Jeudi 23 février 2012 à 8:37

 La Cité : La Lumière Blanche - Karim Ressouni-Demigneux

" Je ne veux pas, non, je ne veux pas me souvenir de ce rêve.
Et pourtant, je n'arrive pas à l'effacer, le visage d'Arthur couvert de bleus, dégoulinant. Il était assis, attaché, et il essayait, en crachant de la bave et du sang, de me dire quelque chose. Je me suis penché vers lui et il sentait la peur, une odeur âcre, absolument insupportable. Il crachait encore, il tentait de parler, je croyais entendre mon prénom :"Tom...Tom...". 
Je me souviens que dans mon rêve, je me suis demandé :"Mais comment est-ce qu'il connaît mon prénom ? Mais comment est-ce qu'il connaît mon prénom ? " 
Et puis il a été agité de soubresauts. J'ai voulu le calmer, j'ai attrapé ses épaules. Il a bougé sa tête comme un épileptique. Il l'a rejetée en arrière. 
La seconde d'après, j'étais recouvert du sang d'Arthur."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/ressounidemigneuxlacitc3a9t1.gifLe premier tome de La Cité nous raconte l'histoire de Thomas, qui vit avec son père, sa mère étant décédée à sa naissance. Il a quinze ans, est au lycée, et mène une existence plutôt tranquille. Un jour, alors qu'il est dans le métro, il tombe nez à nez avec une affiche géante et mystérieuse faisant de la publicité pour un nouveau jeu vidéo. Une seule phrase : Dans la Cité, vous allez vous rencontrer.  Les semaines passent et les publicités se multiplient, augmentant la curiosité de Thomas et de ses amis. Lorsqu'on lui présente le jeu, il se rend compte que cela n'a rien de commun avec tout ce à quoi il a pu jouer avant. La qualité graphique, les possibilités, l'interface, tout est fantastique et repousse les limites technologiques. Le jour où il reçoit le casque et les gants nécessaires au jeu, sa vie bascule. Le monde qu'il découvre l'emporte plus loin qu'il ne l'aurait cru. Les gens qui se rencontrent dans la Cité ne doivent pas échanger d'informations sur leur véritable identité, ni se donner de rendez-vous dans la vie réelle. C'est un jeu où l'on doit explorer une ville immense, rencontrer des gens, former des alliances par affinités, et trouver le but du jeu, car il n'est pas donné. Thomas va se rendre compte que ses amis dans la vie réelle ne lui veulent peut-être pas du bien dans la CIté. Le jour où Arthur, un garçon rencontré dans la Cité, disparaît, Thomas va prendre conscience de l'importance de ce jeu. C'est un jeu où l'on peut faire du mal. C'est un jeu où l'on peut mourir.


On se plonge dans ce roman comme dans une rivière et l'on se laisse porter par son courant. Dès le départ il y a une tension liée au fait que l'on ne sait rien de ce jeu apparemment révolutionnaire. On évolue avec Thomas, et l'on découvre en même temps que lui que c'est une nouvelle dimension qui s'offre à lui. Petit à petit, les passages dans le réel sont moins nombreux, et la Cité et le virtuel prennent de plus en plus de place. L'auteur arrive à donner une tension qui va s'alourdir au fur et à mesure que le roman avance. C'est un roman où l'on découvre la trahison, les valeurs de l'amitié, qui confronte les personnages à leur lâcheté et leurs peurs. Cela montre également cette capacité des adolescents à se jeter totalement dans une cause, une passion, une relation, une sorte d'exclusivité qui peut les blesser s'ils n'y prennent pas garde. Thomas commence à passer toutes ses soirées, puis ses week ends, ses nuits dans La Cité, et il y a des retombées sur ses résultats scolaires, ses relations avec sa famille, ses amis. Il se laisse happer par le virtuel, parce que dans La Cité il a l'impression de vivre quelque chose de plus fort que ce qu'il a dans le réel. Et cette lumière blanche dont tout le monde parle sur les forums du jeu, elle devient intrigante, parce que cela signifie que l'on peut mourir, même dans le virtuel. Cela pose des questions quant à la vie, ce que cela veut dire d'exister, ainsi que les conséquences du mal que l'on peut faire aux autres, même si c'est dans un monde virtuel. C'est un roman prenant, que l'on ne lâche pas une fois qu'on l'a dans les mains, avec une écriture rythmée et efficace. Le tome 2 devrait paraître d'ici peu, et je pense que ce sera un plaisir de continuer à avancer aux côtés de Thomas, d'une part parce que le suspense est toujours présent à la fin du tome 1, mais également parce que justement cette fin de premier tome me semble un peu obscure. En effet, il se passe beaucoup de choses à la fin du premier tome, et cela semble un peu embrouillé. Alors je ne sais pas si c'est fait exprès, et que les explications seront données dans le tome suivant, ou bien si cela est dû à une maladresse de l'auteur. En tous cas je vous le conseille, c'est un bon moment à passer. 


