Mardi 30 mars 2010 à 12:34

 Mémoires Tome I - Saint Simon 

" Rose, autre secrétaire du cabinet du Roi, et qui depuis cinquante ans avait la plume, mourut en ce temps-ci, à quatre vingt six ou sept ans, avec toute sa tête et dans une santé parfaite jusqu'au bout. Il était aussi président à la chambre des comptes, fort riche et fort avare ; mais c'était un homme de beaucoup d'esprit,  et qui avait des saillies et des réparties incomparables, beaucoup de lettres, une mémoire nette et admirable, et un parfait répertoire de cour et d'affaires ; gai, libre, hardi, volontiers audacieux, mais, à qui ne lui marchait point sur le pied, poli, respectueux, tout à fait en sa place et sentant extrêmement la vieille cour."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/memoires2.jpgCe livre est à mon programme de littérature française. Je l'ai commencé en novembre et terminé il y a quelques jours, ce qui vous donne un aperçu du plaisir que j'ai pris à le lire. Bon, je ne dis pas qu'il est mauvais dans sa totalité, il n'est même d'ailleurs pas mauvais du tout, je pense que l'on peut considérer Saint Simon comme une sorte de génie de la littérature, dans son domaine. Ces Mémoires sont celles de la cour, d'évènements qui se sont produits sous le règne de Louis XIV. On y trouve aussi des portraits, des anecdotes, le point de vue de Saint Simon. Alors je dois avouer que certaines anecdotes sont assez marrantes, Saint Simon n'hésite pas à insérer des détails bien triviaux, mais l'effet est là. Les portraits peuvent être très positifs pour les personnes qu'il apprécie, par contre ceux qu'il n'aime pas trop, ça se sent. Il peut être d'un cynisme assez acéré. 

Ce qui ne m'a pas plu dans cet ouvrage, c'est le style. les phrases sont extraordinairement longues, complexes. Sur le plan de la grammaire c'est un casse-tête sans nom. On se perd souvent dans les sujet et je me suis fait la réflexion que je me disais souvent : " Mais de qui il parle là ? ". Et puis, il faut être sacrément calé en histoire pour s'y retrouver, déjà rien que dans les relations entre les personnages, les liens de parenté etc. Mais pour comprendre tous les évènements, et les coutumes, l'étiquette. Ce n'est pas de tout repos. Mais pour ceux qui seraient passionnés d'Histoire et de petites anecdotes sur la cour, c'est un véritable trésor. 

Saint Simon. Mémoires I. Paris : Gallimard, 1990. 647p.

Lundi 22 mars 2010 à 11:49

 Le Premier amour - Véronique Olmi 

" J'avais conscience ce soir-là, tandis que les noms des villes de banlieue : Champigny, Rungis, Sainte-Geneviève-des-Bois,  étaient déjà loin derrière et que je suivais la direction de Lyon, que ce voyage n'avait pas de sens. Pas pour les autres en tous cas. Comment l'expliquer aux autres ? Comment en parler à Marc ? Je ne voulais pas qu'il s'inquiète , je ne voulais pas que tout cela devienne un drame, sujet à dispute conjugale, c'était mon escapade, il s'agissait de mon histoire personnelle qui pour une fois n'était pas liée à la sienne. J'en avais assez de parler au pluriel. Marc et moi. Mon mari et moi. Votre père et moi. Nous allons partir en vacances. Nous fêterons Noël avec Untel. Nous mettons de côté. Nous avons pensé que. On a besoin de vous parler... Mon Dieu ! Même acheter une paire de chaussures ou changer de marque de dentifrice, s'avérait une action commune. " 


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Je ne connaissais pas Véronique Olmi avant de découvrir cet ouvrage. C'est pour cela que je n'ai pas de point de comparaison avec  ses autres romans, et que l'avis que j'ai du Premier amour se base uniquement sur le livre en lui-même. Je ne savais pas non plus à quoi m'attendre, si cette histoire de premier amour était naïve, un peu niaise ou bien passionnante. Emilie à un peu moins de cinquante ans. Elle s'apprête à fêter ses vingt-cinq ans de mariage avec Marc. Toute la journée elle a cuisiné, préparé la soirée. Elle choisit de déboucher une bouteille de vin qui se trouve à la cave. Le vin est emballé dans du journal, à la page des petites annonces. Elle les lit, en lit une plus particulièrement, puis remonte, éteint le four, prend son sac et s'en va. Je ne veux pas en dire plus, car tout le reste gâcherait la surprise du lecteur, mais je dois avouer que ce commencement abrupt est très prenant. On a envie de savoir la suite. 

