Dimanche 25 septembre 2011 à 13:35

 
 Retour à Killybegs - Sorj Chalandon

" Je suis souvent retourné dans la maison de mon père mais c'est pour mourir que j'y suis revenu, il y a quatre jours. Sans ma femme, sans mon fils. Seul, arrivé en car de Dublin. Sheila m'a rejoint deux jours plus tard, pour une heure. Elle m'a apporté des vivres, de la bière, de la vodka, la crosse de hurling de Séanna, et elle est repartie pour Belfast. Je ne voulais pas qu'elle reste. Trop dangereux. Jack devait venir me voir aux premières heures de janvier. 
Sur le mur de la cuisine, j'ai dessiné au crayon noir une sorte de calendrier, comme ceux que nous faisions en prison pour ne pas perdre le temps. 24 décembre 2006. Une barre par jour, une botte par semaine. J'ai tenu les trois premiers jours sans sortir. La chaumière était devenue mon terrier. Je fermais la porte de l'intérieur, bloquant la poignée avec un madrier. Sheila avait cousu des rideaux opaques. A la nuit, je les ai tirés avec soin avant d'allumer mes bougies. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/retourakillybegs020811-copie-1.jpgRetour à Killybegs raconte l'histoire de Tyrone Meehan, un irlandais qui a trahi. Tyrone Meehan fût élevé à Killybegs par un père violent et une mère très pieuse, entouré par une ribambelle de frères et de soeurs. Le père faisait partie de l'IRA, tout comme le grand-père, c'était une affaire de famille. A la mort du père, la famille part pour l'Irlande du Nord vivre chez un oncle, et découvre petit à petit l'ampleur des hostilités entre britanniques et irlandais, entre protestants et catholiques. C'est le commencement d'une vie marquée par le combat, la lutte de chaque jour. Les plus grands intègrent les Fianna, sorte de scouts de l'IRA, puis ils deviendront de vrais combattants de l'IRA, après quelques passages successifs en prison. Tyrone fait ses classes entouré d'hommes et de femmes qui vibrent pour le même combat, la même volonté de justice. L'Irlande doit être une et indivisible, et si le gouvernement britannique ne veut pas entendre ce cri, ils se défendront "Sinn Féin", eux-mêmes. La prison n'épargne pas Tyrone. Il fait partie de ces combattant à qui l'on a refusé le statut de prisonniers politiques, ainsi que le port d'habits civils. Il a fait partie de ceux qui ont rallié la cause de Bobby Sands, vivant nus dans leurs cellules, barbouillant les murs de leurs excréments et refusant de s'alimenter jusqu'à la mort. Tout bascule lors d'une émeute, lorsque Tyrone commet une erreur militaire qui va lui coûter sa tranquillité d'esprit, mais qui passe pour un acte d'héroïsme auprès de la communauté irlandaise. Les britanniques, témoins de cette erreur non avouée, décident de faire chanter Tyrone Meehan en lui demandant de fournir des renseignements sur l'IRA, ses agissements, ses projets. Son fils est en prison, sa femme est faible, il a son erreur sur les épaules, il ne peut pas refuser. Il va donc commencer à trahir son camp. Et quand les britanniques n'auront plus besoin de ses services, en 2005, ils le lâcheront en pâture aux siens. 