Karim Ressouni-Demigneux. La Cité : La Lumière blanche. Rue du Monde, 2011. 238p

Samedi 18 février 2012 à 11:21

 Journal d'un corps - Daniel Pennac 

" 17 ans, 5 mois, 8 jours 

Mardi 18 mars 1941

Nous nous sommes copieusement engueulés, hier soir, Etienne et moi, à propos de Voltaire et Rousseau, lui dans le rôle du ricaneur, moi en défenseur de Jean- Jacques. Ce que je retiendrai de cette dispute, ce ne sont pas nos arguments (à vrai dire nous n'avons guère les moyens d'argumenter ) , c'est le réflexe d'Etienne, qui a saisi la longue règle du tableau pour en enfoncer un bout dans mon estomac et l'autre dans le sien. Chaque fois que l'un de nous deux, poussé par la force de sa conviction, marchait vers l'autre, la règle s'enfonçait dans nos deux abdomens. Douloureux ! Si nous reculions, la règle tombait. Fin de la discussion. Voilà ce qu'on appelle tenir des propos mesurés. Système à breveter. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/7743193499journalduncorpsdedanielpennacgallimard.jpg
 
Ce journal d'un corps remplit pleinement sa fonction et ne fait pas mentir son titre. Ce n'est pas un journal intime, surtout pas. C'est bien du journal du corps du narrateur, au fil des années, de l'enfance jusqu'à l'agonie finale dont il s'agit. Le narrateur, cet homme en devenir, cet enfant peureux et chétif commence son journal pour ne plus avoir peur, pour essayer de comprendre ce corps en perpétuel mouvement, en évolution constante, ce corps qui tremble quand il a peur, et qu'il ne contrôle jamais vraiment. C'est un journal où le petit garçon commence des expériences qu'il poursuivra tout  au long de sa vie. C'est un journal pour parler, à travers le corps, du père qui est mort et de la mère qui n'est pas comme il voudrait qu'elle soit, aimante, présente, compréhensive. Avec le temps, c'est le jeune homme qui se dévoile à travers les premiers effleurements de dortoir, les désirs qui s'éveillent et un champ des possibles qui s'élargit. Le corps se transforme, modèle un homme qui va traverser sa vie en la regardant sous un aspect biologique qui explique tant sur ce qu'il ressent, sur ce qui est pourtant enfoui au plus profond de lui, et qui remonte parfois des années après en passant par le corps. Et c'est une jolie vie, bien remplie, peuplée de générations qui s'agrandissent et qui croissent comme une multiplication de cellules. Et puis le corps diminue, il s'abandonne, les rats quittent le navire, ça fuit de partout, on n'est même pas sûr de s'en sortir vivant. 

Ce roman de Pennac est assez déroutant, pour ceux qui ont connu la grande saga Malaussène et les réflexions d'ancien cancre dans Chagrin d'école. Daniel Pennac sort résolument du cadre établi de ce qui se dit et ne se dit pas dans un roman, pour aller voir un peu du côté où ça dérange, où ça bouge, ça grouille, bref, là où ça vit. Et c'est à travers ces pages qu'il cherche à nous montrer, et il le fait avec brio, qu'un corps c'est plus que ce que l'on voit aujourd'hui, plus qu'une enveloppe impersonnelle, policée, gommée sous les retouches à l'ordinateur et l'exhibition de canons de la beauté. Un corps est autre chose qu'une image figée dans un magazine, ça bouge, ça remue, ça sent, ça fait du bruit, du mouvement, ça a une odeur particulière, ça peut trahir, ça nous abandonne avec le temps. C'est notre force et notre faiblesse, la source de nos joies, et de nos inquiétudes. Alors forcément, dans un roman sur le corps, il y a la mort qui n'est jamais loin, qui frappe petit à petit les gens que l'on aime et qui nous rappelle à l'ordre. Et c'est cela que Pennac a très joliment réussi dans ce roman, c'est cette humilité, cette vulnérabilité de l'homme devant cette machine bien huilée qu'est notre corps, et qui peut nous lâcher en cours de route à n'importe quel moment. C'est une écriture délicate, triviale parfois mais toujours dans la justesse, sans jamais dériver vers le gratuit, qui évolue avec le personnage et lui donne toute sa force. C'est un roman qui se lit comme on picore, en prenant de petits bouts de vie par-ci, d'autres par-là, en savourant chaque page, car on sait déjà comment se termine l'histoire. 