Les chapitres sont assez courts, deux ou trois pages à chaque fois, et évoquent soit la situation présente, soit des souvenirs d'enfance, d'adolescence de cette femme élevée dans une famille catholique extrêmement pratiquante, un peu étouffante aussi. Un mère très stricte, un père vieux et passionné de papillons, une grande petite soeur trisomique, voilà l'enfance d'Emilie. Jusqu'au jour où. Jusqu'au jour de son premier amour.  Le style est fluide, simple mais très touchant. les mots sont soigneusement choisis pour coller le plus aux sentiments, aux émotions. C'est un joli voyage. 

Véronique Olmi. Le Premier amour. Paris : Grasset, 2009. 300p.

Samedi 20 mars 2010 à 11:00

 Shutter Island - Dennis Lehane


" - Le directeur, ses hommes et un bataillon entier d'aides-soignants ont passé la nuit et une bonne partie de la matinée à explorer l'île et tous les bâtiments de cet établissement. Sans relever la moindre trace de la fugitive. Ce qui est encore plus perturbant, c'est qu'on ne parvient même pas à comprendre comment Rachel a pu sortir de sa chambre. La pièce était verrouillée de l'extérieur et l'unique fenêtre est munie de barreaux. Apparemment, les serrures n'ont pas été forcées. ( Ses yeux quittèrent le cheval miniature pour se porter vers Teddy et Chuck. ) C'est comme si elle avait traversé les murs. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782743620066FS.gifJ'avais très envie de voir à quoi pouvait ressembler ce thriller dont on parle tant en ce moment, avec l'adaptation de Martin Scorsese, la présence de Leonardo Dicaprio en tant qu'acteur etc. Mais avant le voir le film, je voulais lire le texto original, pour avoir une vision plus complète. Tout commence quand les Marshals Teddy Daniels et Chuck Aule arrivent sur Shutter Island afin d'aider le personnel à élucider une mystérieuse disparition. Rachel Solando, une patiente incarcérée après avoir tué ses trois enfants, a disparu. Mais Teddy se rend vite compte que le personnel de l'établissement n'est pas vraiment disposé à les aider dans leur enquête. Je ne veux pas aller plus loin dans le résumé parce que je ne veux pas donner trop d'informations sur la suite, ça gâcherait la lecture. L'atmosphère est totalement malsaine et dérangeante, je tiens à le préciser. En tant que lecteur, on finit par se méfier de chaque personnage, on ne peut être sûr de rien et c'est assez perturbant je trouve. Après c'est peut-être parce que je ne lis pas énormément de polars. 

Je dois quand même avouer que j'ai eu du mal à me mettre dedans. Les soixante-dix premières pages m'ont semblé un peu longues. Il faut bien mettre l'intrigue en place, mais là ça prenait quand même un peu trop de temps à mon goût, mais ne vous inquiétez pas, après ça démarre sur les chapeaux de roue et ce jusqu'au dénouement ( totalement dérangeant lui aussi ). Mais bon, je ne pense pas que je pouvais m'attendre à des choses peu dérangeantes en me lançant dans un thriller qui a pour contexte un hôpital pénitentiaire pour criminels psychotiques. Si vous aimez l'univers du thriller psychologique, c'est totalement dans cette veine, enfin je trouve. Par contre si vous l'avez lu, j'aimerais connaître votre avis sur le dernier chapitre, très étrange et qui peut être compris de différentes manières. 

Dennis Lehane. Shutter Island. Paris : Payot & Rivages, 2006.393p.

 
 
 
 

Mercredi 17 mars 2010 à 11:40

 Partir - Tahar Ben Jelloun

" Partir, partir ! Partir n'importe comment, à n'importe que prix, se noyer, flotter sur l'eau, le ventre gonflé, le visage mangé par le sel, les yeux perdus... Partir ! C'est tout ce que vous avez trouvé comme solution. Regardez la mer : elle est belle dans sa robe étincelante avec ses parfums subtils, mais la mer vous avale puis vous rejette en morceaux ..." 

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Pour un cours sur les littératures francophones, je dois rédiger un mini-mémoire sur une oeuvre du Maghreb. Parmi les cinq titres aux choix, j'ai décidé de prendre Partir. Je ne sais pas pourquoi, c'est le titre qui m'a influencé je crois. Je ne connaissais rien de ces cinq oeuvres au choix, mais j'ai pris celle-là, au hasard. Je n'avais encore jamais lu de livre de Tahar Ben Jelloun. Même si c'est un auteur assez connu, qui a beaucoup publié. Cela faisait partie de mes nombreuses lacunes littéraires. Et je n'ai pas du tout été déçue par ce roman. Cela commence par l'histoire d'Azel, un jeune homme marocain diplômé de droit, qui ne trouve pas de travail dans son pays, et qui ne rêve que d'une chose : partir. Partir, "brûler" le détroit, passer en Espagne. Il n'est pas le seul à nourrir ce rêve au fond de lui, sa soeur Kenza y pense aussi, la jeune voisine Malika en rêve chaque nuit... Un jour, Azel a la possibilité de partir, en suivant Miguel, espagnol, amoureux d'Azel et prêt à tout pour lui. Azel va donc découvrir les sacrifices qu'il faut faire afin de réaliser ses rêves.

