Jeudi 24 juin 2010 à 16:22

 Les Liaisons dangereuses - Choderlos de Laclos

" Vos ordres sont charmants ; votre façon de les donner est plus aimable encore ; vous feriez chérir le despotisme.Ce n'est pas la première fois, comme vous savez, que je regrette de ne plus être votre esclave ; et tout monstre que vous dites que je suis, je ne me rappelle jamais sans plaisir le temps où vous m'honoriez de noms plus doux. Souvent même je désire de les mériter de nouveau, et de finir par donner ,avec vous, un exemple de constance au monde. Mais de plus grands intérêts nous appellent ; conquérir est notre destin ; il faut le suivre : peut-être au bout de la carrière nous rencontrerons-nous encore ; car, soit dit sans vous fâcher, ma très belle Marquise, vous me suivez au moins d'un pas égal ; et depuis que, nous séparant pour le bonheur du monde, nous prêchons la foi chacun de notre côté, il me semble que dans cette mission d'amour, vous avez fait plus de prosélytes que moi. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/2341lesliaisonsdangereuses1.jpgJe n'avais toujours pas lu ce classique du roman épistolaire, après quelques années d'études de Lettres. Mais voilà maintenant chose faite, et mon ignorance en partie réparée. J'ai enfin découvert les personnages de Valmont et de Merteuil. Le Vicomte de Valmont et la Marquise de Merteuil sont deux amis, anciens amants, qui consacrent leur vie aux plaisirs de l'amour et du libertinage. Et leur plaisir est d'autant plus grand que leurs actions peut permettre de déshonorer une jeune fille, ou compromettre un jeune homme. Lorsque la jeune Cécile Volanges sort du couvent, c'est pour se marier avec le Comte de Gercourt. Or ce Gercourt est un ancien amant de la Marquise de Merteuil, et celle-ci décide de se venger, en envoyant Valmont déshonorer la petite Cécile. Valmont s'exécute, tout en poursuivant sa lutte contre la vertu de la Présidente de Tourvel, une jeune femme mariée et profondément dévote, qu'il s'est défié de séduire. Voilà un résumé un peu sommaire mais je ne veux pas trop en dire, pour ne pas gâcher l'intrigue.

J'ai passé un très bon moment lors de cette lecture. J'ai été réellement amusée par Valmont et Merteuil, qui n'ont absolument aucune morale et se défient de séduire untel ou untel juste pour s'amuser. Je dois avouer que le personnage de Cécile m'a semblé un peu cruche, mais les jeunes filles de l'époque l'étaient peut-être lorsqu'elles avaient été formées au couvent. Le personnage de la Présidente de Tourvel est assez complexe, mais toutefois intéressant. Le style est réellement travaillé, et c'est un plaisir à la lecture, enfin quand on aime ce genre de romans. Je ne peux que le conseiller, même si les cinq cent pages peuvent en rebuter certains. 

Choderlos de Laclos. Les Liaisons dangereuses. Paris : Le livre de poche, 2002.513p.

Samedi 19 juin 2010 à 10:51

 Mort aux cons - Carl Aderhold

" Ma première victime fut un petit caniche noir. J'avais décidé de faire un essai dans une autre ville. Tout l'après-midi, j'avais arpenté les rues sans repérer le moindre animal. Je m'apprêtais à renoncer lorsque dans une petite avenue pavillonnaire j'entendis derrière moi une femme qui parlait sur un ton très doux. "Je t'ai pris pour ce soir un steak comme tu les aimes." Au début je n'y prêtais guère attention. "Je te le couperai en petits morceaux, comme a dit le docteur. Sinon tu ne les digères pas." J'essayais d'imaginer la tête du petit garçon auquel s'adressait ce discours, je revoyais ma grand-mère me vantant les vertus du poisson, le mercredi midi quand j'allais manger chez elle... Au moment de prendre la rue vers la gare, je jetai un coup d'oeil dans le rétroviseur d'une voiture garée à côté. J'aperçus la femme qui parlait à son caniche. Sans même prendre le temps de m'assurer que la voie était libre, je fis demi-tour, m'approchai l'air dégagé, me saisis du chien et me mis à courir. J'étais déjà loin quand la vieille appela à l'aide. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782253124870FS.gifConseillé par Cora, ce livre me semblait une bonne occasion de me défouler. Le narrateur, un homme tout à fait banal en somme, tue un jour le chat d'une de ses voisines, agacé par les allées et venues un peu trop fréquentes de l'animal. Voyant l'effet de solidarité produit par cet incident, il commence à décimer son quartier de ses animaux domestiques, pensant créer un élan de soutien et de fraternité. Mais un jour, sa cible se précise : ce n'est plus aux animaux qu'il va s'en prendre, mais aux maîtres, et aux personnes en général. Mais tout le monde n'est pas susceptible d'être la cible de cet assassin. Non, il a une petite préférence pour un type particulier : Les cons. Menant une étude approfondie de leurs effets néfastes dans la société, ( le con-tagieux ), il ne voit qu'une seule solution pour arrêter cette épidémie : les éliminer. Tous. Un par un, ou même parfois en groupe. De la conseillère de L'ANPE, au psy un peu trop freudien, en passant par les personnes âgées en vacances, aux DRH, aux chasseurs de province, chauffards et autres bricoleurs du dimanche... 

