. Les éléments récurrents peuplent ce récit, entre les prénoms, la figure du lapin, celle de l'oubli, le thé, les orchidées... Autant de détails qui donnent une impression de déjà vu aux histoires, un encrage dans le passé, le futur.
 

On ne peut qu'être touché par cette histoire belle et violente, tragique et si poétique. C'est un roman qui marque, qui reste, qui impose son empreinte au lecteur. Naviguant à travers l'histoire et l'imagination, mêlant les genres et bouleversant son lecteur, Marcus Sedgwick a très bien réussi à rendre ce roman indispensable. 


Marcus Sedgwick. Sacrifice à la lune. Thierry Magnier, 2013. 331p.

Image trouvée ici 

Mercredi 5 mars 2014 à 21:19

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 " Tout commença un matin quand je vis que papa arborait une expression inhabituelle. J'étais trop occupé à lire dans la courette, à l'ombre derrière la maison. J'avais juste fini de couper du bois pour le poêle de Quint et espérais avoir un instant de calme avant qu'on m'ordonne de transporter les rondins à la cuisine. 
Papa était parti un peu plus tôt, en direction du pic du Moisi pour nettoyer son canon, et je pensais qu'il ne rentrerait pas avant le soir. Je ne pus donc m'empêcher de sursauter quand je le vis surgir devant moi. J'étais bon pour une sacrée torgnole, à traîner au lieu de m'occuper des rondins. Me tabasser était, chez lui aussi, une manie mais contrairement à Adonis il ne semblait en tirer aucun plaisir." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv3/9782021089677.jpgLa vie à Temps-Mort est loin d'être une sinécure lorsque l'on s'appelle Egbert et que l'on passe son temps à être martyrisé par ses aînés Vénus et Adonis (qui n'ont rien fait pour mériter leur prénom). Et cela sans parler des pirates sanguinaires qui arpentent l'île, ceux qui travaillent pour le père d'Egg et qui pourraient bien un jour décider de rompre leur contrat en leur faisant sauter la cervelle. Mais tout cela, ce n'est vraiment rien du tout comparé à ce qu'Egg va devoir endurer sur Soleil-Levant. L'ïle est pourtant réputée pour sa beauté, sa propreté, la courtoisie de ses habitants, mais c'est sans compter sur un faux gentleman qui va faire disparaître la famille d'Egg, le laissant seul, à la merci de tous. Le truc, c'est que si le père d'Egg a été envoyé faire ce dernier voyage en ballon, c'est qu'il était au courant de l'existence d'un trésor légendaire. Quelque chose en rapport avec un peuple primitif, enfin ça Egbert n'y comprend pas grand chose. Tout ce qu'il sait c'est qu'il doit fuir, survivre et trouver le trésor en premier. Facile me direz-vous ? Alors essayez de le faire avec une pimbêche collée à vos basques (la fille de celui qui a occis votre famille) et un jeune pirate prêt à vous tuer si vous ne respectez pas le contrat passé avec lui. Tout de suite, ça se complique un peu... 

Premier tome d'une série, Le trésor des Okalus met tout de suite dans l'ambiance. Dans un univers de pirates vraiment méchants, ça se castagne dans tous les sens et le prix d"une vie est fixé par celui qui tient le sabre. Tout le monde y est sans pitié, cruel, effrayant (surtout d'aspect et d'odeur), sauf Egbert. Celui-là fait plutôt penser à un vilain petit canard, pas très grand ni très fort, plutôt attiré par la littérature que par les bagarres (parce que c'est tout le temps lui qui perd, notamment.) Sauf que c'est peut-être le seul à avoir un QI suffisamment élevé pour éviter de se faire occire comme les autres. 

Ce roman a beau être peuplé de pirates, il s'agit d'un roman initiatique assez classique mais sympathique. Laissé seul, Egbert doit se débrouiller pour survivre alors que tout le monde n'a à coeur que de lui faire manger les pissenlits par la racine. Se dépasser, vaincre ses peurs, laisser de côté les vieilles rancoeurs familiales, il est temps de grandir et de montrer que l'on est un homme. D'autant plus que la jeune Millicent, tout aussi pimbêche qu'elle puisse être, est quand même sacrément intéressante et qu'il aimerait bien lui demander de l'épouser, un de ces quatre. 