Ce livre est fantastique. Déjà de par l'histoire qu'il raconte, inspirée d'une histoire vraie, celle de Denis Donaldson, que l'auteur a particulièrement connu et dont il avait déjà parlé dans un précédent roman " Mon traître". Ce livre n'est pas un point de vue sur la vie de cet homme, mais le point de vue de cet homme, à la première personne, décidé à parler pour ne pas que les autres parlent à sa place et déforment sa vie. L'auteur s'est documenté et a cherché le maximum de respect, d'intégrité, lâchant des faits bruts que le lecteur décide de juger ou non. Mais ce n'est pas le but de ce roman. Il s'agit d'un hommage à cet homme qui s'est battu presque toute sa vie pour son pays, pour un idéal auquel il croyait réellement. Il s'agit de montrer les conditions de détention des prisonniers pendant la fin des années 70, la violence des combats, l'émotion des familles amputées de leurs hommes, et parfois même de leurs femmes, de ces gestes infimes de soutien, l'entraide du quotidien. C'est la description d'une famille immense qu'était l'IRA, et qui se battait comme une louve pour donner un avenir plus juste à ses enfants. La trahison reste ce qu'elle est, mais au fond, avait-il un autre choix ? On lui avait promis qu'il n'y aurait pas d'arrestations, que ses paroles serviraient la paix, qu'elle éviteraient des morts inutiles. J'ai été profondément touchée par cette écriture brute, par cette émotion qui fait frissonner sans jamais tomber dans le pathos. C'est un cliché, une photographie de l'Irlande au temps de ses plus grandes douleurs, et cela aide peut-être à comprendre les faits, sans qu'il y ait un jugement quelconque. Je vous conseille vivement de lire cet ouvrage, tant pour le plaisir de la lecture que pour les connaissances qu'il apporte sur une période de l'histoire que nous connaissons finalement assez peu. 

Et comme je suis une petite chanceuse, la librairie où je travaille reçoit l'auteur au mois de novembre. Je peux vous dire que je suis assez impatiente.

Sorj Chalandon. Retour à Killybegs. Paris : Grasset, 2011. 334p.


Jeudi 22 septembre 2011 à 9:13

 Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé 

" Quand Paloma est partie et que son nom n'a plus pu être prononcé dans la maison, Vida a compris comment Gustavo s'accommodait des contraintes du réel et des contradictions de l'irréel. Il les fourrait dans une boîte hermétiquement close. Et si nécessaire il s'asseyait sur le couvercle de la boîte. Pendant ce temps, elle a commencer à cultiver les souvenirs de Paloma comme elle aurait pu s'occuper discrètement d'une fleur fragile au fond du jardin, une fleur dont elle aurait pris soin mais dont elle n'aurait parlé à personne parce que d'aucuns auraient cru que son suc était du poison ou bien qu'elle deviendrait envahissante si Vida lui donnait la possibilité de croître et de prospérer." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/bookcoverdesviesdoiseaux224359250400.jpg Vida a une quarantaine d'années, elle vit avec son mari Gustavo dans une grande maison de riches à Villuanueva. Une maison toute climatisée où les fenêtres ne s'ouvrent pas. Vida prétend vivre, se lever chaque matin mais c'est une comédie qui ne trompe plus grand monde. C'est depuis que Paloma est partie. Un jour, elle appelle le lieutenant Taïbo car elle pense que des gens ont vécu dans cette maison pendant qu'elle et Gustavo étaient en vacances. Ils ne se sont pas fait cambrioler, des gens ont juste vécu chez eux, comme des coucous, s'invitant dans les nids des autres pendant leur absence. Et au fond d'elle, Vida sait que ces coucous, ce sont Paloma et son amoureux Adolfo. Et Vida se met à réfléchir à la tournure que les évènements ont pris. Depuis la naissance de Paloma, jusqu'au jour où, sans savoir pourquoi, elle lui a présenté Adolfo, Adolfo qui allait la séduire de ses yeux verts et qui l'emmènerait loin de sa mère. Il y a aussi la mort de Chili, la meilleure amie, la soeur de coeur de Paloma, et tous ces petits riens liés à l'enfance, comme des chapitres écrins qui renfermerait des trésors trop précieux pour être dévoilés comme ça, d'un seul coup. Et puis il y a les voyages à Irigoy, cette ville pauvre et sale d'où vient Vida, et d'où vient Adolfo aussi, Irigoy où l'on retourne toujours un peu. 

