Lundi 28 mars 2011 à 19:46

 Resurrection Row - Anne Perry

" - Je ne comprends pas que l'on puisse faire une chose pareille... déterrer un cadavre ! A la rigueur, si on avait voulu le disséquer, comme le font les étudiants en médecine, ou bien l'utiliser pour des cérémonies de magie noire. Mais là, rien ! Le corps est intact.
- Aucune marque particulière ? 
Pitt avait posé cette question à tout hasard, par routine. Il ne s'attendait pas à ce que le cadavre portât des traces quelconques. C'était un simple cas de profanation de sépulture, rien de plus, l'oeuvre d'un malade mental aux idées perverses.
- Aucune, monsieur, répondit l'employé. Un homme âgé, soigné de sa personne, bien nourri, un peu corpulent, ce qui n'a rien d'étonnant, à son âge. Des mains très douces, très nettes. Je n'avais jamais vu le cadavre d'un lord, mais il est tel que je me l'était imaginé. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782264035134web.jpgA peine après avoir fini le Crime de Paragon Walk, je me suis lancée dans la suite des aventures de Charlotte et Thomas Pitt. L'inspecteur est ici chargé d'une affaire de viol de sépulture. En effet, le corps d'un Lord, Sir Augustus Fitzroy-Hammond a été retrouvé dans un lieu assez inhabituel. Et c'est d'autant plus étrange que cela se reproduit une deuxième fois, toujours avec le même Lord. La police commence à soupçonné que l'homme n'est pas mort de sa belle mort, mais que peut-être il a été assassiné, et ces exhumations seraient un moyen d'attirer l'attention de la police. Mais à qui pourrait profiter ce crime ? Peut-être à sa trop jeune épouse, Alicia, qui hériterait et pourrait à son aise épouser Dominic Corde, l'homme qui lui fait la cour. Oui, c'est ce même Dominic qui était l'époux de Sarah, la soeur de Charlotte, avant qu'elle ne soit assassinée dans L'étrangleur de Cater Street. Cette nouvelle ne peut que causer un choc à Charlotte, qui va bien sûr avoir l'opportunité d'aller mettre son nez sur cette affaire. On y retrouve également Tante Vespasia, qui avait eu son importance dans le Crime de Paragon Walk. Mais tout se brouille quand un deuxième cadavre est retrouvé, sans lien apparent avec Lord Hammond. Se pourrait-il que tout cela ne soit que l'oeuvre d'un déséquilibré ? Ou y-t-il une implacable logique là-dessous ? C'est ce que Thomas va chercher à élucider . 

En voilà d'une enquête qui commence étrangement ! Un corps est retrouvé sur un cab, puis quelques jours plus tard sur les bancs d'une église. Un autre, assis sur une tombe, et un dernier sur un banc. Il semblerait que les morts quittent leurs caveaux afin de nous indiquer quelque chose. Et les suspects paraissent un peu trop évidents pour être tout désignés. Encore une fois, Anne Perry frappe fort, et entre chez l'aristocratie londonienne afin de faire tomber les masques et craqueler le vernis des apparences et des manières policées. Mais en plus de l'enquête policière, elle insère une autre dimension dans son récit, plus sociale. En effet, certains des personnages ont à coeur de faire passer une loi concernant les hospices, ces lieux de misères censés fournir du travail et de la nourriture aux plus pauvres, mais qui étaient en fait des endroits innommables, mal fréquentés, où les enfants fréquentaient depuis le plus jeune âge des voleurs, des mendiants... Pour une fois, certains membres de la bonne société sont emmenés dans ces endroits et prennent conscience de l'immense fossé qui les sépare de ces gens miséreux. Et je trouve que ça donne un relief de plus au récit, on n'est plus cantonné à ces grandes maisons pleines de domestiques aux petits soins pour des maîtres qui ne se préoccupent que d'eux. Il y en a qui ont une réelle volonté de changer les choses, de combler une béance sociale. En tous cas, le roman en lui-même est très bon, et je crois que je m'attache de plus en plus à ces personnages. Je vais continuer la série dès que possible. 

Anne Perry. Resurrection Row. Paris : 10/18. 2002. 314p.


