Samedi 29 mai 2010 à 11:02

 Quelqu'un d'autre - Tonino Benacquista

" Quel nom de famille était parfait pour un Paul ? En parcourant les colonnes entières de noms, il se rendit compte que Paul allait avec tous. Nagel, Lesage, Brunel, Rollin, Siry, Viallat, la liste était infinie. Paul n'était plus un critère de sélection, ce qui rendait le choix encore plus vertigineux. Blin ne savait plus comment procéder et perdit pied très vite.  Il essaya de se raccrocher à quelques principes, rationnels selon lui, pour lui permettre de progresser. Impératif numéro un : le nom devait comporter au minimum deux syllabes, idéalement trois, pour en terminer une bonne fois pour toutes avec ce Blin à peine audible qui le rétrécissait depuis l'enfance. "


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/207030102808LZZZZZZZ.jpgC'est encore une fois mon super libraire qui m'a donné ce livre quand j'ai terminé mon stage. Je ne savais pas trop si ça allait me plaire, je ne me suis pas lancée dedans tout de suite. Et puis l'autre fois, il était par hasard sur le haut de ma PAL, alors je me suis dit pourquoi pas. Et dès les premières pages je me suis laissée emporter par cette histoire assez extraordinaire tout de même. Nicolas Gredzinski et Thierry Blin se rencontrent par hasard dans un club de tennis. Ils jouent un match puis prennent un verre, deux, trois, en viennent à parler de la vie qu'il aimeraient avoir, de ce quelqu'un d'autre qu'ils ont toujours rêvé de devenir. Et ils se mettent au défi : ils doivent devenir ce quelqu'un d'autre, et ils ont trois ans pour ça. A l'issue de ce délai, ils se retrouveront dans ce même club de tennis pour voir ce qu'ils sont devenus. 

On découvre chapitre par chapitre la nouvelle vie de ces deux hommes. Entre celui qui découvre l'alcool, avec les moments de bonheur fugace qu'il apporte et les moments de retour dans la réalité, et l'autre qui est prêt à tout pour devenir quelqu'un d'autre : même changer de nom, même changer de métier, même changer de tête... C'est réellement un roman qui m'a plu, j'ai eu du mal à en décrocher, mais je l'ai trouvé un peu dérangeant dans le même temps. Cette quête à tout prix d'une nouvelle identité me semble un peu malsaine, et le roman entier paraît plongé dans une sorte de brouillard, de trouble qui fait réfléchir le lecteur, qui le pousse dans ses retranchements. Mais c'est réellement un livre que je conseille, car il est extrêmement bien écrit, d'un style fluide mais recherché. Je pense qu'il est permis de dire que l'auteur mène réellement bien son histoire, cela ne me fait aucun doute. C'est un ouvrage parfaitement maîtrisé. 

Tonino Benacquista. Quelqu'un d'autre. Paris : Gallimard, 2002. 378p.

Mercredi 26 mai 2010 à 14:06

 Au Bonheur des Dames - Emile Zola 

" Denise, frappée au coeur, désespérant de jamais réussir dans la maison, était demeurée immobile, les mains ballantes. On allait la renvoyer sans doute, les enfants seraient sans pain. Le brouhaha de la foule bourdonnait dans sa tête, elle se sentait chanceler, les muscles meurtris d'avoir soulevé des brassées de vêtements, besogne de manoeuve qu'elle n'avait jamais faite. Pourtant, il lui fallut obéir, elle dut laisser Marguerite draper le manteau sur elle, comme sur un mannequin.
- Tenez-vous droite, dit Mme Aurélie "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/795592655286.jpgLe onzième tome des Rougon-Macquart. Juste après Pot-Bouille et avant La Joie de Vivre. J'ai dévoré en quelques jours les cinq cent pages de ce roman, ayant pour sujet un grand magasin "Au Bonheur des Dames", fondé par Octave Mouret. La jeune Denise arrive de sa Normandie, avec ses frères à sa charge, et doit travailler comme vendeuse dans le commerce florissant d'Octave. Au départ elle est dépréciée, moquée, renvoyée, puis devient peu à peu la maîtresse de cette machine énorme qui n'en finit pas de manger les petits commerces alentour. Et quand au milieu de cela, Octave Mouret se prend d'affection pour la jeune femme, tout s'emballe, et le lecteur est pris dans un engrenage qui se nourrit de vies humaines. 