Malgré tous les aspects sympa d'un bon roman d'aventure, il a manqué un petit quelque chose à celui-là. Rien à redire sur les pirates, ils sont parfaits, ils sont méchants. Rien à redire sur la langue, elle est parfaitement adaptée au contexte et le second degré ainsi que l'ironie d'Egg sont excellents. Rien à redire sur les différentes péripéties, il y en a énormément. Mais justement, peut-être y a-t-il un peu trop de rebondissements. L'auteur aurait pu se concentrer sur certains pour les détailler un peu plus, parce que là, ce n'est plus de la rapidité, c'est carrément expéditif à certains moments. TMis à part cela, j'ai passé un bon moment en compagnie d'Egg, de Millicent (qui m'agace, mais qui m'agace, que quelqu'un colle un aller-retour à cette gamine par pitié)  et Tripoux le jeune pirate plein de culot. Reste à savoir ce qui se passe dans le deuxième tome ! 


Geoff Rodkey.  Les chroniques de l'Archipel : Le trésor des Okalus. Seuil, 2013. 363p.

Jeudi 13 février 2014 à 21:08

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Une fille au masculin ..
 

"Je ne veux pas me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. Je n'aime pas ce rôle. Je vais donc continuer à me battre. Voilà mon identité : lutter. Mon identité, c'est de persévérer, non pas d'être un garçon ou une fille. Je suis moi. Et moi, je me bats. Ça ne me gêne pas de mourir. Mais seulement quand j'aurai tout tenté."



http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv3/BachaPosh.gifFarrukh s'habille comme un garçon. Il a un travail, il fait de l'aviron avec d'autres garçons, il ne fait pas le ménage, il se fait servir par ses soeurs, il peut conduire, il peut faire des études, il peut se déplacer seul, apprendre le français et lire des livres d'André Gide, comme n'importe quel garçon d'Afghanistan. Sauf que Farrukh n'est pas un garçon. Farrukh est une bacha posh, une fille élevée comme un garçon par les familles qui n'ont pas pu avoir d'héritier mâle. L'illusion est parfaite, personne ne se doute que son véritable prénom est Farrukhzad, que dans quelques mois elle devra porter la burqa et se faire accompagner par un homme pour sortir dans la rue. Pour l'instant, tout ce qui lui importe, c'est que son équipe d'aviron gagne les présélections pour les Jeux Olympiques. Elle sait que c'est possible, avec leur nouveau bateau et la motivation de l'équipe, mais surtout grâce à cette amitié indéfectible pour Sohrab, Sohrab qui lui tient la main quand ils rentrent, lui qui l'entraîne la nuit pour lui montrer la ville après le couvre-feu. Sohrab qui n'a aucune idée de la véritable identité de son ami.

Ce roman a été une véritable claque, déjà car je ne connaissais pas l'existence des bacha posh en Afghanistan et au Pakistan et que j'ai trouvé que cette thématique était clairement d'actualité. Ni fille ni garçon, un peu les deux, où est la frontière, quel est le genre ? Peu importe, il ne s'agit pas ici de sexe, mais de droits, de possibilités, qu'un morceau de chair en plus ou en moins peut changer.
 

Être une bacha posh est d'abord une expérience traumatisante. Du jour au lendemain, la petite fille se fait couper les cheveux, change de prénom, s'habille en homme, apprend à se comporter en homme, à parler comme un homme. L'enfance et le début de l'adolescence sont synonymes de droits presque illimités. Un homme peut tout faire, il n'a besoin de demander la permission pour rien. Il est libre d'aller où il veut, de travailler, de marcher tête nue, à visage découvert. Tout ce que les femmes ne peuvent pas faire. Les bacha posh s'habituent souvent à ces traitements de faveur, à ces libertés temporaires. Malheureusement, et c'est ce qui se passe dans le roman, la première goutte de sang stoppe le processus. A l'apparition des premières règles, plus besoin du bandeau pour s'écraser les seins naissants, les cheveux courts sont remisés sous une burqa, la jeune femme retrouve son nom, arrête ses études, se coupe des amitiés qu'elle avait créée et devient bonne à marier. Autant dire que la situation est très difficiles à vivre pour ces jeunes femmes. La réaction des hommes est tout simplement incroyable : On dirait qu'ils rejettent les femmes ainsi que leurs droits fondamentaux comme des enfants garderaient le plus gros bout d'un gâteau. Et tout est couvert par la tradition. On ne peut pas changer les choses car c'est la tradition. C'est là que le personnage de Farrukh fait entendre sa voix.
 

