Dimanche 18 avril 2010 à 12:58

 Le peuple du vent - Viviane Moore

" Après le départ de Serlon et du frère aumônier, Hugues de Tarse avait contourné le lit, examinant la bassine et les linges avant de se pencher vers le cadavre dont il ferma les paupières avec douceur.
- Que faites vous ? l'interpella Ranulphe.
- Je ferme les yeux de votre dame, messire,il n'est pas bon que les morts regardent les vivants. Ils pourraient regretter d'être partis...
- Ce n'est pas ce que je vous demandais. Pourquoi l'examinez-vous ?
- Oh vous avez remarqué cette vieille manie? Voyez-vous, j'ai longtemps étudié la médecine, et je ne pouvais m'empêcher de me demander quelle était la maladie qui l'avait terrassée. Cette maigreur anormale, ces yeux jaunes, ce teint... "


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/51EW0QCQG3L.jpgEncore un petit livre offert par mon libraire préféré. Comme j'ai beaucoup de travail en ce moment, j'essaye de lire des choses assez distrayantes. Et c'est assez réussi pour ce policier qui n'en est pas vraiment un. C'est plutôt une enquête, qui se déroule en 1155, en Normandie,au château de Pirou. C'est assez marrant car ce château se situe juste à côté de chez moi, quand je suis en Normandie. Les lieux évoqués dans le livre ne m'étaient donc pas du tout inconnus, ce qui a accentué mon plaisir lors de cette lecture. Hugues de Tarse et Tancrède sont deux hommes venus d'Orient, accueillis par Serlon, seigneur de Pirou. Durant leur séjour, la soeur de Serlon, Muriel succombe à une crise de haut mal, en tous cas en apparence. Des faits inquiétants viennent éveiller la curiosité d'Hugues et Tancrède. Par exemple la passion de Bjorn le pêcheur, pour Muriel, ainsi que la présence d'un moine blanc qui donne d'étranges prophéties.

Au moins on ne s'ennuie pas en lisant ce livre. Entre les évènements du début qui nous montrent une famille partagée, divisée, une mère au plus mal, un père aimant mais jaloux de son fils... Ensuite l'histoire se met bien en place, les personnages ont tous une personnalité différente, des caractères qui s'accordent plus ou moins bien avec leur encourage. Il y a des histoires d'amour, de pouvoir, un peu d'Histoire, bref, un mélange assez subtil pour faire passer un bon moment. Au niveau du style ce n'est pas mauvais, et l'auteur arrive à maintenir un certain suspense jusqu'à la fin, même si j'avais deviné certaines choses depuis un moment. C'est un livre pour passer un bon moment de détente, surtout pour ceux qui veulent découvrir un peu l'Histoire de Normandie.

Viviane Moore. Le peuple du vent. Paris : 10//18, 2006. 273p. 

Lundi 12 avril 2010 à 10:53

 Carmilla - Sheridan le Fanu

" Notre visiteuse se trouvait dans une des plus belles pièces du schloss, qui était assez imposante. pendue à la paroi en face du lit, on voyait une tapisserie de teinte sombre sur laquelle Cléopâtre portait un aspic à son sein ; et des scènes classiques, d'un caractère solennel, au couleurs un peu fanées, s'étalaient sur les trois autres murs. Mais les autres motifs décoratifs de la pièce offraient assez de sculptures dorées pour compenser amplement la tristesse de la vieille tapisserie. Des bougies brûlaient au chevet du lit où la jeune fille était assise, sa mince et gracieuse silhouette enveloppée dans le doux peignoir de soie, brodé de fleurs et doublé d'un épais molleton que sa mère lui avait jeté sur les pieds pendant qu'elle gisait sur le talus. Qu'est-ce donc qui, au moment où j'arrivais tout près du lit et entamais mon petit discours de bienvenue, me frappa soudain de mutisme et me fit reculer de deux pas  ? Je m'en vais vous le dire." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782253087793.jpgCela faisait un moment que j'avais envie de lire Carmilla, depuis que j'avais lu la critique de
MeL en fait. Et puis mon charmant libraire me l'a offert ( c'était  un exemplaire offert à la fin de mon stage). Hier soir je me suis donc plongée dans l'histoire de Carmilla. La jeune Laura est la narratrice de cette étrange histoire. Alors qu'elle vit dans un château avec son père et ses deux gouvernantes, une jeune femme et sa mère sont victimes d'un accident de carriole, juste devant les yeux de Laura. La mère doit repartir rapidement, mais la jeune fille d'une santé fragile, est laissée aux bons soins du père de Laura. Laura et Carmilla vont devenir très amies, très intimement amies si je puis dire. 