Tahar Ben Jelloun livre ici une vision très réaliste de toutes ces personnes qui rêvent de partir pour l'Espagne, et quitter enfin leur terre. Il livre également les désillusions à l'arrivée, l'éclatement d'un rêve trop chéri et pas à la hauteur. Les chapitres sont courts, et adoptent chacun le point de vue d'un personnage, ses pensées, ses rêves, ses doutes. Pourtant, même si ce livre m'a plu, que je l'ai trouvé très intéressant, très bien écrit ( ... ), j'ai mis du temps à le lire. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j'ai été de plus en plus déçue par le personnage d'Azel, et cela ne me donnait pas envie de continuer, pas envie de lire toutes ces désillusions des personnages. Je ne sais pas trop. En tous cas, si vous êtes amateur de la littérature du Maghreb, je vous conseille ce livre. Je pourrais le rapprocher de Désert de Le Clézio, que j'avais beaucoup aimé, et dévoré en quelques heures.  Et si vous avez lu Partir, j'aimerais bien connaître votre avis sur le dernier chapitre, très étrange mais très beau. J'ai ma petite idée au niveau de l'interprétation mais je pense que cela peut être perçu de différentes manières.

Tahar Ben Jelloun. Partir. Paris : Gallimard, 2006. 329p.

Vendredi 12 mars 2010 à 10:52

 Lolita- Vladimir Nabokov

" Ah ! Pendant tout ce temps, je sentais avec une acuité intense la proximité de L. et, tandis que je parlais, je me démenais dans l'obscurité charitable et mettais à profit chacun de mes gestes invisibles pour lui toucher la main, l'épaule et la ballerine de laine et de tulle avec laquelle elle jouait et qu'elle n'arrêtait pas de me coller sur les genoux ; et pour couronner le tout, une fois que j'eus complètement emberlificoté ma brasillante doucette dans la trame de mes caresses éthérées, j'osai caresser sa jambe nue le long de son tibia aussi duveteux qu'une groseille, gloussant de mes propres plaisanteries, tout tremblant, et m'efforçant de dissimuler mes frémissements, et une fois ou deux je sentis sous mes lèvres lestes la brûlure de ses cheveux tandis que je dardais prestement vers elle mon groin, faisais un aparté humoristique et caressais son hochet. "


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Je crois que j'ai acheté ce livre lorsque j'étais en première, ou en terminale, quelque chose comme ça. J'avais lu les deux premières pages, puis avais refermé le livre, pour une obscure raison, sans doute. En établissant la liste de mon challenge ABC, j'ai rangé ma PAL et j'ai redécouvert ce livre. Il a été dévoré en quelques jours à peine. Je ne savais à quoi m'attendre, j'avais juste entendu dire que c'était l'histoire d'un homme mûr et d'une jeune fille. Point final. En fait, c'est beaucoup plus subtil que ça. Humbert Humbert est un homme qui doit avoir à peine une quarantaine d'années et qui depuis toujours possède un goût prononcé pour les jeunes filles âgées de 9 à 14 ans. Lorsqu'il arrive aux Etats-Unis, il devient pensionnaire chez une femme, Charlotte Haze, et sa fille, Dolores Haze ( Lolita ). Il tombe immédiatement et irrévocablement amoureux de cette nymphette et découvre que le seul moyen de rester auprès d'elle est d'épouser la mère. Après la mort accidentelle, mais tellement pratique, de Charlotte, Humbert Humbert entame une sorte de road-trip avec Lolita, et c'est à ce moment qu'ils deviennent amants ( la jeune fille n'ayant apparemment pas plus de moral que son "beau-père" ). 

L'écriture fluide de ce roman fait que les pages se tournent et se tournent sans aucun problème. Les personnages sont attachants, malgré leurs défauts, leurs vices. Le personnage de Lolita reste, pour ma part, le plus dur à cerner. En effet la fillette fait preuve d'une sensibilité décalée, d'un rapport à l'amour et aux sens assez particulier. Elle est assez insaisissable, ce qui est un des sujets de questionnement de son "tuteur". Le récit est  à la première personne, et les sentiments du narrateur ( Humbert Humbert ) sont livrés dans leur entièreté. Il ne cache rien au lecteur, rien de ses pulsions les plus primaires, de ses désirs secrets lorsqu'il contemple la jeune fille ou de ses manigances pour rester auprès d'elle et pouvoir abuser d'elle. Si vous ne l'avez pas encore lu, je le conseille. C'est un ouvrage très agréable, bien que la fin soit un peu décousue, mais je pense que c'est un effet de l'auteur, pour coller à l'état du narrateur, rongé par l'alcool. A découvrir !

Vladimir Nabokov. Lolita. Paris : Gallimard, 2005. 517p.

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