Ce livre a été assez plaisant je dois le dire. Le récit des meurtres fait souvent sourire, et l'on ne peut qu'admirer les trésors d'inventivité déployés par ce tueur en série hors normes. La plupart passent pour des accidents, parfaitement orchestrés, ce qui conduit à l'incompréhension de la police. Au fur et à mesure, son instinct s'affine, les cons sont classés par catégories, ce qui marque l'avancement de ses recherches, et toutes ces recherches sont secondées par un inspecteur de police, qui se prend d'amitié pour le narrateur. Malgré ces points positifs, je dois admettre que la lecture a été un peu longue. J'ai certes passé un bon moment, c'est assez bien écrit, il n'y a pas à redire de ce côté-là, mais je crois qu'au bout d'un moment le côté un peu répétitif des meurtres m'a lassé. Surtout que j'ai trouvé que le personnage avait tendance à tuer un peu à tort et à travers, parfois juste parce qu'il avait été agacé par quelqu'un, sans vraiment se focaliser sur de vrais cons, connus et référencés si je puis dire. Mais malgré cet aspect,, c'est vrai que c'est une lecture qui défoule, et où l'on passe un réel bon moment. 

Carl Aderhold. Mort aux cons. Paris : Hachette Littératures, 2007.410p.

Dimanche 13 juin 2010 à 11:41

 
 Baton Rouge - Patricia Cornwell

" Les nuits du bayou évoquent toujours pour Jay Talley un orchestre cajun. Les coassements des grenouilles taureau s'acquittent des basses, les criaillements d'oiseaux évoquent les cordes pincées d'une guitare électrique, quant à la frénésie des cigales et des  sauterelles, elle se fond pour reproduire le son râpeux ou vrillant des planches à laver et des crincrins. Talley dirige le faisceau d'un projecteur vers la forme sombre et tourmentée d'un vieux cyprès, et des prunelles d'alligator trouent l'obscurité comme des éclairs avant de disparaître sous la surface noire de l'eau. La lumière se peuple du bourdonnement à la fois doux et menaçant des moustiques, tandis que le bateau dérive, moteur coupé. "


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/14.jpgAttention aux spoilers ! 

Dans ce roman, l'anatomo-pathologiste Kay Scarpetta est une nouvelle fois confrontée à la famille Chandonne. Elle doit faire face aux obscènes lettres envoyées par Jean-Baptiste, le tueur surnommé le Loup-Garou à cause d'une maladie génétique qui le couvre de longs poils. Elle doit également se méfier du jumeau de Jean-Baptiste, plus connu sous le nom de Jay Talley, qui lui, kidnappe des femmes pour les tuer, en reproduisant un schéma macabre qu'il aimerait appliquer sur Kay. De son côté, Lucy, la nièce de Kay, cherche à arrêter le malsain  Rocco Caggiano, avocat véreux de la famille Chandonne. Et dans ce chaos incertain, des femmes disparaissent, et Benton Weasley réapparait. Cette enquête va la mener de New York à Baton Rouge, en passant par le Texas, et va mener Lucy jusqu'en Pologne afin de retrouver Caggiano. 

Voilà pour un résumé un peu sommaire, mais je n'ai pas envie de tout dévoiler de cette histoire. Ce qui m'a frappé dans ce livre, c'est que l'on retrouve un style à la troisième personne, et donc les pensées les plus profondes de Kay nous sont enlevées. Mais cela permet d'avoir le point de vue de différents personnages, notamment des meurtriers, et cette perspective est assez intéressante. C'est un peu comme faire un puzzle à plusieurs, chacun apportant des pièces qui au départ n'ont aucun lien, pour finalement réussir à les relier entre elles. C'est une lecture que j'ai réellement apprécié, mon goût pour les polars revenant un peu en ce moment. Je pense que je vais finir cette série, il m'en reste encore 5, je pense que je peux les avoir lus dans l'été. De plus, je possède Baton Rouge dans sa version anglaise : Blow Fly, je pense que quand l'envie me prendra de lire en anglais je me mettrai peut-être dedans. Mais encore une fois, Patricia Cornwell nous sert un suspense qui se dilue, qui monte en intensité jusque dans les dernières pages, où l'on ne sait pas d'où le mal va venir. Et comme à chaque fois, la fin donne envie de commencer le livre suivant, puisque l'histoire n'est pas complètement terminée. 

Patricia Cornwell. Baton Rouge. Paris : Calmann-Lévy, 2004. 440p.

