Vendredi 29 janvier 2010 à 22:58

 
 
 Mademoiselle Else - Arthur Schnitzler

" Il faut que j'allume la lumière. La fraîcheur tombe. Fermer la fenêtre. Tirer le rideau ? ... Inutile. Personne n'est posté sur la montagne d'en face, avec une longue vue. Dommage... " J'ai là une lettre, monsieur von Dorsday..." Après dîner, ce serait mieux, au fond. L'ambiance est plus détendue. Dorsday aussi... Je boirai peut-être un verre de vin, avant. Mais si l'affaire était arrangée avant le dîner, j'aurais davantage de plaisir à manger. Pudding à la merveille, fromages, fruits divers. Et si monsieur von Dorsday refusait ? Ou s'il s'enhardissait ? Mais non, jamais personne ne s'est enhardi avec moi." 


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782253063445G.jpgUn court extrait, pour ne pas trop dévoiler de l'histoire. Ce livre fait partie de mon programme pour les cours, la couverture encore une fois m'avait séduite. L'histoire est assez simple.  Une jeune fille, Mademoiselle Else, en vacances avec sa tante, se voit imposer une requête par ses parents. Son père n'a plus d'argent, et risque la prison s'il n'apporte pas une certaine somme, rapidement. Le seul espoir est un vieil homme riche, qui pose une unique condition avant de signer le chèque : pouvoir contempler Else, nue. Les pensées de la jeunes filles oscillent donc entre l'angoisse de la demande, la stupeur lors de la réponse de l'homme, l'impasse dans laquelle elle se trouve. Jamais autre chose que ses pensées, toutes désordonnées, où le trouble est palpable. 

Je dois avouer que le fait que ce livre soit assez court m'a arrangé, étant donné  que je ne suis pas une adepte du roman du flux de conscience. Mais là, l'histoire est assez prenante, et l'auteur sait s'y prendre pour créer un véritable suspens. Jusqu'au bout, il est assez difficile de deviner la fin exacte de l'oeuvre. Mais ce manque d'organisation des pensées, cette jeune fille si incohérente, au bout d'un moment ça m'a un peu lassé. Je pense que je préfère des ouvrages plus construits, avec de réels dialogues, un point de vue mon restreint. Mais c'est tout de même une lecture qui n'est pas désagréable. 

Arthur Schnitzler. Mademoiselle Else. Paris : Le livre de poche, 1993. 94p. 

Jeudi 28 janvier 2010 à 11:15

 
 Le Coup de Grâce - Marguerite Yourcenar

" Je la revis dès le lendemain chez son frère ; chaque fois, elle trouva moyen de s'éclipser avec une souplesse de jeune chatte redevenue sauvage. Pourtant, dans le premier émoi du retour, elle m'avait embrassé à pleines lèvres, et je ne pouvais m'empêcher de songer avec une certaine mélancolie que c'était là mon premier baiser de jeune fille, et que mon père ne m'avait pas donné de soeur. Dans la mesure du possible, il est bien entendu que j'adoptai Sophie. La vie de château suivait son cours dans les intervalles de la guerre, réduite pour tout personnel à une vieille bonne et au jardinier Michel, encombrée par la présence de quelques officiers russes évadés de Kronstadt, comme par les invités d'une ennuyeuse partie de chasse qui n'en finirait pas." 



http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070338122FS.gif Je n'avais encore jamais lu d'ouvrage de Marguerite Yourcenar, j'avais peur je crois, de me perdre dans la lecture d'une auteure qui possède un style si particulier.  Et puis la petite taille de cet ouvrage,  la couverture intrigante ( je suis quelqu'un qui accorde beaucoup d'importance à la couverture d'un livre ), ces infimes détails m'ont donné envie de lire Le Coup de Grâce. Les premières pages n'ont pas été aisées, il faut dire que Marguerite Yourcenar possède une manière d'écrire tout à fait singulière. Mais une fois l'histoire débutée, je n'arrivais plus à refermer le livre, malgré mes yeux lourds de fatigue. J'y ai découvert l'histoire d'Eric, Conrad et Sophie, trois jeunes gens qui tentent de survivre dans les pays Baltes où la guerre et la révolution font rage, vers 1919. L'indifférence d'Eric, l'amour passionné de Sophie, qui se donne à tous pour oublier que celui qu'elle aime ne veut pas d'elle, la beauté pure et presque angélique de Conrad, personnage presque central malgré sa distance à chaque page. 