Ce qui m'a touchée dans ce roman, c'est la force de caractère de cette jeune fille, qui s'est tellement investie dans son activité sportive qu'elle est prête à défier ses parents afin d'aller jusqu'au bout, afin de ne pas abandonner une équipe qui n'aura pas tant de scrupules envers elle. C'est une battante, elle veut aller jusqu'au bout, quitte à ce que ça fasse mal, quitte à être blessée, reniée, pour elle rien n'est une question de sexe, elle ne se considère ni comme une fille ni comme un garçon. Elle est une personne et considère que ses droits ne peuvent pas fluctuer en fonction du prénom que les gens lui donnent. L'écriture de Charlotte Erlih sert tout à fait l'histoire. On rentre avec surprise dans ce texte, sans trop savoir à quoi s'attendre, et l'émotion monte en même temps que le suspense et une sorte de colère, de sentiment d'injustice. C'est un texte superbe sur un sujet fort mais méconnu. Il est temps de lire le roman de Charlotte Erlih et découvrir l'existence des bacha posh ! 

Charlotte Erlih. Bacha Posh. Actes Sud Junior. 2013. 192p.

Mardi 4 février 2014 à 21:13

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"Ségrégation hier, ségrégation demain !" 

 L'intégration était suspendue? Peut-être que cela valait mieux, après tout. Sa vie redeviendrait comme avant. Injuste, mais normale et rassurante. Avec des écoles minable, mais sans menaces de mort au téléphone.
Blottie dans l'odeur de sa grand-mère, elle sentit pourtant que la déception prenait le dessus. Quand, à son tour, elle serait grand-mère, elle n'avait pas envie de se retrouver à devoir expliquer à ses petits-enfants pourquoi ils ne pouvaient pas aller au parc d'attraction avec les blancs.

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/frontcover.jpg1957, le gouvernement américain a décidé de lutter contre la Ségrégation en mettant en place une loi permettant aux lycéens noirs d'étudier dans les mêmes établissements que les blancs. Un lycée de l'Arkansas est chargé d'accueillir les neuf élèves qui se sont portés volontaires pour ce programme. Mais dans un état sudiste, conservateur, ancré dans la violence et le legs de l'esclavage, la nouvelle est violemment accueillie. Les familles se pressent afin d'empêcher les "nègres" de pénétrer dans l'école de leurs enfants. Certains promettent de leur réserver un sort funeste, le Klan veille au grain. Molly s'est portée volontaire, elle est noire et veut que la condition des siens change. Elle ne veut pas léguer ce monde à ses enfants, à ses petits enfants. Grace est blanche, elle vit dans une maison où travaille une bonne noire, sa meilleure amie distribue des tracts pour empêcher ces "singes" d'apporter leurs "maladies" dans leur lycée. Elle ne s'est jamais vraiment posé la question, mais même si la nouvelle de l'arrivée des étudiants ne la réjouit pas totalement, elle ne voit pas pourquoi elle devrait leur mener la vie dure. Et Molly doit intégrer la classe de Grace. Cette expérience sera peut-être l'occasion pour les deux jeunes filles de surmonter leurs préjugés... 

Se baser sur un épisode aussi violent de l'histoire de la Ségrégation n'était pas forcément gagné. Mais comme Judith Perrignon avec Les faibles et les forts, Annelise Heurtier nous livre une histoire forte, sensible et poignante. Les chapitres alternent entre le point de vue de Molly et celui de Grace, tout en restant à la troisième personne.
 Ainsi, au fur et à mesure, on peut voir l'évolution de la situation et les conséquences que cela peut avoir dans la vie de l'une ou l'autre. 

Et cette alternance de point de vue permet de mettre en avant le fait que la vie de Molly n'a rien à voir avec celle de Grace, et ce, uniquement parce qu'elle est noire.
 Alors que Grace s'interroge sur la tenue qu'elle va porter le jour de la rentrée, Molly se demande si le Klan ne va pas attaquer sa famille, si elle ne va pas être tabassée, insultée. Elle se demande même si elle pourra aller en cours. Alors que l'une subit les brimades, le mépris et les insultes, l'autre programme ses rendez-vous avec le garçon qu'elle convoite.  Elles n'ont pas les mêmes peurs, les mêmes responsabilités. Molly doit faire face à l'incompréhension de sa famille, qui a peur pour elle, à l'abandon de ses amis qui ne supportent pas qu'elle ait choisi un lycée pour Blancs, les regards de dégoût des lycéens qui passent chaque jour à côté d'elle, sans s'épargner un mot, une phrase blessante. 