Mais depuis l'arrivée de cette belle inconnue, Laura est en proie à des cauchemars où elle ressent une vive douleur à la gorge, comme si deux aiguilles s'y enfonçaient. Elle devient de plus en plus faible, atteinte d'un mal inconnu, mais qui a déjà tué nombre de jeunes femmes du voisinage. Est-ce que tout ceci est la responsabilité de la belle et mystérieuse Carmilla, qui s'enferme à clé dans sa chambre la nuit, et refuse de donner des informations sur son passé, sa famille, la destination de sa mère... Le style de Le Fanu est, comme le précise la préface et la note du traducteur, assez décousu, parfois incohérent. Mais cela peut s'expliquer car l'auteur écrit Carmilla juste après la mort de sa femme, et un an à peine avant de mourir lui-même. Malgré quelques petites incohérences, c'est un récit vraiment prenant, court mais plein d'action et de rebondissements. J'ai vraiment apprécié, c'est très très distrayant par rapport à mes livres de cours. Je le conseille fortement.

Sheridan Le Fanu. Carmilla. Paris : Librairie Générale Française, 2004. 123p.

Dimanche 11 avril 2010 à 15:08

 Chocolat chaud - Rachid O.

"Il y avait cette période où j'ai commencé à entrer un peu partout dans les maison de mes petits copains voisins, à les observer en famille, je trouvais que la mienne était monotone et faite que de joies et sans degrés, avec un père exquis et une Lalla attentionnée. Une vie qui se répétait perpétuellement, je savais que le lendemain allait être beau, sinon pareil que la veille et l'avant-veille, sans perturbations. Je voulais ressembler à tous ces enfants du monde que je voyais, c'est pour ça que je regrettais jusqu'aux larmes la mort de mon petit frère bébé. M'inventer des tristesses alors que je n'en avais jamais connu, j'aurais aimé vivre avec ce petit frère, qu'on se dispute et qu'on s'aime, et surtout ressentir cet état d'être très égoïste, d'accaparer mon père face à mon frère. Et faire jaillir la colère de ce père imperturbable."


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070753574.gifCe livre fait partie des oeuvres que j'étudie pour mon dossier sur la littérature francophone du Maroc. Je ne le connaissais pas du tout, et c'est à force de recherches que j'ai réussi à voir qu'il entrait totalement dans ma problématique. Ce court roman est un récit à la première personne, d'un jeune garçon qui vit au Maroc avec son père et la nouvelle femme de celui-ci. Le lecteur le découvre à l'aube de son adolescence, lorsque surgissent les questionnement, et surtout une certitude : Il est fait pour aimer. Qui, quoi ? Il ne le sait pas vraiment ,mais il veut aimer. L'auteur utilise d'ailleurs ce verbe aimer un nombre de fois incalculable, comme si c'était indispensable, qu'il n'y avait pas d'autre mot. Il veut essayer d'imiter sa mère, morte en couches, il s'attache à la photo d'un enfant français dont il va essayer de retrouver la trace, il rencontre l'aveugle et Youssr. 

Youssr va devenir son meilleur ami, son confident, son autre, son initiateur. Avec lui il va se découvrir, et découvrir qu'il aime véritablement ce garçon. L'auteur essaye volontairement de faire passer les personnages féminins au second plan, pour montrer que ce jeune garçon est beaucoup plus fasciné par les hommes que par les femmes. On a déjà la figure paternelle, adulée, caressée, choyée. Puis celle de l'aveugle, de Noé, de Youssr. Toutes ces figures masculines vont apprendre quelque chose au narrateur, chacun à sa manière, c'est ce qui rend cette histoire vivante et touchante. Le style est assez bon, assez saccadé, on a des petits morceaux de phrases,accolés les uns au autres, ça a son charme. Encore une fois, si vous ne connaissez pas la littérature francophone marocaine, ce livre peut être une jolie porte d'entrée. 

Rachid O. Chocolat chaud. Paris : Gallimard, 1998. 96p.