J'ai ressenti physiquement la tension de ces cent et quelques pages, et chaque page ne faisait qu'augmenter cette tension, sans jamais réussir à l'apaiser. C'est une écriture où les phrases sont longues, sont une souffrance du personnage. On ne peut pas rester indifférent à tant de souffrance psychologique, implicite ou non. Je ne pensais pas m'attacher autant à ce livre, je pensais que ce serait une lecture pour changer un peu de celles imposées pour les cours. Et malgré moi je me suis trouvée prisonnière de l'histoire. La fin est presque une délivrance, et je n'en dirait pas plus pour ne pas gâcher le suspens des lecteurs. Si vous ne savez pas quoi lire, si vous voulez quelque chose de court, mais d'intense, c'est une bonne idée. Par contre, ce n'est pas franchement joyeux. 

Marguerite Yourcenar. Le Coup de Grâce. Paris : Gallimard, 1939. 122p.

Dimanche 24 janvier 2010 à 11:04

 
 Lady Susan - Jane Austen

" Vraiment, ma chère mère, je me fais de plus en plus de souci au sujet de Reginald en observant les très rapides progrès de l'influence que Lady Susan a sur lui. Ils sont maintenant dans les termes de l'amitié la plus particulière. Ils ont souvent ensemble de longues conversations, et elle a réussi, grâce à la coquetterie la plus habile, à soumettre le jugement de mon frère à ses desseins. Il est impossible de voir l'intimité qui les lie au bout de si peu de temps sans en concevoir quelque frayeur, bien que j'aie peine à croire que les buts poursuivis par Lady Susan aillent jusqu'au mariage. "



http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070337569fs.gifEn cherchant un auteur en A pour le challenge ABC 2010, je me suis dit, tiens, pourquoi pas Jane Austen, il m'en reste encore quelques uns à lire. Et puis je suis tombée sur Lady Susan ( qui fait partie des Folio  2€ et peut donc intéresser les gens faisant partie du challenge s'y rapportant). Ce court roman épistolaire nous raconte l'histoire d'une jeune veuve, Lady Susan, qui prend plaisir à séduire des hommes, installant une véritable réputation de femme peu vertueuse, qu'elle prend plaisir à contredire. Le jeune Reginald va peu à peu tomber dans ses filets, aveuglé par l'éloquence de cette femme à qui l'on ne peut se fier tant ses mensonges sont nombreux. 

J'ai retrouvé ici la verve critique de ma chère Jane Austen, qui prend un plaisir particulier à dénoncer les tentatives de séduction de cette femme. Son regard acerbe sur la société, que j'avais tant aimé dans Orgueil et Préjugés, est encore une fois présent, ce qui rend cette lecture agréable. Je ne pense pas que cette oeuvre se placera dans mes romans favoris, mais c'est une manière de découvrir encore un peu plus cette auteure qui, malgré sa position de femme dans une Angleterre traditionaliste, nous livre de petits bijoux de causticité. Je n'en dit pas plus, et j'attends vos réactions. 

Jane Austen. Lady Susan. Paris : Gallimard, 2000. 116p. 

Vendredi 22 janvier 2010 à 10:53

 Extrêmement fort et incroyablement près - Jonathan Safran Foer

" Alors que le cercueil de papa était vide, son dressing était plein. Et après plus d'un an, ça sentait encore comme quand il se rasait. J'ai touché tous ses T-shirts blancs. J'ai touché la belle montre qu'il ne portait jamais et les lacets de rechange pour ses baskets qui ne courraient jamais plus autour du réservoir. J'ai mis les mains dans les poches de tous ses vestons ( j'ai trouvé une fiche de taxi, un emballage de mini-Krackle et la carte d'un diamantaire). J'ai mis les pieds dans ses pantoufles. je me suis regardé dans son chausse-pied métallique. En moyenne, les gens mettent sept minutes à s'endormir, mais moi j'arrivais pas à dormir, même après des heures, et ça rendait mes semelles de plomb  plus légères d'être près de ses affaires, de toucher des trucs qu'il avait touchés, et de redresser un peu les cintres, alors que je savais que ça n'avait pas d'importance."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782757805220FS.gifComment donner un avis sur ce livre. Je crois que Pelote et Léa attendent de savoir ce que j'en ai pensé. C'est, et je pèse mes mots, un des plus beaux livres que j'ai lu durant toute ma vie. Voilà c'est dit. Je ne pensais pas pouvoir être touchée autant par ce petit Oskar, surdoué, inventeur, épistolier, interprète de Yorick dans Hamlet ... Et pourtant. J'avais peur que la trame autour du 11 septembre soit trop lourde, soit trop stéréotypée. Et pourtant non. Alors il ne faut pas croire que c'est très gai comme histoire, ça m'a collé des semelles de plombs toute la soirée, et je crois que parfois j'ai pleuré un peu. Mais ça ne tombe jamais dans un pathos épuisant et commun. Donc, Oskar vit avec sa mère depuis la mort de son père lors des attentats du 11 septembre. Il est entouré de sa grand-mère, une femme mystérieuse mais tellement aimante. Un jour, il trouve une clé dans une enveloppe qui porte un nom, le but de sa vie sera donc de trouver ce qu'ouvre cette clé, et qui est la personne dont le nom est inscrit sur l'enveloppe. 