Mardi 28 janvier 2014 à 13:23

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/3174791629216aquSxS1r.jpg "- Quel a été ton préféré ? me demande-t-elle.
- Mon préféré ?
- Ton corps préféré. Ta vie préférée.
- Un jour, j'ai emprunté le corps d'une jeune aveugle. J'avais onze ans à l'époque. Ou peut-être douze.
Je ne sais pas si elle a été ma préférée, mais en tout cas, j'ai appris plus de choses avec cette fille en une journée que je n'en aurais apprises avec la plupart des gens en un an.
Entre autres, combien notre expérience du monde est arbitraire et individuelle.
Que la façon dont nous nous frayons un chemin dans ce même monde dépend aussi de la façon dont on le perçoit - et pas seulement parce que les autres sens de cette fille étaient plus aiguisés que la normale.
Pour moi, cette journée a été un énorme défi.
Pour elle, c'était son quotidien, sa vie." 


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/acommeaujourdhui325361.jpgTous les jours, A se réveille dans un corps différent. Il est toujours la même personne, il a toujours 16 ans, mais il n'occupe jamais le même corps. Filles, garçons, riches, pauvres, lycéens, travailleurs immigrés, aveugles, obèses, heureux, dépressifs, chaque corps est unique, chaque journée est unique. Depuis le temps, A sait qu'il ne doit pas trop perturber ses hôtes. L'enjeu est de leur faire passer une journée normale, ne rien changer, ne pas interférer, sous peine de culpabiliser, d'être un imposteur, pire, de les prendre en otage. Mais un jour A se réveille dans le corps de Justin, un adolescent banal, agaçant même, égoïste. La seule chose qui change, c'est Rhiannon, la petite amie de Justin, une jeune fille incroyable dont A va tomber amoureux. Sauf que ce bonheur ne peut durer qu'une journée. A moins qu'A ne décide d'utiliser les jours suivants afin de revoir Rhiannon, sous d'autres traits, dans d'autres corps. Peut-on vraiment envisager une histoire d'amour lorsque l'on n'est jamais la même personne à l'extérieur ? Et ses hôtes ne risquent-ils pas d'être utilisés à des fins qu'ils n'auraient pas choisi ? 

Participant au prix Lucioles Jeunesse, je me suis remise à lire des romans ado, et A comme aujourd'hui a été une très bonne surprise. L'histoire originale m'a plu dès le départ, dès les premières lignes.
 On découvre un adolescent, (ou bien une adolescente ?) prénommé A, qui existe en tant qu'entité psychologique, et dont la particularité est d'occuper chaque jour un nouveau corps, en ayant accès aux souvenirs de son hôte, mais pas de ses émotions. Il doit donc composer avec ce qu'il sait et deviner le reste, ce qui peut parfois être problématique. On entre directement dans le vif du sujet avec la rencontre de Rhiannon et ce coup de foudre attendrissant. 

Mais ce serait trop simple de se contenter d'une histoire d'amour un peu compliquée.
 David Levithan donne a son personnage plus de relief en lui faisant prendre conscience que certaines vies doivent être changées. Que lorsque l'on occupe le corps d'une jeune fille qui songe à se suicider, il faut agir, par exemple. Cet échange avec Rhiannon va donner lieu à un regard différent sur le monde ,les choses, la responsabilité qu'a A à occuper le corps de personnes. Le personnage de Nathan, persuadé d'avoir été possédé et cherchant des réponses en est un exemple. 
 
L'auteur cherche à introduire des notions de tolérance, de respect, d'identité et c'est plutôt bien fait. Avec le personnage principal, on fait l'expérience de la jalousie, de la peur, de la culpabilité. La fin est très bien amenée, très belle à vrai dire. Elle explique vraiment l'idée que l'amour peut prendre différentes formes, et que respecter un choix, essayer d'avoir de l'empathie afin de rendre heureux l'autre, même à ses dépens, c'est aussi de l'amour.
 En résumé, un roman bien ficelé, avec une base originale, des personnages principaux attachants, de quoi passer un très bon moment ! 

David Levithan. A comme aujourd'hui. Les grandes personnes, 2013.
 384p.

