Samedi 13 février 2010 à 18:58

 Soie - Alessandro Baricco

" En ce temps-là, le Japon était, effectivement,  à l'autre bout du monde. C'était une île faite d'îles et qui avait vécu pendant deux cents ans complètement séparée du reste de l'humanité, refusant tout contact avec le continent, et interdisant l'accès à tous les étrangers. La côte chinoise était à peu près à deux cents milles, mais un décret impérial avait veillé à la rendre plus éloignée encore, empêchant sur toute l'île la construction de bateaux à plus d'un mât. Selon une logique à sa manière éclairée, la loi n'interdisait pas,d'ailleurs, de s'expatrier : mais elle condamnait à mort ceux qui tentaient de revenir."


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/1231248734soie.gifJ'ai choisi ce livre pour le Challenge ABC 2010 car j'étais tombée sous le charme de Novecento : pianiste. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec cet ouvrage, mais la couverture, le titre me plaisaient. Et je n'ai réellement pas été déçue. C'est assez court, mais l'histoire est là, les péripéties s'enchaînent et le lecteur ne reste jamais longtemps dans l'attente. C'est donc l'histoire d'un homme, Hervé Joncour, il vit dans le sud de la France, et il vend des oeufs de vers à soie. D'habitude, il va se fournir en Egypte, ou dans des pays proches, mais une année, une épidémie rendant les oeufs inutilisables le pousse à continuer son voyage vers le Japon, pays où la soie est d'une qualité extraordinaire. Il laisse donc sa femme et se lance dans cette expédition périlleuse. Une fois là-bas, il va rencontrer un seigneur japonais, ainsi qu'une jeune femme, occidentale comme lui, qui ne parle pas sa langue, et qui se contente de le regarder. Cette femme deviendra peu à peu le but de ses voyages au Japon. Je ne vous en dit pas plus, je ne voudrais pas dévoiler une partie de l'histoire qui doit rester secrète jusqu'à la fin. 

La fin d'ailleurs, m'a étonnée, dans le bon sens du terme. J'ai été très agréablement surprise, cela rajoute un peu de piment à l'histoire, et donne plus d'importance à certains personnages qu'à d'autres. Le style d'Alessandro Baricco m'a encore une fois touché, cette rapidité d'action mêlée à la lenteur des saisons, du temps qui passe. C'est un habile compromis je trouve. Je n'ai pas vu le film qui a été adapté de ce livre, je ne sais pas vraiment si j'en ai envie, pour le moment, les mots seuls me suffisent amplement, ils expriment avec justesse toute une poétique, tout un monde. C'est encore une belle lecture, en ce moment j'en fais pas mal. 

Alessandro Baricco. Soie. Paris : Gallimard, 1997. 142p.

Jeudi 11 février 2010 à 12:22

 Sa Majesté des Mouches - William Golding

" Quand Ralph eut fini ses appels de conque, le plateau s'est garni. Cette réunion ne ressemblait pas à celle du matin. le soleil d'après-midi avait tourné, et la plupart des enfants, qui avaient senti trop tard sa brûlure, avaient remis des vêtements. La maîtrise, qui formait un groupe beaucoup moins cohérent, s'était débarrassée de l'uniforme. Ralph s'assit sur un tronc tombé, le côté gauche exposé au soleil. A sa droite se trouvait la maîtrise presque au complet ; à sa gauche, les plus grands qui s'étaient connus avant l'évacuation ; devant lui, des petit étaient assis en tailleur dans l'herbe. Tous se taisaient. Ralph porta à ses lèvres le coquillage rose et blanc et une brise soudaine éparpilla de la lumière sur le plateau. Se demandant s'il devait se lever ou rester assis, il lança un regard de côté sur sa gauche vers la piscine. Porcinet, assis près de lui, n'offrait aucune suggestion. "


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/740.jpgJ'avais ce livre depuis de nombreuses années. je crois me rappeler l'avoir débuté en terminale, et l'avoir abandonné vers la page 60. Je ne sais même plus pourquoi. Et puis il y a quelques jours, comme une intuition, il fallait le reprendre, le terminer, savoir ce qui devait advenir de ces enfants. Car c'est l'histoire d'un groupe d'enfants, rescapés d'un crash d'avion, sur une île apparemment déserte. Ils ont entre 6 et 12 ans, et sont des produits de la pure société britannique. Pourtant, sous leur bonne éducation apparente, ils vont revenir à une nature plus primitive. Certains vont essayer de créer des règles, des lois, pour apporter un peu d'ordre dans ce chaos. Et d'autres vont totalement se laisser porter par leurs instincts, comme de petits animaux. Petits, certes, mais cruels. extrêmement cruels et dépourvus de regrets. C'est ce qui m'a le plus choqué je crois. 