C'est un énorme coup de coeur, je ne vous le cache pas. Ce roman est le premier que je lis de Véronique Ovaldé, et je vous avoue que j'ai été complètement séduite par l'écriture, le style, l'histoire, les personnages etc. Tout. Vida est un personnage très attachant parce que complètement perdue. Elle est au moment de sa vie où elle ne sait plus si elle est heureuse ou non, et pourquoi elle est malheureuse. Il y a le départ de sa fille Paloma, certes, mais en plus de cela, elle se sent vide, elle n'a pas de but précis. Sa rencontre avec Taïbo va changer tout ça. Lui aussi est un personnage complexe, encore un peu amoureux d'une femme qui l'a quitté il y a longtemps, très longtemps. Alors il se lance à corps perdu dans la recherche de Paloma, parce qu'elle est la fille de Vida, et que, bizarrement, Vida le rend vivant. Alors il décide de tout faire pour retrouver Paloma, qui est si heureuse avec Adolfo, dans leur monde de coucous, même si Adolfo a une histoire triste et des relations de famille très compliquées. Enfin, tous ces personnages retournent un peu le ventre, dans cette Amérique du Sud un peu abstraite et pas très bien définie. Ce roman m'a un peu fait penser aux grandes fresques de Garcia Marquez, avec ce je ne sais quoi de mystique et de triste, de doucement triste. Comme si tout était figé par le soleil et la poussière, mais quand même un peu mélancolique, jamais vraiment heureux avec des éclats de rire. Non, ici c'est une tristesse silencieuse. A lire très vite si ce n'est déjà fait.

Véronique Ovaldé. Des vies d'oiseaux. Paris : Editions de l'Olivier, 2011. 236p.


Lundi 19 septembre 2011 à 12:16

 Le Potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison - Arto Paasilinna

" Le lendemain de l'enterrement, Jalmari Jyllänketo annonça dans la matinée à la patronne de l'Etang aux Rennes qu'il avait terminé l'inspection détaillée du domaine. Il avait prélevé des échantillons en d'innombrables endroits, les avait emballés dans leurs boîtes et avait rédigé son rapport. Il étala ses paperasses sur la table de la salle et demanda à Ilona Kärmeskallio de les signer au nom de l'exploitation. Il ajouta que le contrôle s'était parfaitement déroulé, mais qu'il ne pouvait pas encore rendre de décision définitive sur le respect des exigences de qualité de l'agriculture biologique, car les échantillons de sol et d'engrais devaient bien sûr être analysés en laboratoire. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Lepotagerdesmalfaiteursgif.jpgCe roman raconte l'histoire d'un inspecteur, Jalmari Jyllänketo, qui a pour mission d'enquêter sur une exploitation agricole, l'Etang aux Rennes, sur lequel courent d'étranges rumeurs de disparitions. Pour plus de discrétion, il se fait passer pour un contrôleur bio afin de pouvoir avoir accès à chaque partie du domaine, et de mener à bien son enquête. Sur place, il découvre que les herbes aromatiques et les champignons sont cultivés grâce à une forme de main d'oeuvre assez originale. La patronne, Ilona Kärmeskallio, un peu féministe dans l'âme et surtout fervente justicière, à décidé de remédier aux problèmes de délinquance et de crime que la justice ne sanctionne pas. Elle fait kidnapper les criminels, ou toute personne ayant commis des délits répréhensibles, et les force à travailler dans l'ancienne mine de fer qui abrite les champignonnières. Ce traitement n'a pour but que celui de remettre les brebis égarées sur le droit chemin, et les amener à s'amender. Au fil des semaines, le soi-disant contrôleur bio va découvrir l'organisation d'un domaine parfaitement géré, mais va également prendre part aux enlèvement, à vrai dire, surtout pour les beaux yeux de Sanna Saarinen, l'horticultrice du domaine.

Ce fût une lecture très agréable. N'ayant jamais rien lu de cet auteur finlandais, je découvre avec ce roman son style et son humour. L'idée de départ est assez extravagante, et cela ne fait qu'augmenter au fil des pages, mais pour le plaisir du lecteur. A la base, cette idée d'exploitation biologique où travaillent des délinquants enfermés dans une mine a de quoi faire sourire. Mais tout y est tellement bien décrit que cela devient presque plausible. Même si le ton de la dérision est toujours présent, on sent une réelle réflexion de fond dans ce roman, dans le sens où cela nous amène à nous questionner sur la légitimité de se faire justice soi-même, ainsi que sur l'efficacité des systèmes judiciaires. Les personnages sont attachants, et leurs frasques les rendent humains et donc faillibles. Le récit des enlèvements est assez hilarant, surtout la préparation du faux congrès à Montevideo destiné à rafler une quinzaine d'industriels finlandais coupables de mondialisation abusive. Chaque péripétie est plus loufoque que la précédente, et le lecteur peut se demander où tout cela va se finir. Sûrement entre une soirée au sauna et une soupe aux herbes bio. 