Daniel Pennac. Journal d'un corps. Gallimard, 2012. 382p. 

Mardi 14 février 2012 à 9:20

La semaine dernière j'ai très peu lu de romans, mais j'ai eu l'occasion de jeter un coup d'oeil à un petit paquet de BD, et je vous en livre donc un compte-rendu assez sommaire, mais représentatif de ces lectures. 

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Ma vie est tout à fait fascinante 
 
Un petit album ( dans un mignon format chez Livre de Poche ) où Pénélope Bagieu nous raconte sa vie de fille dans des strips d'une page ou deux. C'est cliché, mais ça marche bien. Les filles n'ont aucune difficulté à se reconnaître dans les personnages féminins. C'est drôle, assez subtil, ça fonctionne. Après, ça ne reste pas forcément, mais comme la demoiselle commence à s'imposer dans le monde de la BD, il me semblait intéressant de voir comment elle avait commencé. 


Pénélope Bagieu. Ma vie  est tout à fait fascinante. Le Livre de Poche, 2009. 94p. 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782501061636G.jpg J'aurais adoré être ethnologue.

Dans le même genre que Pénélope Bagieu, Margaux Motin nous livre une BD spécial nanas, où l'on découvre que la vie de femme, de mère, de super-héroïne du quotidien, c'est quand même pas du gâteau. J'aurais tendance à préférer les dessins de Motin à ceux de Bagieu, et je trouve que cette petite BD est vraiment sympa. Ici également on retrouve le principe de strips d'une page ou deux, rarement plus. Mais ça détend, ça fait rire, et ça confère à la communauté féminine des points de ralliement ( avec des histoires de fringues, d'épilation, de boulot, d'enfants et de mâles. ) Très chouette. 


Margaux Motin. J'aurais adoré être ethnologue. Marabulles, 2009.

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/2259639947.jpg La Page blanche

Ici on retrouve Pénélope Bagieu pour une vraie BD avec une vraie histoire ( et Boulet au scenario). Une jeune femme assise sur un banc se demande ce qu'elle fait là, qui elle est, où elle habite, et ce qui lui est arrivé. Mais rien ne revient, c'est la page blanche. Elle réussit à retrouver son adresse en fouillant dans ses papiers, et cherche à en apprendre plus sur elle. Mais qui croirait cette amnésique qui ne présente aucun traumatisme, rien qui puisse indiquer qu'elle ait subit un choc physique ou émotionnel. Il faut reprendre le travail, mais comment faire quand on a tout oublié, faire semblant d'être amie avec des personnes que l'on a côtoyé auparavant, et démêler petit à petit les noeuds de mystère. Le principe de cette quête de soi me paraissait intéressant, et j'attendais de voir ce que Boulet et Bagieu allaient en faire. C'est assez bien mené, mais la fin reste très décevante. Malgré tout, c'est une lecture plaisante. 

Pénélope Bagieu & Boulet. La page blanche. Delcourt, 2012.

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/albumcoverlarge13284.jpg Yesterday T 1

Reçue à Noël, j'ai un peu laissé traîner cette BD avant de me mettre dedans. John Duval, le personnage de cette histoire, nous raconte qu'il avait 23 ans en 2003, lorsqu'à son arrivée à New York, il a pris une sacrée cuite avant de se réveiller... en 1960 ! Il a bien du mal à y croire, mais il lui faut se rendre à l'évidence, Kennedy n'est pas encore élu, le King a vu sa carrière chuter lors de son départ pour la guerre, et personne n'a jamais entendu parler des Beatles. Pas encore. John Duval rencontre un groupe de jeunes musiciens, apprend à les connaître, essaye de leur confier son secret et ne réussit qu'à passer pour un petit fou de français, mais bien sympa quand même. Et quand vient le moment de composer leurs morceaux, ce sont les musiques des Beatles qui lui viennent sur les lèvres. Il va donc usurper l'identité d'un groupe que personne ne connaît encore et qui bourgeonnait à peine en Angleterre. Jusqu'à ce que le remords ne le rattrape. 
J'ai été très agréablement surprise par cette BD, qui arrive à mêler fiction, et quasiment fantastique de par l'invraisemblance des situations, et réalité. On se sent pris dans cette ambiance des sixties, on côtoie les plus grands et on sent la supercherie se tramer. Le scenario est plutôt bon, les dessins simples mais efficaces, et à la fin de la lecture on espère qu'une seule chose : Que le tome 2 sorte rapidement ! 