Car je dois avouer que même si j'ai beaucoup aimé ce livre, je ne le relirai pas. Il m'a trop dérangé pour que je puisse m'y remettre un jour. L'auteur met en place une atmosphère malsaine et terriblement sous tension. L'île serait habitée par une bête, selon les petits, selon leurs cauchemars. Et puis, le jour du grand incendie, il y a ce petit que l'on a plus jamais revu. L'île se peuple de fantômes, présents uniquement dans la tête des enfants, c'est peut-être encore pire. J'ai été réellement mal à l'aise en lisant les récits d'exploration, les rites de persécution de certains enfants, et de ce poids qui pèse sur eux, tout au long des deux cent quarante pages. C'est à lire, mais il faut avoir le coeur bien acroché. Enfin, je trouve. 

William Golding. Sa Majesté des Mouches. Paris : Gallimard, 1956.

Lundi 8 février 2010 à 11:13

 La Nouvelle Héloïse - Jean-Jacques Rousseau

" Je me tais donc, et jusqu'à ce qu'il vous plaise de terminer mon exil je vais tâcher d'en tempérer l'ennui en parcourant les montagnes du Valais, tandis qu'elles sont encore praticables. Je m'aperçois que ce pays ignoré mérite les regards des hommes, et qu'il ne lui manque pour être admiré que des spectateurs qui le sachent voir. Je tâcherai d'en tirer quelques observations dignes de vous plaire. Pour amuser une jolie femme, il faudrait peindre un peuple aimable et galant. Mais toi ma Julie, ah, je le sais bien ; le tableau d'un peuple heureux et simple est celui qu'il faut à ton coeur." 


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/325952784039.jpg Au programme du cours de Littérature et sciences humaines, on trouve ce classique de Rousseau. Je dois avouer que les deux volumes m'ont un peu effrayé au début, mais j'ai finalement achevé cette lecture avec une certaine satisfaction. Ce roman épistolaire comporte une intrigue assez simple : l'histoire d'amour de Julie et de son précepteur, Saint Preux. Cet amour ne sera pas approuvé par le père de la jeune fille, et elle sera obligée d'en épouser un autre. Je ne vous dis rien de la suite, il ne faudrait pas dévoiler des détails importants. Les personnages sont assez réduits, et les échanges de lettres sont toujours à peu près entre les mêmes personnes, ce qui rend l'histoire assez facile à comprendre. Le fait que le personnage de Saint Preux voyage beaucoup est assez bénéfique je trouve, car il permet à l'auteur d'écrire de longs passages décrivant les pays, les régions traversées. 

Bon tout  de même, un petit point négatif non négligeable. Je trouve que c'est un peu longuet tout de même. Je ne sais pas si c'est dû à la forme épistolaire, ou tout simplement à une volonté de l'auteur de faire traîner les choses, mais parfois j'ai dû résister à la tentation de sauter quelques pages. Parce que Rousseau, en mettant en avant un personnage de philosophe, ne se prive pas d'écrire de très longues lettres morales, où il donne son point de vue sur la Religion, l'éducation des enfants, les rapports conjugaux, la tenue de la maison. Bref, on a plus à faire à un petit manuel d'éducation à certains moments, qu'à une histoire d'amour passionnée. Le deuxième tome est d'ailleurs un peu moins passionné, il faut le dire de suite. Mais ça reste un classique, pas désagréable à lire, surtout pour les références à l'histoire d'Héloïse et Abélard. 

Jean-Jacques Rousseau. La Nouvelle Héloïse. Volumes I et II. Paris : Gallimard, 1993. 468p. et 441p.

Samedi 6 février 2010 à 12:55

 Les Lauriers sont coupés - Edouard Dujardin 

" La nuit mi-obscure ; nuit blanchie des premières étoiles ; demies ombres indistinctes ; nuit claire ; derrière moi est la chambre, le reflet des bougies, l'air plus lourd des chambres, l'air moiteux des intérieurs pesants ; je suis appuyé au balcon, incliné sur l'espace ; je respire largement le soir, vaguement je regarde le beau dehors ; le beau, l'ombré, le mélancolique, le gracieux lointain de l'air ; la beauté de la nuit ; le ciel gris et noir en très confus bleutements ; et les points des étoiles, comme des gouttes, qui trépident, les aquatiques étoiles ; la blancheur, tout à l'alentour, des grands cieux ; là, les masses des arbres, et plus loin, les maisons, noires, avec des fenêtres illuminées ; les toits, les toits noircis."