( Et puis franchement, elle donne pas envie cette couverture ? )

Arto Paasilinna. Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison. Paris : Denoël, 2011. 343p.

Mardi 13 septembre 2011 à 21:33

 
 Accabadora - Michela Murgia 

 
" Maria avait huit ans quand elle s'aperçut que Tzia Bonaria sortait la nuit. C'était en 1955, au milieu de l'hiver, juste après l'Epiphanie. Elle avait obtenu l'autorisation de jouer jusqu'au son de cloche de l'Ave Maria, après quoi Tzia Bonaria l'avait accompagnée à sa chambre, qu'elle avait plongée dans la pénombre plus tôt que d'habitude, avant de remplir le brasero de tisons et de cendre chaude.
" Dors. Demain tu te lèves de bonne heure pour l'école."
Il était rare que Maria s'abandonnât immédiatement à cette parodie de nuit. Il lui arrivait d'étudier des heures durant les formes que les braises mourantes dessinaient sur le plafond." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782021025071-copie-1.jpgDans ce roman, il est question de Maria, une jeune sarde, quatrième fille d'une veuve sans le sou. Pour éviter d'avoir une progéniture trop nombreuse à nourrir, sa mère la donne comme fill'e anima à Tzia Bonaria, une couturière sans enfants ni mari qui a les moyens de l'élever comme sa fille. Les gens jasent beaucoup au début, se demandent pourquoi la vieille femme a décidé de prendre une petite fille chez elle. Au fil des années, Maria se considère de plus en plus comme la fille de Tzia Bonaria, vivant avec elle dans une confiance absolue, même si certaines choses restent assez mystérieuses pour la jeune fille. Par exemple, pourquoi Tzia Bonaria sort-elle parfois la nuit, la laissant seule et lui interdisant de sortir de sa chambre ? Et pourquoi cela coïncide-t-il toujours avec le décès d'un habitant du village ? Ce que Maria ne sait pas encore, mais qu'elle ne tardera pas à apprendre, c'est que sa mère adoptive est "accabadora", c'est à dire qu'elle assiste les mourants, les aidant à passer dans le monde de l'au-delà sereinement, mettant fin à leurs souffrances. Et c'est ce à quoi Maria est destinée, elle aussi, même si elle désapprouve cette pratique.

Alors je ne sais pas pourquoi, si c'est un problème de traduction ou de style, mais je n'ai pas vraiment été emballée par ce roman. Pourtant, à la base, il avait tout pour me plaire : Un petit village sarde dans les années 50, une vieille femme couturière le jour et passeuse d'âmes la nuit, la transmission d'un héritage, d'un savoir faire ... C'était bien parti. Mais non, je n'ai pas du tout accroché. J'ai trouvé que certaines phrases étaient décousues, compliqués à saisir au niveau de la syntaxe. Et puis l'histoire part un peu dans tous les sens, ça met du temps à démarrer,  les évènements se bousculent sans lien réel, on se retrouve avec le point de vue de Maria mêlé à celui de l'accabadora, et puis pour la transmission du savoir faire, on peut attendre les dernières pages. Donc bon, c'est dommage. Après, certaines de mes collègues ont beaucoup aimé, comme quoi, c'est vraiment une affaire de goûts . Si le thème vous tente, allez-y, ça peut vous plaire, mais ce n'est pas du tout un coup de coeur. Je pense que je l'aurai oublié d'ici quelques semaines.

Michela Murgia. Accabadora.Paris : Seuil,2011. 212p.