Encore une fois, Emile Zola séduit son lecteur par une vision crue, presque cruelle de l'épanouissement commercial de cet établissement, réplique du Printemps ou du Louvre de l'époque. Il décrit avec une minutie particulière la difficulté de survivre des petits commerçant, mangés par ce premier "supermarché" de la Femme. Le personnage principal est caractérisé par un amour pervers de la Femme, une volonté de lui plaire et de la posséder totalement, de la tenir par des plaisirs matériels. C'est cette réussite que l'auteur décrit, page après page, avec des personnages féminins d'une classe pourtant élevée, qui vont jusqu'à voler pour assouvir leurs besoins toujours croissants de linge et de vêtements. Au milieu de cette micro-société de vendeurs, de commis, de seconds, de premiers, la pauvre Denise va devoir livrer une réelle bataille afin d'être acceptée pour ses talents de vendeuses. Avec beaucoup d'ironie, Zola donne une image complète du climat malsain qui règne dans ce genre d'établissements, entre les rumeurs, les histoires sordides, les opinions uniquement basées sur des ragots... Je vous laisse le plaisir de le découvrir si vous ne le connaissez pas. Ce n'est peut-être pas mon Zola préféré, mais c'est un chef d'oeuvre tout de même !

Emile Zola. Au Bonheur des Dames. Paris : Librairie Générale de France, 1998. 513p.

Jeudi 20 mai 2010 à 18:11

 La colère des aubergines - Bulbul Sharma

" Debout sur le seuil, il hésitait à entrer. Elles l'attendaient, il le savait. Elles devaient surveiller furtivement  le portail, cou tendu, immobiles, comme le daim en arrêt qui hume l'air pour détecter le danger, sa mère près de la porte, sa femme à quelques pas derrière. Dès qu'il entrerait, la lutte qui déchirait chaque journée de sa vie conjugale s'engagerait, et la soirée serait ravagée. Vinod, baissant la tête comme pour se rapetisser et éviter de se faire remarquer, franchit le seuil. Sa mère quitta sa position stratégique près de l'entrée pour se propulser vers lui. Aujourd'hui, elle tenait  à la main un verre de jus de fruit. A la vue du liquide rouge, miroitant dans le verre givré comme un sang fraîchement recueilli, Vinod sentit monter en lui une nausée soudaine."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/colereauberginesL1.jpg
J'ai découvert ce recueil lors de la sélection des ouvrages asiatiques pour le nouvel an chinois.  C'est un recueil de nouvelles indiennes qui traitent de la nourriture. En effet, le rapport  à la nourriture est extrêmement important dans la culture indienne. La première nouvelle semble être un récit autobiographique, qui ouvre cet ouvrage de 13 nouvelles culinaires totalement appétissantes, drôles et parfois un peu tristes aussi. Entre une famille qui, à l'occasion du mariage de leur fille, rivalise de festins et de régals gustatifs avec la famille du marié, les voyages en trains et leurs multiples désagréments, les coutumes de jeûne des veuves, les souvenirs culinaires d'un homme aux portes de la mort ... Différents moments de la vie sont représentés, le point de vue des hommes comme celui des femmes, avec des orgies de nourritures, des restrictions, tous les plaisirs et les désagréments que peuvent apporter la nourriture. 

J'ai vraiment apprécié cette lecture, d'une part car j'ai trouvé que chaque nouvelle était réellement différente, tout en suivant le thème commun de la nourriture, et d'autre part parce que j'ai pu réaliser l'importance de la nourriture dans la culture indienne. De plus, l'auteur utilise des mots indiens pour désigner les plats ( ils sont traduits et expliqués dans un glossaire en fin d'ouvrage), ce qui donne une petite touche authentique au texte, on est vraiment dedans. Et l'autre point réellement positif ( à mon sens parce que je suis une sacrée gourmande), c'est qu'à la fin de chaque nouvelle, on peut trouver une ou plusieurs recettes des plats qui ont été abordés dans la nouvelle. C'est donc une lecture assez ludique, assez rapide, qui permet de passer un bon moment de détente. 

Bulbul Sharma. La colère des aubergines. Arles : Picquier, 2002.195p.

Mardi 18 mai 2010 à 11:10

 
Pot Bouille - Emile Zola

" Octave, pourtant, eut beaucoup de peine à s'endormir. Il se retournait fiévreusement, la cervelle occupée des figures nouvelles qu'il avait vues. Pourquoi diable les Campardon se montraient-ils si aimables ? Est-ce qu'ils rêvaient, plus tard, de lui donner leur fille ? Peut-être aussi le mari le prenait-il en pension pour occuper et égayer sa femme ? Et cette pauvre dame, quelle drôle de maladie pouvait-elle avoir ? Puis ses idées se brouillèrent davantage, il vit passer des ombres : la petite Mme Pichon, sa voisine, avec ses regards vides et clairs ; la belle Mme Hédouin, correcte et sérieuse dans sa robe noire ; et les yeux ardents de Mme Valérie, et le rire gai de Mlle Josserand. "