Dimanche 27 mars 2011 à 21:42

 Le Crime de Paragon Walk - Anne Perry

" - On se demande où on va, entre le général Gordon qui se fait tuer en janvier par une espèce de derviche, et maintenant, des violeurs en liberté dans une rue comme Paragon Walk. C'est un scandale, je dis ...une pauvre petite comme elle. Elle a l'air aussi innocente qu'un agneau, pas vrai ? ajouta-t-il, la fixant d'un oeil morne. 
Pitt fit volte-face.
- Vous avez parlé de viol ?
- Oui, monsieur. On ne vous l'a pas dit, au poste ?
- Non, Forbes, on ne m'a rien dit de tel, riposta-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu, pour cacher son désarroi. Il a seulement été question d'assassinat. 
- Ma foi, elle a été assassinée aussi, observa Forbes, logique. La pauvre. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/anneperrycrimeparagonwalkL1.jpgDans ce troisième volet des aventures de Charlotte et Thomas Pitt, l'enquêteur se retrouve face à un crime odieux. Une jeune fille de 17 ans, Fanny Nash, a été violée puis assassinée d'un coup de couteau. Elle n'a eu que le temps de rentrer chez elle et de s'effondrer dans les bras de sa belle-soeur Jessamyn. La police commence par suspecter les valets, cochers et autres domestiques, mais bientôt les soupçons commencent à peser sur  les habitants du quartier cossu de Paragon Walk. Charlotte va être mêlée à cette histoire parce que sa soeur Emily habite dans la rue où a été commis le meurtre. Et George, mari d'Emily, a du mal à justifier ce qu'il faisait le soir du drame. De garden partys en après-midi mondains, Charlotte et Emily vont en apprendre beaucoup sur la vie des habitants du quartier, leurs petits secrets, ce qu'ils cherchent désespérément à cacher, une liaison, des dettes, des passions peu communes ... Certains s'enferment dans la peur et d'autres profitent de la panique générale pour semer les doutes, inciter les gens à se suspecter les uns les autres. Et ceux qui en savent trop ne sont pas à l'abri d'être réduits au silence, peu importent les moyens. Il s'agit donc d'être discret, de ne pas clamer trop haut ce que l'on sait, et d'avancer finement. Et il se pourrait bien que les commérages féminins portent plus leurs fruits que les enquêtes de ce pauvre Thomas, toisé par ces gens fortunés. 

Déjà j'ai trouvé que le meurtre en lui-même était assez intéressant. Qui irait violer et  tuer une pauvre jeune fille innocente de dix-sept ans, naïve et innocente ? Elle ne prenait part à aucune intrigue amoureuse, n'était pas au courant de secrets compromettants, bref, elle n'avait aucune raison d'être tuée. Les membres de sa famille ont tous un petit quelque chose de dérangeant, et cela ne fait qu'augmenter les soupçons sur eux, mais cela voudrait dire qu'en plus, on peut classer l'inceste dans les crimes perpétrés. Anne Perry a le chic pour faire craquer le vernis de la bonne société anglaise du dix-neuvième siècle. Les gens ne sont pas aussi lisses et parfaits qu'ils en ont l'air. Ils ont tous quelque chose à cacher, et le lecteur se délecte d'apprendre petit à petit les fautes de ceux qui semblent les plus vertueux. J'aime bien Thomas Pitt. Je le trouve sympathique, avec un petit côté séduisant, tout dépenaillé et jurant par rapport aux manières policées des gens qu'il a l'habitude d'interroger. Il est décalé, mais attendrissant, et c'est pourquoi j'ai toujours autant de plaisir à lire ses aventures. Charlotte aussi est un personnage que l'on ne peut pas détester. Elle est attentionnée, prête à rendre service à son mari, et réellement aimante. Le style est assez bon, assez dynamique, même dans les dialogues où les piques fusent, ainsi que les traits d'esprit. Moi qui ait un petit faible pour cette Angleterre victorienne, je dois avouer que je me régale de ces lectures. 

Anne Perry. Le Crime de Paragon Walk. Paris : 10/18, 2003. 316p.