Mardi 13 septembre 2011 à 21:07

 
 Les Souvenirs - David Foenkinos

" Mes grands-parents se sont rencontrés dans un bal. A l'époque, c'était commun. Il y avait des carnets de bal, et celui de ma grand-mère était bien rempli. Mon grand-mère l'avait repérée, ils avaient dansé, et tout le monde avait pu constater une harmonie entre leurs genoux. Ensemble, ils étaient comme une rhapsodie des rotules. Leur évidence se transforma en mariage. Dans mon imaginaire, c'est un mariage figé, car il n'existe de ce jour qu'une seule photo. Une image en forme de preuve et qui, avec le temps, fixe d'une manière hégémonique tous les souvenirs d'une époque. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/7716769010lessouvenirs.jpg Bon, là je ne suis pas vraiment objective, parce que David Foenkinos est un peu mon amoureux. Je n'ai pas lu tous ses romans, mais tous ceux que j'ai lus m'ont enchanté. Ici, le personnage est une homme d'environ vingt cinq ans, qui travaille en tant que veilleur de nuit. Il trouve que c'est un métier formidable qui va sûrement lui apporter d'extraordinaires aventures nécessaires à l'écriture de son roman. Mais tout ce qui lui arrive, ce sont des histoires de personnes âgées. Notamment ses grands-parents. Son grand-père vient de mourir, tout ça à cause d'une savonnette, et sa grand-mère se retrouve seule. Les semaines passent, et la décision tombe comme un couperet : Il faut qu'elle aille en maison de retraite. Comme ça, parce qu'il le faut et que ce n'est plus  raisonnable qu'elle reste seule et comment va-t-elle faire ses courses et ça devient une charge pour la famille. Cette femme se retrouve du jour au lendemain entourée d'inconnus plus ou moins grabataires avec pour seules distractions la rediffusion de la Grande Vadrouille au ciné-club, ou la contemplation d'une croûte représentant une vache. Pas étonnant qu'elle finisse par fuguer ... 

Alors bon, j'en connais qui ne supportent pas cet auteur, qui le considèrent comme de la littérature-doudou, et je peux comprendre. C'est vrai que c'est doux, un Foenkinos, bien sûr ça remue le fond du ventre et parfois ce n'est pas facile, mais tout de même, ça a un côté assez réconfortant. Mais c'est justement ce que j'aime. J'aime cet homme touchant qui ne sait pas comment faire pour garder un contact, un lien avec sa grand-mère, mais qui se retrouve face à une impasse : Il ne peut pas la sortir de là où elle est, et les sujets de conversation tarissent petit à petit, si bien qu'il finit par lui être utile presque uniquement  pour l'emmener aux enterrements de ses amies ( sortie qu'elle apprécie plus que tout ). Mais il y a quand même un sacré paquet d'émotions quand il part pour la rechercher, coûte que coûte, parce que c'est sa grand-mère et qu'il ne se pose même pas la question de pourquoi il se lance sur l'autoroute. Et puis il n'y a pas que ça bien sûr, parce qu'un seul problème ce serait trop facile. Il y a aussi ses parents, qui sont à la retraite depuis peu, son père qui ne fait rien, qui ne s'intéresse pas à grand chose et devient de plus en plus terne, et sa mère. Sa mère qui, déboussolée après une carrière d'enseignante, sombre dans la dépression et doit se faire hospitaliser. Et il y a aussi de belles réflexions sur les relations de couple. Bref, après La Délicatesse, on sent que même si la sphère du couple est moins au centre, elle est très bien remplacée par celle des relations familiales, du rapport aux aînés, de ce que l'on peut partager avec ses parents quand on devient soi-même parent, des liens que l'on essaye de tisser encore , jour après jour. Et c'est très bien mené. C'est donc, encore une fois, un gros coup de coeur, avec des phrases toujours aussi inattendues et touchantes. 

On notera tout de même une certaine ressemblance avec son précédent ouvrage : Dans la Délicatesse, il alternait les chapitres de fiction et de petits intermèdes relatifs à l'histoire. Ici, chaque chapitre est séparé par un chapitre de souvenir. Le souvenir de quelqu'un, de connu, d'inconnu...

Et là, ( je ne peux pas être toujours chanceuse ), je ne serai pas là quand David Foenkinos viendra à la librairie, le 18 octobre. Je serai en cours, à Laval, dans l'incapacité de faire l'aller-retour pour le voir. 

David Foenkinos. Les Souvenirs. Paris : Gallimard, 2011. 266p. 

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