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/7935522898040.jpgCe court roman ne raconte pas une histoire. Il raconte six heures de la vie de Daniel Prince, de la fin de l'après-midi, à la fin de la soirée. Son monologue intérieur va traverser plusieurs heures de son existence, pour décrire ce qu'il fait, ce qu'il voit, mais aussi faire un résumé de ce qui lui est arrivé avant. Le but de sa soirée est de voir Léa d'Arsay, d'aller chez elle, et de se faire inviter à rester. Les heures qui précèdent la rencontre servent à se préparer, à dîner, et donc à donner un petit tableau de la vie parisienne vue par un jeune dandy. Chaque chose vue est très précisément décrite, dans un style très saccadé. J'ai lu ce livre parce qu'il était au programme de mon cours de littérature comparée, avec Mademoiselle Else de Schitzler. 

Je ne sais pas trop quel avis avoir sur cet ouvrage. Je n'ai pas franchement accroché, je pense que le style est beaucoup trop saccadé pour moi, et puis il n'y a pas vraiment d'histoire. C'est toujours ce que je reproche un peu aux monologues intérieurs et au roman du flux de conscience. Je n'arrive pas à être happée par cette écriture déconstruite. Mais certains passages, comme celui que j'ai choisi comme extrait, sont poétiques, et donnent un intérêt à l'oeuvre. je pense que si je devais choisir un roman du flux de conscience, ce serait plutôt Les Vagues, de Virginia Woolf. Donc, je ne peux pas vraiment dire que je vous le conseille, mais ça dépend de vos goûts.

Edouard Dujardin. Les lauriers sont coupés. Paris : Flammarion, 2001. 115p.

Mercredi 3 février 2010 à 21:38

 
 Hadriana dans tous mes rêves - René Depestre

" Malgré la courte distance qui séparait la place d'Armes de l'église, nous y arrivâmes tout essoufflés derrière le cercueil. La décoration joyeuse du lieu saint n'avait pas changé. Le père Naélo n'avait pas fait remplacer les oriflammes aux couleurs vives des noces par des tentures de deuil. On pouvait croire à  la reprise pure et simple de la cérémonie de la veille. Après le Kyrie eleison chanté par les bonnes soeurs, les paroles du Livre de la Sagesse et de l'Evangile selon saint Jean, lues par le père Maxitel, l'homélie du père Naélo nous ramena sans ménagement à l'atroce réalité."


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070712557.jpgPremier roman que je lis de ce poète haïtien, pour un cours sur les littératures francophones. Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre, et j'ai été agréablement surprise. Les 200 pages ont filé dans la soirée, naturellement. Cette histoire est celle d'une jeune femme blanche, Hadriana, qui meurt le jour de ses noces. Partout sur l'île, la disparition prématurée de cette beauté envoutante excite les rumeurs, les histoires. Certains racontent des histoires vaudou sur un étrange papillon qui déflorerait les vierges, et qui aurait pu tuer Hadriana. Le jeune Patrick, cousin d'Hadriana, ne sait pas trop quoi penser de tout ça, d'autant que la veillée funèbre se fait sur la place publique, et qu'une sorte de carnaval burlesque occupe une partie de la nuit. Le plus étrange reste le lendemain de la mise en terre. Hadriana n'est plus. C'est à ce moment que les histoires sur les zombies commencent à se faire entendre. Pas les zombies comme vous et moi les imaginons, plutôt des êtres privés d'âme, forcés d'obéir à leur maître, à celui qui les a créé. Entre traditions locales païennes et rites chrétiens, le village de Jacmel devient le lieu de tous les possibles.

J'ai trouvé que la civilisation haïtienne était vraiment peinte d'une manière extraordinaire par l'auteur. L'opposition marquée entre les rites vaudou et les rites religieux catholiques est très marquée, et montre cette difficulté à se détacher des traditions ancestrales. Il y a une part extrêmement importante de mystique, de magie, de choses que l'on ne comprend pas. Le personnage d'Hadriana tourne presque à l'idole, et rentre instantanément dans les légendes locales. C'est une belle découverte, et je pense aussi à ceux qui font le World Book Challenge. A découvrir

René Depestre. Hadriana dans tous mes rêves. Paris : Gallimard, 1988. 208p.

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