Vendredi 25 mars 2011 à 11:11

 Le Signe des Quatre - Arthur Conan Doyle

" - Je ne vous ai pas dit encore la partie la plus singulière. Il y a six ans environ, le 4 mai 1882 exactement, une annonce parut dans le Times, demandant l'adresse de mademoiselle Mary Morstan, et déclarant qu'elle aurait intérêt à se faire connaître.Je venais, à ce moment-là, d'entrer comme gouvernante chez madame Cecil Forrester. Suivant son conseil, je publiai mon adresse dans la colonne des annonces. Le même jour m'arriva par la poste une petite boîte en carton qui contenait une perle très grosse et très brillante. Pas un mot n'y était joint. Depuis lors, chaque année à la même date, une boîte identique a toujours fait son apparition, contenant une perle semblable et toujours sans mention de l'expéditeur. Un expert m'a déclaré qu'elles sont d'une variété rare et qu'elles ont une très grande valeur. Vous pouvez constater vous-mêmes qu'elles sont très belles.
Tout en parlant, elle ouvrit une boîte et nous montra six des plus belles perles que j'aie jamais vues. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782253098126FS.gifA la suite du Chien des Baskerville se trouvait Le Signe des quatre, et je me suis empressée de continuer ma découverte des aventures de Sherlock Holmes. Dans cette enquête-ci, Mademoiselle Morstan vient trouver Sherlock Holmes et le Docteur Watson afin de leur conter son histoire. Quelques années plus tôt, alors qu'elle devait retrouver son père à Londres, celui-ci disparût sans laisser d'adresse ou de signe de vie. Jamais l'enquête de police ne pût prouver ce qui lui était arrivé. Quelques années plus tard, elle commence à recevoir des perles, une chaque année, sans aucun mot d'explication ou d'indication pouvant renseigner sur l'identité de l'expéditeur. Et le jour où elle se décide à aller voir Holmes, c'est parce qu'elle a reçu un mot la priant de bien vouloir se rendre à un endroit précis, à une certaine heure, et accompagnée de deux amis si elle le souhaite. Tout ceci dans le but de lui donner ce dont on l'a lésée depuis quelques années. Ne comprenant pas ce que cela signifie, elle demande de l'aide aux deux enquêteurs afin d'éclaircir ce mystère. Les trois protagonistes se rendent au rendez-vous indiqué, et  plongent dans une histoire exotique de trésor qui aurait disparu, et dont le montant pourrait donner à mademoiselle Morstan une rente de quelques dix mille livres. Mais rien ne se passe comme prévu. La personne supposée détenir le trésor est retrouvée assassinée, une fléchette empoisonnée dans le crane. Tout ceci commence à devenir suspect, et Holmes se lance sur la trace du meurtrier, mais aussi du trésor.

Même si j'ai trouvé cette histoire moins passionnante que le Chien des Baskerville, j'ai quand même pris beaucoup de plaisir à la lire. On sent vraiment que tout est calculé, que chaque détail est pensé, et cela met le cerveau du lecteur en perpétuelle ébullition. On voyage jusqu'en Inde avec le récit de la découverte du trésor, et des machinations qui en ont découlé. Les personnages étranges de cette enquête donnent un certain exotisme qui est assez appréciable. On sent qu'Holmes a désespérément besoin de cette enquête pour s'échapper de son quotidien morose, qui l'oblige à prendre de la cocaïne afin de voyager ( au moins par l'esprit. ) Le Docteur Watson, toujours narrateur de cette histoire, se trouve un peu plus impliqué dans l'enquête parce qu'il tisse un lien particulier avec l'un des personnages. On retrouve toujours son étonnement admiratif face aux découvertes de Sherlock Holmes. Ce dernier n'est pas toujours tendre avec son coéquipier, n'hésitant pas à le rabaisser, à se vanter de trouver les solutions aux problèmes avant tout le monde. Mais bon, quand on a son talent, je crois qu'il est impossible de ne pas faire preuve d'un peu de narcissisme, ce qui dans son cas n'est pas dérangeant, mais plutôt comique. Le style est toujours aussi dynamique, et chaque détail donne à penser au lecteur. On retourne le problème dans tous les sens, on soupçonne chaque personnage, mais cette fois-ci, le dénouement est presque donné dès le départ. Il ne s'agit que de comprendre les subtilités de l'affaire. Encore une lecture sympathique.

Arthur Conan Doyle. Le Signe des Quatre. Paris: Paperview, 2006. 114p.

