Dimanche 29 avril 2012 à 9:35

 Le Livre de la mort - Anonyme

" Bull jeta un coup d'oeil par la fenêtre. Il était extrêmement difficile de voir ce qui se passait au juste. "Qu'est-ce qui est arrivé, bordel ? demanda-t-il, espérant que Tex puisse l'éclairer.
- Ils sont à terre. Pour de bon.
- Morts ?
- Oui, chef.
- Ca veut dire que le moment est arrivé. Il est ici."
Tex approcha un peu plus son visage de l'écran afin de mieux y voir. "Un des types s'est fait décapiter, dit-il. L'autre s'est fait couper en deux dans le sens de la longueur.
- Coupé en quoi ?
- En deux. A partir du bas de l'abdomen. Dans le sens de la longueur, tu vois. Comme une tartine.
- Putain!
- Tu m'étonnes. Ca doit pas être agréable."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/artoff146-copie-1.jpgNous entrons ici dans le quatrième tome de la Saga du Bourbon Kid, alors pour ceux qui voudraient commencer par le début ( Le Livre sans nom ), je tiens à préciser qu'ici il y aura des SPOILERS. 

Le Bourbon Kid, redevenu normal après avoir retrouvé Beth, sa petite amie d'adolescence, a décidé de se ranger après avoir exterminé les vampires et autres créatures du mal qui peuplent Santa Mondega. Officiellement, il est mort, décapité dans un couloir d'hôtel sinistre et miteux. En réalité, les gros bras chargés de s'occuper de sa tête se sont trompés de péquin et se sont attaqués à un vampire de leur camp. Lorsque le Kid apprend que ces créatures répugnantes et assoiffées de sang cherchent à fomenter une révolte et prendre le contrôle du monde, il se dit que ce n'est plus vraiment son problème. Sauf que Jessica, la fille chérie de Ramsès Gaïus (mais si, le grand chef vampire qui a passé plusieurs siècles momifié et qui est maintenant protégé par l'Oeil de la Lune), a eu la bonne idée de kidnapper Beth comme appât, afin d'avoir enfin la peau du Kid. Face à cela, une seule solution pour notre buveur de bourbon, se débarrasser de l'âme qu'il a récupérée et revenir d'entre les morts (et pourquoi pas avec eux) afin de cogner du vampire et sauver sa bien-aimée. Mais ce serait quand même rudement plus facile si Sanchez, le patron obèse (avec autant de finesse intellectuelle) du Tapioca, n'avait pas mis la main sur le Livre de la mort, cet ouvrage où le nom des personnes que l'on souhaite voir mourir à une date précise est inscrit, et peut être modifié au gré des inimitiés de chacun, et décidé de le rendre à sa propriétaire, Jessica, rien que pour ses beaux yeux (et une coquette somme d'argent.). Bref, le programme est alléchant. 

J'avais lu les trois premiers tomes de cette trilogie à la suite, et je pense que j'avais vraiment accroché grâce à l'ambiance qui régnait entre ces trois tomes. Ici, j'ai mis un peu de temps à retrouver mes marques, à me souvenir des personnages. Il faut dire que le quatrième volet de cette tétralogie reprend là où les évènements s'étaient arrêtés à la fin du deuxième (le troisième tome se passant dix ans avant les autres). Du coup, pas évident de se remettre les personnages en tête. De plus, quelques petites coquilles un peu agaçantes ont perturbé ma lecture. Et puis, le Bourbon Kid est au début un mec normal, donc un peu moins badass qu'avant, un peu plus chiant peut-être sur certains points. Mais heureusement, ça ne dure pas. Parce que dès que l'action est mise en place, que l'intrigue commence à prendre forme, on se retrouve exactement dans la même ambiance que les précédents. Et ça se castagne à toutes les pages. Le vocabulaire et le langage de nos personnages semble toujours sortir tout droit d'un cauchemar de Bernard Pivot, mais que voulez-vous, quand on se retrouve avec des gros méchants et des anti-héros d'un roman à la Tarantino, on ne s'attend pas à ce qu'ils aient un langage châtié. Vous l'aurez compris, on reprend les bonnes vieilles recettes et on en fait un truc aussi couillu que les précédents, avec de l'hémoglobine, de la sueur et de petits bouts de matière grise qui décorent les murs. On donne dans du gros sang qui tâche, avec peu de subtilité, mais c'est ce qui est bon. On lit ce livre pour ses répliques potaches de film de série B dont le scénario aurait été réalisé par un Audiard pas au mieux de sa forme, mais avec l'essentiel. Les pages se tournent à peu près à la vitesse qu'il faut au Kid pour dézinguer tout péquin moyen se trouvant sur sa route et en refermant la dernière page, on se dit : "Déjà" ? 

Alors foncez sur le Livre de la Mort, mais si vous ne connaissez pas, alors prenez la série au début et faites-vous un shoot d'adrénaline et de plaisir pour une somme modique (les trois premiers sont parus en poche.)