Image trouvée ici 


Lundi 30 septembre 2013 à 17:26

 Paulus - Agnès Desarthe

J'aimerais comprendre un jour pourquoi les parents se disputent. Parce qu'il n'y a pas que les miens. Tous les parents c'est pareil. J'ai fait un sondage en classe. Quand on regarde les albums avec les photos en noir et blanc, ils sont tout mignons, tout gentils, et des fois on retrouve une vieille lettre d'amour entre les pages collées. Qu'est ce qui fait que dix ans, douze ans, quinze ans plus tard ils ne peuvent plus se voir en peinture? Est-ce que c'est parce qu'ils se choissisent mal au départ? est-ce que c'est parce qu'ils se lassent à force de se voir tous les jours ? Est ce à cause des enfants? " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782211067171-copie-1.jpgDans cet article je vais vous parler de Je ne t'aime pas, Paulus et Je ne t'aime toujours pas, Paulus, d'Agnès Desarthe, réunis actuellement sous le titre Paulus, à l'Ecole des loisirs. 
Lorsque Julia apprend, de la bouche de sa meilleure amie Johana, que Paulus, LE Paulus Stern du collège, est amoureux d'elle, elle n'y croit pas.C'est forcément un coup monté, une blague, le premier avril en avance, bref, rien de crédible. Parce que Paulus est LE garçon, le plus beau, le plus parfait du monde, qu'il recopie des vers d'Apollinaire, et que Julia est .... est Julia. C'est à dire pas forcément jolie (selon elle), première de la classe, passionnée par les mathématiques, habillée comme un sac, couverte de tâches de rousseurs et infortunée porteuse de lunettes. Sauf que, ce n'est pas une blague, Paulus est décidément fou amoureux d'elle, mais elle ne l'aime pas. Enfin, elle ne s'est jamais vraiment posé la question. Et puis elle a autre chose à faire, parce que la veille des vacances de Noël, Julia apprend que son père a été licencié parce qu'il était trop gros, et comme il était le seul de la famille à avoir un emploi, c'est la débandade. Pas de ski, une ambiance de Noël type restos du coeur orchestrée par ce que la jeune fille appelle la "Loi de l'emmerdement maximum", et une petite soeur un peu perdue dans tout ça. Alors Paulus, si tu crois que Julia n'a que ça à faire de tomber amoureuse de toi, eh bien tu te trompes. Quoique... 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/312851268214FIIsClzj.gif Je ne ferai pas de résumé ici de Je ne t'aime toujours pas, Paulus, afin de ne pas dévoiler les ficelles du premier tome. J'ai eu un gros coup de coeur pour ces deux romans. On m'en parlait depuis longtemps, mais je n'avais jamais pensé à aller les regarder d'un peu plus près. Comme j'avais tort. Agnès Desarthe a un don pour écrire un roman ado très drôle, pas du tout gnangnan, même s'il y a une histoire d'amour, tout en cernant de manière très intelligente la psychologie d'une collégienne. 

Les personnages ont tous quelque chose qui les rend uniques et formidables.
 De Johana, la meilleure amie un peu paumée, très belle, dragueuse invétérée et mauvaise élève à Judith, la petite soeur totalement déjantée (qui m'a beaucoup rappelé Libby, la petite soeur de Georgia Nicolson) qui a rebaptisé sa poupée "Tu pues", en passant par Nadine-le-bon-sens-près-de-chez-vous l'amie fidèle et pitoyable, tout le monde en prend pour son grade. 

Le thème des conflits entre parents et adolescents est traité efficacement, tout comme la question du chômage, ou de la dépression.L'auteur sait comment aborder un sujet sans se départir de son humour grinçant et souvent ironique. C'est d'ailleurs un trait de caractère de Julia qui m'a touchée, son humour, son sens de l'auto-dérision, tout en restant une adolescente "normale", mortifiée par son comportement face à Paulus. Mais ses qualités ne s'arrêtent pas à l'humour. Son intelligence, sa finesse d'esprit lui permettent de se remettre souvent en question et donc d'analyser cet état "étrange" qu'est l'adolescence, où tout change et où parfois on ne se reconnaît pas vraiment.
 

Le deuxième tome se montre à la hauteur du premier. Rebondissements, intrigues, on ne lâche pas Paulus comme cela, mais évidemment, rien ne se passe comme prévu. La relation entre Johana et Julia s'approfondit, on touche ici à un autre point sensible, la différence de maturité, l'évolution d'une amitié lorsque les centres d'intérêt ont changé. 

Que dire de plus ?
 Cette série de romans ravira les romantiques et provoquera de nombreux sourires, voire même de grands éclats de rire. Le style d'Agnès Desarthe est travaillé, plaisant, et je ne vois aucune raison de ne pas passer un moment avec Julia, pour découvrir si oui ou non, elle finira par tomber amoureuse de Paulus, si Judith réussira à inventer un langage des signes pour les sourds et si le père de la famille retrouvera du travail malgré son embonpoint. 