Vendredi 25 mars 2011 à 10:50

 Le Chien des Baskerville - Arthur Conan Doyle

" Sir Charles gisait, la face contre terre, les bras étendus, les doigts enfoncés dans le sol, les traits convulsés par une émotion si forte que j'aurais difficilement pu jurer que c'était bien lui. Il n'y avait certainement aucune blessure sur le corps. Mais Barrymore a fait à l'enquête une déclaration erronée. Il a assuré qu'il n'y avait aucune trace, aucun signe sur le sol autour du corps. Il n'en a remarqué aucun. Mais, à quelque distance de là, j'en ai vu, moi ; des traces fraîches et nettes.
- Des empreintes de pieds ?
- Des empreintes de pieds.
- D'un homme ou d'une femme ?
Un instant, le docteur Mortimer nous regarda d'une façon étrange et sa voix n'était presque plus qu'un murmure quand il répondit :
- Monsieur Holmes, c'étaient les empreintes d'un chien gigantesque. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/lechiendesbaskerville.gifUn grand classique que ce Chien des Baskerville, et pourtant je ne l'avais toujours pas lu. Voilà enfin chose faite. Le célèbre Sherlock Holmes et son associé le Docteur Watson sont tranquillement dans leur studio de Baker Street lorsqu'un visiteur se présente, porteur d'une affaire mystérieuse. Une étrange légende terrorise la famille des Baskerville depuis le milieu du 18ème siècle. Un chien démoniaque, gigantesque, aurait attaqué un de leurs aïeux, et depuis, chaque membre de la famille serait condamné à une mort violente et prématurée. Tout cela fait bien sûr partie de la légende. Ce qui est plus concret, et qui va intéresser notre inspecteur, c'est le fait que Charles Baskerville ait récemment trouvé la mort dans des circonstances étranges. Lui qui n'avait pas l'habitude de se balader le soir sur la lande, il a été retrouvé aux abords de celle-ci, mort vraisemblablement de peur. A côté de lui, d'étranges empreintes appartenant à un chien démesurément grand. La légende semble s'être remise en marche. Lorsque Sir Henry de Baskerville, le dernier héritier de la famille, arrive sur le territoire anglais, il est immédiatement averti par un courrier anonyme du danger qu'il court en s'installant dans la demeure. Apparemment, des personnes dont l'intention est assez trouble, cherchent à éloigner le jeune homme de la lande. Holmes charge Watson d'accompagner Sir Henry et de veiller au grain, mais les évènements vont petit à petit se précipiter et donner à cette histoire tout son mystère. 

Pour mon premier Sherlock Holmes, je ne pouvais pas commencer par une autre histoire que celle-là. Le fait que le récit soit du point de vue de Watson  est assez intéressant, car on a un avis un peu extérieur sur l'enquête ( on n'a pas directement accès aux pensées et déductions de Sherlock Holmes ) mais en même temps, ça donne un caractère plus intime à l'histoire que d'être en présence d'un narrateur externe. De plus, on peut avoir le point de vue de Watson sur le caractère d'Holmes. Ce-dernier par ailleurs m'a surpris, je l'ai trouvé bien sûr brillant, mais également assez dépréciateur du travail de Watson, négligeant un peu son avis, et le rabaissant dès qu'il en a l'occasion. Il est donc devenu pour moi un homme admirable pour ses qualités professionnelles, mais assez détestable sur le plan humain. Mais cela ne fait qu'apporter un peu plus de piquant à l'histoire. L'enquête est vraiment prenante. On ne peut s'empêcher de chercher le coupable, d'arriver à des conclusions qui se trouvent toutes fausses, mais également d'être happé par cette atmosphère mystérieuse. On sait qu'il y a une logique dans les faits, mais tout le côté surnaturel qui est décrit nous pousse à envisager toutes les solutions. Mais comme on est loin d'être chez Lovecraft ( malgré ces landes mystiques et cette ambiance très néo-gothique du paysage ), on arrive finalement à des conclusions rationnelles. Le style est très bon, très dynamique, on ne s'ennuie pas une seule seconde et il y a toujours des rebondissements pour nous tenir en haleine. Bref, une très bon lecture, très divertissante. 

Arthur Conan Doyle. Le Chien des Baskerville. Paris : Paperview, 2006. 170p.