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782253006985.jpgCe n'est pas une découverte de l'auteur, étant donné que je lis les Rougon-Macquart dans l'ordre, et que Pot-Bouille est le neuvième. Dans cet ouvrage, on retrouve Octave Mouret, fraîchement débarqué à Paris dans une maison bourgeoise. Son but est de travailler dans un magasin de tissus, et en particulier Au Bonheur des Dames, ce qui annonce le roman suivant. Il est également entouré d'une foule de femmes, plus ou moins jeunes, plus ou moins mariées, à qui il va faire la cour, pour essayer de les avoir. Il s'attaquera à sa petite voisine, souvent aux femmes mariées, il faut le dire. Et tout cela pour le plus grand plaisir du lecteur qui se délecte de cette société bourgeoise peinte par Zola avec un cynisme et une ironie assez exceptionnelles. En effet, l'auteur nous présente ici des habitants qui ne jurent que par la morale et la vertu, tandis que chacun trompe son monde, ne fait preuve d'aucune moralité et se repait de ses  vices.

C'est cet aspect qui m'a réellement séduit dans ce roman. Les personnages, sous la plume acérée et dynamique de l'auteur, deviennent détestables, petits, mesquins, toujours à la recherche d'argent, d'un rang à tenir, d'une nouvelle maîtresse ou d'un nouvel amant... Le seul personnage qui m'a inspiré de la compassion est Mr Josserand, marié à une femme qui n'en veut qu'à son argent, il passe ses nuits à faire du travail supplémentaire, afin de permettre à sa femme et à ses filles de s'acheter des rubans, des bottines. C'est le seul personnage du roman qui soit une figure de l'honnêteté, de la probité et du sacrifice, car il ne faut pas oublier que les autres personnages sont profondément égoïstes. Cependant, j'ai vraiment pris du plaisir à lire ce roman, et j'ai hâte de me plonger dans la suite, car Au Bonheur des Dames me semble assez intéressant, et puis on y retrouve Octave Mouret.  

Emile Zola. Pot-Bouille. Paris : Librairie Générale Française, 1998. 470p.

( Je tenais à faire une précision, la référence que je donne en fin d'article n'est pas la référence de première parution de l'ouvrage, mais de la collection que j'ai en ma possession, donc c'est pour cela que les dates ne correspondent pas à la date de parution. )

Mardi 11 mai 2010 à 16:42

 La Morte amoureuse - Théophile Gautier

" Oh ! Comme elle était belle ! Les plus grands peintres, lorsque, poursuivant dans le ciel la beauté idéale, ils ont rapporté sur la terre le divin portrait  de la Madone, n'approchent même pas de cette fabuleuse réalité. Ni les vers du poète ni la palette du peintre n'en peuvent donner une idée. Elle était assez grande, avec une taille et un port de déesse ; ses cheveux, d'un blond doux, se séparaient sur le haut de sa tête et coulaient sur ses tempes comme deux fleuves d'or ; on aurait dit une reine avec son diadème ; son front, d'une blancheur bleuâtre et transparente, s'étendait large et serein sur les arcs de deux cils presque bruns, singularité qui ajoutait encore à l'effet de prunelles vert de mer d'une vivacité et d'un éclat insoutenables."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/11238203064330.jpg J'ai acheté ce livre lors de ma visite à  Bécherel, chez un petit bouquiniste qui possédait un sacré paquet de trucs. Et comme en ce moment je n'ai pas vraiment le temps de lire des pavés, je me suis dit que c'était pas mal pour faire une pose dans les révisions. Romuald est un jeune homme qui, lors de son ordination, remarque la plus magnifique jeune femme qu'il ait jamais vu. Cette jeune femme c'est Clarimonde, une jeune courtisane sur qui il court des bruits assez étranges. Alors que Romuald s'éloigne de la ville de la jeune femme, il est appelé pour la veiller sur son lit de mort. Il est à la fois désespéré de la mort de celle qu'il aime secrètement, mais également libéré car il pense pouvoir retrouver la paix. Malheureusement, Clarimonde revient le voir en rêve, et l'entraine dans une vie nocturne de débauche... 

Cette nouvelle est vraiment courte, mais plutôt agréable à lire. Le personnage est réellement perdu, et il m'a un peu fait penser à Serge Mouret, dans la Faute de l'abbé Mouret, de Zola. L'amour pour cette jeune femme est plus fort que tout, même que les avertissements de l'abbé qui cherche à lui montrer que c'est une tentation diabolique. Avec cette nouvelle fantastique, Gautier nous livre un bel aperçu de son talent. J'ai trouvé que le style était vraiment recherché, sans pour autant en devenir indigeste. Le fait que ce soit une nouvelle concentre l'action, et je pense que c'est un point positif, car je n'imagine pas cette histoire étalée sur deux cent pages. Mais c'est réellement divertissant et c'est un classique de la littérature fantastique, et plus précisément, tout ce qui est littérature vampirique. 

Théophile Gautier. La Morte amoureuse. Librio : Paris, 1998. 43p.

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