David Blot & Jeremie Royer. Yesterday T1. John Duval & the Futurians. Manolo Sanctis, 2011. 60p.

Vendredi 3 février 2012 à 21:17

 Le Royaume de Kensuké - Michael Morpurgo

" Des vagues de terreur m'envahirent les unes après les autres. Les lumières de la Peggy Sue avaient disparu dans l'obscurité de la nuit. , me laissant seul dans l'océan, seul avec la certitude que mes parents étaient déjà trop loin , qu'ils ne pourraient plus entendre mes appels au secours. Puis je pensai aux requins qui fendaient l'eau noire , en dessous de moi - ils me flairaient déjà, étaient sur mes traces , se dirigeaient vers moi - et je compris qu'il ne me restait aucun espoir. Je serais mangé vivant. Ou bien je coulerais lentement. Rien ne pourrait me sauver. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070544974FS.gifMichael est un jeune garçon de onze ans et demi. Il vit en Angleterre avec ses parents et sa chienne, Stella Artois. Son père travaille dans une briqueterie, mais un jour le chômage frappe, et la famille connait une période difficile.Même les après-midi à faire de la voile ne mettent plus ses parents de bonne humeur. Sur un coup de tête, le père de Michael calcule qu'ils ont assez d'économies pour tenir un an et acheter un bateau. La Peggy Sue entre donc dans la famille. Après quelques mois à prendre des cours pour pouvoir se débrouiller en toute situation, la famille part faire un tour du monde, dont Michael nous livre des extraits dans son journal de bord. Seulement, les choses vont tourner au cauchemar. Une nuit, Une tempête se déclenche et Stella tombe à l'eau. Michael, qui était de quart pendant que ses parents dormaient, essaye tant bien que mal de la rattraper, mais manque de chance, il tombe lui aussi à l'eau. Il est persuadé qu'il va mourir noyé ou dévoré par des requins, et sombre dans l'inconscience. Au matin, il est sur une plage avec Stella. Une plage déserte. Au fil des jours, il va essayer de trouver un moyen de reprendre contact avec le monde extérieur, et plus précisément ses parents. Mais il n'est pas seul sur l'île, une présence bienfaisante fera tout pour l'apprivoiser et l'aider. 

Je continue ma plongée dans la littérature jeunesse avec ce roman devenu un classique au fil du temps. Notre intervenant en cours de Fonds Littérature Jeunesse nous en avait fait l'éloge, je n'ai donc pas mis longtemps à le dénicher à la librairie. J'ai passé un bon moment avec ce roman, déjà par sa forme : Le texte de Morpurgo est illustré par François Place, mais aussi par l'histoire racontée. Au début du roman, on nous informe que l'auteur a dû attendre dix ans avant de tout raconter, que personne ne sait ce qui s'est passé durant sa période d'absence. Je me mets à la place d'un public de jeunes lecteurs, c'est tout de même intrigant, surtout que le personnage a le même prénom que l'auteur. Tout est mis en place pour qu'un doute s'installe : Est-ce vrai ? Ensuite, l'histoire commence doucement, mais sans traîner en longueur, l'auteur prend juste le temps qu'il faut pour nous présenter les personnages, et mettre en place la situation initiale. Au moment de l'arrivée sur l'île, tout s'accélère, on veut forcément savoir ce qui se cache sur cette île, qui est la personne qui apporte chaque jour à Michael des fruits, de l'eau et du poisson. Quand le jeune garçon rencontre Kensuké, l'on pourrait croire que cette relation ne va pas bien se passer du tout. Et au fil du temps, le vieil homme se laisse approcher, raconte sa vie, tisse des liens avec Michael. C'est simple, c'est beau, on n'en demandera pas plus. J'ai beaucoup aimé la place du dessin dans cette oeuvre. C'est quelque chose de primordial pour le personnage de Kensuké, qui incite Michael à dessiner le plus possible, et on nous livre cela dans un roman illustré. J'ai trouvé le clin d'oeil très bien pensé. Bien sûr, l'intrigue est simple, les rebondissements et péripéties prévisibles, mais ce n'est pas grave, parce que le style de Morpurgo est limpide, prenant et que c'est un livre que l'on ne peut qu'aimer. Je crois que si je l'avais lu quand j'avais dix ans, j'aurais été charmée par ce petit garçon, et intriguée par le vieil homme, et je crois que je n'aurais pas voulu quitter leur île. Et c'est tout  ce qui compte. 