Agnès Desarthe.
 Paulus. Ecole des loisirs, 2013. 424p. 

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Lundi 19 août 2013 à 12:32

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 Le journal malgré lui de Henry K. Larsen - Susin Nielsen

" Lundi 4 février

LE SAVIEZ-VOUS ? Les animaux les plus venimeux de la terre sont souvent les plus colorés. Pourquoi ? Parce qu'ils veulent être vus. Ainsi, les prédateurs n'ont qu'à en manger un ou deux avant que leur copains se disent : ' Attends un peu. Si je boulotte cette grenouille dendrobate / ce serpent corail / ce papillon monarque, je vais connaître une mort très douloureuse, comme mon pote Bob !" Et très vite, tout le monde sait qu'il vaut mieux les laisser tranquilles.
Alberta est une version humaine de la grenouille dendrobate. On ne peut que la remarquer ; mais on ne tarde pas à apprendre qu'elle est toxique."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/liv3735lejournalmalgreluidehenryklarsen.jpgHenry vient de déménager et d'entamer une nouvelle année scolaire. Jusque là, rien d'anormal. Il écrit dans un cahier que son psy trop nul lui a donné. Franchement; quel psy s'appelle Cecil et porte des vêtements des années 60 sans être lui-même interné quelque part ? En plus, ce journal est nul, il sert uniquement à parler de Ca. Et Ca, Henry ne veut surtout pas en parler. C'était l'époque de Jesse, de Maman et Papa, de tout le monde à peu près ensemble. Mais il faut bien qu'Henry cherche à s'intégrer, ce qui n'est pas toujours évident lorsque l'on est roux, un peu enrobé, fan de catch, et que l'on a une fâcheuse tendance à attirer les nerds. Dès les premiers jours, il se fait embarquer dans un club de quiz et passe directement pour un super ringard. De l'intello binoclard au fou furieux de jeux-videos, il ne faut pas oublier Alberta. Alberta, c'est un monde à part, un monde qui vous botte les fesses. Et si Henry n'attendait que ça, finalement ... 

Ce roman est vraiment très très chouette ! Déjà parce que Susin Nielsen sait y faire en terme d'humour, mais aussi grâce à la subtilité de son écriture. Henry est un personnage assez mal dans sa peau, qui a subit un traumatisme dont on ne sait rien au départ mais qu'il cherche à enfouir. C'est un adolescent fragile dans une situation familiale instable. Autant dire que côté humour, ce n'était pas forcément gagné. Sauf que. Henry est aussi plein de second degré, d'ironie et de méchanceté. Son analyse de certains personnages est assez hilarante, bien que tout cet humour soit aussi une façade cachant un mal-être. 

Le mode du journal intime permet d'être au plus près du personnage, de vivre les événements avec lui. Toutefois, beaucoup d'éléments échappent à Henry, ce qui permet au lecteur d'être surpris. On s'attache à ce garçon, mais aussi à son entourage, et une fois que l'on découvre la teneur de CA, l'histoire prend tout de suite une autre dimension. Susin Nielsen a cette chance de ne pas rentrer dans le pathos, de laisser l'émotion intacte sans en faire trop, 

Il est difficile de lâcher ce livre une fois qu'on l'a commencé. Bien que l'histoire ne comporte ni intrigue, ni enquête, les péripéties s'enchaînent parfaitement, et les révélations jalonnent l'histoire, pour nous conduire jusqu'à la fin. Les sujets abordés (dont je ne peux pas trop parler sans risquer de vous dévoiler la teneur de l'intrigue) sont durs, mais l'auteur amène cela intelligemment. Les situations vécues sont marquantes, et les réactions des personnages parfois inattendues.Que ce soit pour parler de divorce, d'amitiés brisées, de harcèlement à l'école ou bien de filles (ces étranges créatures auxquelles Henry ne comprend rien) Susin Nielsen ne prend pas les ados pour des truffes, et cela fait plaisir. 

Je me doute que cet article ne vous éclaire pas énormément, mais pour découvrir ce qu'il s'est passé, et connaître un peu mieux Henry et sa bande de geeks attachants, jetez-vous vite sur le Journal malgré lui de Henry K. Larsen. 


Susin Nielsen. Le journal malgré lui de Henry K. Larsen. Hélium, 2013. 239p. 

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