J'ai achevé cette lecture épuisée d'avoir erré dans New York avec Oskar. J'ai achevé cette lecture en étant à la fois heureuse et totalement triste. Je ne pensais pas que l'on pouvait faire passer autant d'émotion à l'intérieur de phrases si simples. C'est une sorte de roman d'apprentissage, de reconstruction, de découverte de soi et du monde. Les images apportent réellement quelque chose. Le seul point négatif est que je n'ai pas l'édition où les noms des gens sont en couleur, et où chaque personne possède sa couleur propre. J'aurais aimé savoir de quelle manière Oskar voit les gens, en leur attribuant une couleur particulière. Mais le livre se lit aussi très bien sans ça. Je conseille ce livre de manière Majuscule. C'est mille dollars comme lecture ( ceux qui ont lu comprennent ) 

Jonathan Safran Foer. Extrêmement fort et incroyablement près.  Points : Paris, 2006. 462p.

Lundi 18 janvier 2010 à 12:06

 Messieurs les enfants - Daniel Pennac 

" Et on vous dira que les enfants ont changé ! Si c'était le cas, un professeur comme Crastaing serait enfermé dans une clinique toute blanche, à recoller les morceaux d'une identité pulvérisée au bazooka de la modernité enfantine. Or, Crastaing est bien là. Il règne comme un bloc et les gosses la ferment. Bien sûr, les enfants on changé depuis mon enfance ! Ils sont devenus fluorescents, leurs baskets luisent quand ils pédalent dans la nuit, leur walkman leur font des têtes de mouche et des surdités de vieux, ils parkinsonnent comme d'authentiques rockers, raccourcissent tifs et jupes dans l'espoir de se rallonger, bouffent le matin les graines des oiseaux et à midi l'ordinaire yankee, jurent comme on nous l'interdisait et s'envoient des films qu'ils nous défendent de voir."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/messieurslesenfantscouv.jpg
Il en me restait qu'un seul Pennac à lire, voilà qui est chose faite. Et je ne suis pas déçue, Messieurs les enfants est réellement un petit bijou. Pour faire court, trois élèves de cinquième, Igor, Joseph et Nourdine se font punir par leur professeur de français, le très redouté Mr Crastaing. L'antipathique cerbère de l'Education leur donne le sujet suivant :" Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants. Racontez la suite." Partagés entre le manque d'idées ainsi que l'envie de ne rien écrire du tout, les jeunes garçons vont vite se rendre compte que ce sujet n'est pas si anodin qu'il n'y paraît, et qu'il se pourrait même qu'il puisse se réaliser un jour... 

Je ne veux pas trop en dire plus, ce qui briserait tout suspens pour les personnes qui veulent le lire. Mais j'ai trouvé cette oeuvre terriblement drôle et poignante. Le narrateur, dont on découvre l'identité au bout de quelques chapitres, instaure une certaine émotion dans l'histoire et nous fait voir la situation sous un angle différent. L'humour de Pennac est toujours au rendez-vous, avec ses situations loufoques et presque plausibles, avec beaucoup d'imagination. Trois garçons avec des situations familiales différentes, complexes, qui vont devoir partager le même sort, et apprendre à se débrouiller comme des grands, comme des adultes. A lire, vite. 

Daniel Pennac. Messieurs les enfants. Paris : Gallimard, 1997. 259p.

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