Jeudi 8 avril 2010 à 17:18

 Les aventures d'Alice au pays des merveilles - Lewis Carroll

" Alice et le Chenillon se toisèrent quelques temps en silence : pour finir, le Chenillon tira la houka de sa bouche et s'adressa à elle d'une voix languissante et ensommeillée.
 "Qui êtes vous  ? " demanda-t-il.
Ce n'était pas une entrée en matière très encourageante. Alice répondit, un peu intimidée : "Je... je n'en sais trop rien, monsieur, en ce moment précis... en tous cas, je sais qui j'étais quand je me suis levée ce matin, mais je crois que j'ai dû être changée plusieurs fois depuis. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/11249405598946.jpgVu qu'en ce moment on parle beaucoup d'Alice au pays des merveilles, avec le film de Tim Burton etc, je me suis dit qu'il était temps que je lise ce classique de la littérature anglaise. J'ai lu en assez peu de temps ce livre, étant donné qu'il fait une centaine de pages, à peine. J'ai été assez conquise par ce court récit des aventures d'Alice. La jeune fille commence par suivre un lapin avec une montre à gousset, elle tombe dans un terrier, fait une chute extrêmement longue, et se retrouve dans une petite salle où s'alignent des portes fermées à clef. La seule porte qui peu s'ouvrir est grande d'une soixantaine de centimètres, ce qui oblige Alice à rapetisser, puis à grandir à nouveau etc... Ensuite, le lecteur voyage aux côtés d'Alice dans ce "pays des merveilles", rencontre la Duchesse, la Reine, le Chenillon, le Chapelier, le Chat du Cheshire, le Lapin de Mars etc ...

Lewis Carroll manie à la perfection l'art de l'absurde, des situations burlesques, tout cela dans un style extrêmement fluide et entraînant. On ne peut pas dire qu'il y ait véritablement d'histoire dans ce livre, c'est plutôt une ballade, une découverte d'un endroit. Je pense qu'il faut prendre cette lecture comme un voyage, à la découverte de tout ce que notre imagination peut recéler. Le lecteur ne doit s'étonner de rien, et penser comme Alice, que rien n'est vraiment étonnant, admettre qu'il n'y a pas d'étrangeté, de normalité. Une fois que l'on a accepté cela, c'est réellement un beau moment dans notre imaginaire, tout du moins je trouve. 

Lewis Carroll. Les aventures d'Alice au pays des merveilles. Paris : Librio, 2000. 92p.

Vendredi 2 avril 2010 à 16:11

 Fracture du désir - Rajae Benchemsi

" Elle se sentit peu à peu entraînée vers l'arrière de la salle, où elle savait que se trouvaient les chambres rouges. C'est ainsi qu'elle les désignait. A cause de la lumière rouge qui les rendaient sanguinolentes et obscures. C'était alors le noir absolu dans sa tête. Elle se laissait déshabiller machinalement, écartait ses jambes et attendait que la fin se prononçât. Mais les fins se multipliaient durant la nuit. Toute l'intensité de sa concentration ne suffisait pas à lui procurer le sentiment d'une fin définitive. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/12716453175268.jpgJe devais lire ce recueil de nouvelles pour un dossier sur la littérature francophone du Maroc. Je crois que j'ai dévoré ces nouvelles en une heure à peine. Il y a six nouvelles dans cet ouvrage. Six nouvelles très diverses qui ont pourtant toutes un point commun : le désir. Qu'il soit sexuel, ou bien plus subtil, le désir de retrouver une voix, le désir de voyager dans sa mémoire, le désir de se retrouver... Les personnages sont des Marocains qui vivent en France, ou bien au Maroc. J'ai été profondément touchée par la première nouvelle, intitulée Kira et Slima. Slima est une jeune femme qui a décidé de suivre sa mère, répudiée. Pour soigner sa mère, malade et sans le sou, Slima se prostitue. L'auteur fait découvrir au lecteur, de manière brève mais radicale, les pensées d'une jeune femme qui n'a ni choisi ni mérité cette voie, et qui pourtant n'a pas d'autres choix.

Le style est assez épuré, presque poétique, avec toutefois des passages très crus, surtout quand il s'agit du rapport au corps, à l'intimité. Le vocabulaire employé peut être extrêmement cru comme d'une délicatesse désarmante. Le fait que chaque histoire soit brève peut être un défaut car on aimerait en savoir plus sur les personnages, les découvrir un peu davantage, mais l'auteur arrive bien à faire en sorte que rien ne se termine trop rapidement. Malgré la notion de nouvelle, les histoires sont très complètes. Si vous ne connaissez pas bien la littérature francophone marocaine, je vous conseille ce petit recueil. Malheureusement il n'est plus édité, mais vous pouvez le trouver sur internet, ou bien vous le faire prêter. En tous cas, ça se lit très rapidement, et avec beaucoup de plaisir.

Rajae Benchemsi. Fracture du désir. Paris : Actes Sud,1999.140p. 

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