Samedi 12 juin 2010 à 11:39

 Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis - Pierre Desproges 

" Gynécée n.m., du grec gunaïkos, la femme. Appartement de femmes à Athènes et  à Rome, dans l'Antiquité, ou à Vierzon, dans le Cher, mais là ça ne compte pas c'est un bordel. On retrouve également le terme gynécée dans le vocabulaire arabe littéraire classique, où il prend un sens nettement différent, "gynécée", signifiant ici - littéralement - "non-connaissance", comme le souligne son utilisation dans ce dialogue extrait des Contes des mille et une nuits :  Ou kilé li misée di Lôvre ? 
- Gynécée pas. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/6912462843962.jpg

Ce que j'en ai besoin en ce moment, d'un humour au quinzième degré, d'un cynisme à toute épreuve. Ce Dictionnaire superflu tombait à pic, de plus que je me plonge en ce moment dans le visionnage de " Desproges se donne en spectacle". Ici, deux catégories, les noms communs et les noms propres, séparés par les classiques pages roses contenant les citations latines. A chaque lettre, une seule définition, un seul mot, qui a été choisi après de nombreux débats, comme l'explique l'auteur dans la préface. Ces mots n'ont pas été choisis au hasard, ils présentent tous un intérêt particulier, et une définition remise au goût du jour par Desproges, nous amenant à ouvrir les yeux sur des vérités que notre esprit, pas toujours clairvoyant, n'avait su apercevoir. 

C'est une lecture qui m'a enchanté. Mais je ne m'attendais pas à autre chose, Desproges étant un homme pour qui j'ai une grande admiration. Chaque page mettait en avant un mot banal, ou parfois totalement inconnu, mais détourné avec une grande subtilité, et un cynisme carnassier qui ne peut que faire sourire. Je pense que d'autres ouvrages suivront, dès que mon porte-monnaie arrêtera de me bouder. Mais c'est un bon début pour entrer dans l'univers de l'humoriste, pour le découvrir, si vous ne le connaissez pas encore. A travers ces définitions pleine d'humour, il amène le lecteur à se poser des questions, à réfléchir, sous une apparente légèreté et une condescendance irrésistible. C'est un ouvrage court, et je ne vois pas trop ce que je peux ajouter à cette critique, si ce n'est que mes définitions favorites sont  : Gynécée ( extrait ci-dessus), Xiphophore, Femme, Torture, Larminier, Kafka ... 

Pierre Desproges. Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis. Paris : Seuil, 1985.145p.

Jeudi 10 juin 2010 à 18:17

 Les Carnets du sous-sol - Fédor Dostoïevski

" - Hum... décidez-vous, nos désirs sont presque toujours erronés à cause d'une conception erronée de nos intérêts. C'est pour cela qu'il nous arrive de vouloir vraiment n'importe quoi, si c'est dans ce n'importe quoi que nous voyons, par pure bêtise, le chemin le plus court pour atteindre un intérêt supposé d'avance. D'accord, mais quand tout sera expliqué, calibré sur une page ( ce qui est très possible parce que c'est moche, quand même, et c'est absurde de croire d'avance que l'homme ne découvrira jamais de nouvelles lois de la nature ), alors évidemment, il n'y aura plus de prétendus désirs. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/7656gf.jpgDans cet ouvrage, offert par mon papa à Noël, le narrateur se lance dans un grand monologue intérieur, divisé en deux parties. La première est une réflexion sur la condition humaine, et la seconde est un récit d'un événement, plus précisément d'une soirée et des quelques jours qui ont suivi cette soirée. Il cherche à revoir un ancien camarade de classe, et finit par s'incruster dans un dîner où personne ne veut de lui, se dispute, va même jusqu'à proposer un duel. Au fond, on sent bien que c'est un personnage malheureux sous ses airs détestables, que c'est une personne indécise, qui passe son temps à rêver sa vie en regardant celle des autres, quelqu'un qui voudrait être un héros, et non pas une ordure comme il le dit lui-même. Puis s'en suit cette longue discussion avec une jeune femme, une jeune prostituée, qui au fond aimerait bien qu'on l'aime comme n'importe qui. 

Malgré ces personnages qui pourraient, éventuellement être attachants, je n'ai pas accroché. Mais alors vraiment pas. Heureusement que ce livre fait moins de deux cent pages, parce que je n'aurais pas pu aller au-delà. Le style est extrêmement complexe, notamment dans la première partie, où certaines réflexions m'ont semblé intéressantes, mais d'autres m'ont totalement échappé. Deuxièmement, la seconde partie ne m'a pas vraiment accrochée. Je ne suis pas vraiment une adepte du monologue intérieur, j'ai eu l'occasion de m'en rendre compte ce semestre lors du cours qui portait sur ce sujet. Le fait de raconter une seule soirée, avec les pensées d'un seul personnage me déplaît. Surtout si ce personnage n'a aucune ambition, et passe son temps à réfléchir sur le fait de provoquer ou pas son ami en duel. C'est donc pour cela que cette critique est assez courte, car je ne peux rien dire de plus, l'histoire se résume en une ligne, et je n'ai pas assez apprécié pour pouvoir vous donner envie de le lire.

Fedor Dostoïevski. Les Carnets du sous-sol. Paris : Babel, 1992. 165p.

<< Page précédente | 1 | 2 | Page suivante >>

Créer un podcast