Jeudi 24 mars 2011 à 13:01

 Des femmes qui tombent - Pierre Desproges 

" Devant le corps de Claire, le père Montagu bredouilla des litanies posthumes en s'étonnant intérieurement de l'acharnement de la Providence contre ses paroissiennes. Catherine lui servit un encas dans la cuisine où Alain restait prostré sur un tabouret, gémissant par à-coups comme une pleureuse orientale. Jacques, appuyé contre le frigo, c'est-à-dire, le plus près possible des bières et pas trop loin du Picon, s'imbibait posément, largement, jusqu'aux yeux. La police avait passé la journée à ne pas trouver d'indices. L'inspecteur Granot, de la brigade antibavure de Limoges, avait menacé d'embarquer Alain qui répondait " Ta gueule, je souffre" à chacune de ses questions sur l'emploi du temps de la victime entre l'heure du café et l'âge du capitaine. Et, maintenant, comme si rien ne s'était passé, la nuit tombait.
- Ces choses-là n'ont pas le sens commun, dit le curé. On est en pleine folie, mes enfants.
- C'est sûr, approuva Catherine, il y a un dingue à Cérillac qui tue les femmes ...
- ... Sans les violer, nota Jacques en essayant en vain de lever le doigt pour souligner l'intérêt de son intervention.
- Cuve et ferme-la. Tu vas trop loin, reprit Catherine en repoussant son épave." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/arton1540.jpg
Oui, je classe ce récit dans les policiers, parce que c'en est un. Pour de vrai. J'ai été moi-même assez surprise que Desproges parte dans cette direction, mais la lecture m'a vite montré que le style acerbe de l'auteur était délibérément bien présent. Quelque chose de louche se trame à Cérillac. Une mercière quelconque a été retrouvée éventrée dans sa boutique, sans que rien n'eut été dérobé. La police piétine, surtout les indices, et ne trouve pas grand chose. Quelques jours plus tard, Claire, la femme du chiropracteur local, est retrouvée dans son puits. Ca commence à faire beaucoup, surtout que l'hécatombe ne s'arrête pas là. Les unes après les autres, les femmes du village sont retrouvées, pendues, sur les rails d'un train, empoisonnées ... Le docteur Jacques Rouchon, alcoolique notoire de son état, essaye de mettre au point des possibilités afin d'aider la police. Il a remarqué que les victimes avaient toutes un point commun : Elles avaient une piqûre de moustique. Mais la police se fiant assez peu à ses déductions ( Qui irait écouter un praticien qui carbure au Picon-bière toute la journée afin d'oublier l'échec de sa vie et son fils handicapé qu'il appelle affectueusement son épave ? ). Dans cette atmosphère pleine de soupçons, l'humour de Desproges frappe un grand coup, et fait de cette histoire un polar pas ordinaire, où le lecteur ne peut pas s'empêcher de sourire à chaque page. 

Ce fût une lecture extrêmement plaisante. Je crois que ça faisait longtemps que je n'avais pas envie de me replonger dans mon livre dès que j'arrivais à la maison ( Ne pouvant le transporter avec moi vu son poids, l'oeuvre complète de Desproges, ça pèse. )Les personnages ont tous des lubies et des caractères propres, ce qui les rend assez irrésistibles. Les jeux de mots sont disséminés comme des indices, et c'est une véritable chasse au trésor du langage. J'ai franchement ri à certains moments, la preuve que l'auteur sait susciter en moi de grandes réactions, et cela uniquement grâce à sa maîtrise parfaite de la langue française. C'est l'un des auteurs que j'ai le plus de plaisir à lire, parce que je sais que je vais être abreuvée de bons mots truculents, et non pas de fautes de syntaxe comme je peux en trouver chez certains contemporains. L'histoire en elle-même est assez intéressante, on a un peu de suspense, le lecteur se plonge lui-aussi dans l'enquête, et la fin, toute loufoque qu'elle soit, ne manque pas de nous surprendre. C'est une écriture dynamique, chargée d'ironie et de sarcasme, afin de mettre au jour la nature humaine, assez basse et commune. Je le recommande vivement

Pierre Desproges. Des femmes qui tombent In Tout Desproges. Paris : Seuil, 2008. p 325 à 417. 




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