Michael Morpurgo. Le Royaume de Kensuké. Folio Junior, 2000.154p. ( Illustrations en couleur de François Place )

Mercredi 1er février 2012 à 18:30

 Les lumières du ciel - Olivier Maulin

" Garder un cap sur l'idéal, moi j'avais rien contre, seulement on n'a pas eu un seul client de la journée ! Seule une vieille militante laïque est venue nous agonir d'insultes, soi-disant que c'était honteux de vendre des symboles explicites du christianisme triomphant. Elle voulait qu'on recouvre nos sapins d'un voile !
- L'espace public est laïc ! elle gueulait. C'est la loi ! Bande de salopards arrogants !
- Ils sont laïcs, mes sapins ! répondait M. Robert.
- Et mon cul c'est du poulet ? C'est du business de guerre civile votre truc ! Ca pue la suprématie blanche ! C'est l'apologie des croisades à ce stade ! Un génocide en puissance ! Décorez-y vos saloperies avec des croix gammées, tant que vous y êtes ! Ah, mais ça ne se passera pas comme ça !"

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782353151295.jpgPaul-Emile Bramont, jeune homme, quoiqu'il soit assez difficile de lui donner un âge à la réflexion, passe ses journées en banlieue parisienne, à faire des petits boulots tous plus minables les uns que les autres, de la vente de scooters volés à la vente de sapins de Noël. Vous me direz, c'est seulement la marchandise qui change. Quand il n'est pas à boire un verre avec son pote Momo, il débauche Bérangère, la femme d'un chirurgien huppé. Mais finalement, sa vie n'a pas vraiment de but. A Noël, avec l'argent de sa vente de sapins ( Hallal, je vous prie ) il décide de partir avec Momo et Bérangère pour une virée en Fiat dans le Sud de la France. Mais avant d'y arriver , ils passeront par Jérusalem, un petit village perdu dans les environs d'Avignon, qui abrite quatre fermes vivant en quasi-autarcie. En faisant la connaissance de ces gens qui ont choisi de vivre autrement, nos trois camarades vont prendre petit à petit conscience de la vacuité de leur existence, et la suite des évènements ne fera que confirmer l'impression qu'ils ont, que le bonheur est ailleurs que dans la consommation, la vie à toute vitesse, le stress, les désirs sans cesse comblés  et l'argent. 

Je tiens à préciser que j'ai lu ce roman car nous recevons l'auteur la semaine prochaine au centre de formation. Je ne pense pas que dans d'autres circonstances j'aurais pu être amenée à l'ouvrir. Par où commencer ? Disons-le tout de suite, j'ai l'impression d'avoir perdu mon temps pendant 240 pages. Non pas que ce soit un navet total, mais les seuls aspects intéressants de l'ouvrage sont balayés par une impression générale de grande médiocrité. Tout cela manque de cohérence, de crédibilité. Où la femme d'un chirurgien qui ne sort de chez elle que pour aller dévaliser les Champs Elysées aurait-elle pu tomber sur ce Paul-Emile, brave garçon au demeurant, mais à mille lieues de son quotidien à elle ? Et ce n'est qu'une interrogation parmi toutes celles qui me sont venues à l'esprit lors de cette lecture. Je ne vois pas où l'auteur a voulu nous emmener, en faisant cohabiter et se succéder de nombreuses histoires sans lien les unes avec les autres. On passe de Paris à la campagne avignonaise, puis à la Côte d'Azur, Menton, Monaco... Bref, impossible de rester plus de trois pages au même endroit, c'est une écriture qui a la bougeotte. Et puis il leur arrive tellement de choses à ces personnages, que la crédibilité s'envole au bout de quelques pages. Le pire c'est peut-être la fin, où en quelques instants on est avec deux vieilles dames lubriques, puis chez un homme passionné  de serpents à sonnette, puis dans une maison bourgeoise que les personnages braquent, puis dans un bateau, en prison, puis retour dans la ferme avignonaise. STOP ! Qu'on arrête cinq minutes et que l'auteur nous explique ce que signifie ce roman, est-ce une quête du bonheur dans la disparition des besoins et des désirs, au moyen d'une ferme perdue dans les bois ? Bref, j'ai presque hâte de rencontrer l'auteur, afin de lui poser mes questions et surtout de lui demander : Quel est le but d'autant de sexe dans ce roman ? Parce que là ça frôle l'overdose et l'atteinte à la pudeur ! Et c'est surtout sans contexte - parce que je ne suis pas du genre puritaine-mais pour que ça m'ait frappé comme cela il fallait y aller sur le coït à toutes les sauces.

Bref, je n'ai pas été emballée, et je pense que ça se sent. 

Olivier Maulin. Les Lumières du ciel. Balland, 2011. 254p. 

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