Anonyme. Le livre de la mort. Sonatine, 2012. 457p. 



Mardi 24 avril 2012 à 10:36

 Les oranges ne sont pas les seuls fruits - Jeanette Winterson

" Quand on est rentrées à la maison, on a trouvé mon père devant la télévision. Il regardait le combat de catch opposant William le Rouleau compresseur à Jonney Stott le Borgne. Ma mère était furieuse ; on recouvrait toujours la télévision le dimanche. On avait une nappe des SCENES DE L'ANCIEN TESTAMENT que nous avait donnée un monsieur qui faisait des débarras. C'était une nappe très chic et on la rangeait dans un tiroir spécial où les seuls autres objets étaient un morceau de verre Tiffany et un parchemin libanais. Je ne sais pas pourquoi on gardait ce parchemin. On avait cru qu'il s'agissait d'un fragment de l'Ancien Testament, mais c'était en fait un contrat de bail pour une ferme d'élevage de moutons. Mon père ne s'était même pas donné la peine de replier la nappe et je pouvais apercevoir "Moïse recevant les Dix Commandements" tout roulé en boule."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782879299778FS.gifJeanette est encore une petite fille lorsque débute cette histoire. Elle vit avec sa mère adoptive et son père en Angleterre dans les années 60. Ses parents, et surtout sa mère, font partie d'une Eglise Pentecôtiste, qui passe le plus clair de son temps à convertir les pêcheurs et à se réunir pour créer des cantiques. Jeanette passe donc une enfance dans l'amour de Dieu, entourée de fidèles, et avec pour seules lectures, la Bible et des exemplaires de l'Ancien et du Nouveau Testament. (On peut remarquer également une version de Jane Eyre, mais remaniée par sa mère pour en changer la fin.) La maison repose sur des règles strictes ainsi que sur des interprétations très personnelles de la Bible. Après avoir reçu une certaine éducation et instruction par sa mère, elle se voit obligée d'aller à l'école, où elle est rapidement mise à part à cause de ses croyances et de sa famille. Au cours de son adolescence, elle découvre qu'elle souffre de Passions Contre Nature à l'égard d'une de ses camarades. Lorsque tout cela est découvert, la vie de Jeanette prend un tour assez étrange. Entre des séances d'exorcisme, des exils, des fuites et le sentiment d'avoir été abandonnée, par Dieu mais surtout par les siens, Jeanette va chercher à sortir de ce carcan religieux pour aller vivre sa vie. 

Lorsque j'ai commencé ma lecture, j'ai été rapidement emballée par le style de l'auteur, ainsi que  ce qu'elle racontait. Je ne m'attendais pas à ce que ce roman soit drôle. Or, il l'est. Tout du moins au début. Il y a quelques scènes qui font rire, surtout lorsque le lecteur est confronté aux inepties racontées par la mère de Jeanette. C'est une femme qui ne s'appuie que sur les textes sacrés, mais qui leur donne une interprétation très personnelle, et changeante selon les jours et les circonstances. Notamment le passage où la petite Jeanette devient sourde à cause de ses végétations, mais personne ne s'en rend compte, car ils attribuent tous le fait qu'elle ne réponde pas à quiconque lui parle au fait qu'elle est en communion directe avec le Seigneur, dans un moment de grâce. Le livre est divisé en plusieurs chapitres qui portent les titres de livres de la Bible (Genèse, Deutéronome, Lévitique ...). J'ai vraiment apprécié ce lien, ce clin d'oeil au livre qui avait accompagné son enfance, dans lequel elle a appris à lire, pour mettre en ordre sa propre vie. Cependant, lorsque l'auteur commence à insérer à son récit des contes ou bien des légendes, j'ai perdu un peu le fil. Même si ces histoires annexes peuvent facilement se mettre en lien avec l'histoire personnelle de l'auteur, le fait de quitter le réel pour partir dans un style parfois presque mystique m'a un peu déstabilisée. Je n'arrive pas à savoir si ces passages étaient nécessaires. Par contre, j'ai été séduite par le personnage de sa mère, ridicule et hystérique. J'ai trouvé qu'elle, et les différents pasteurs que l'on voit apparaître dans ce roman, sont une illustration parfaite de l'absence de limite dans la religion. On voit bien jusqu'où peuvent aller ces hommes et femmes qui manquent cruellement de discernement, et ne voient que par une source de paroles, de textes. Le rapport de Jeanette aux femmes est intéressant. D'abord, elle ne se rend pas compte que l'amour qu'elle porte à sa camarade Mélanie peut être condamnable par son Eglise. Pour elle, il n'y a aucune différence entre aimer un homme et aimer une femme, puisqu'il s'agit d'amour dans tous les cas. Ensuite, elle prend conscience de ce qui gêne dans son attitude, mais à aucun moment elle ne ressent de culpabilité. Elle vit sa vie afin d'être heureuse, sans trop se soucier de ce qu'en pensent les gens de son Eglise. Pour elle, ils l'ont trahie en la mettant au ban.
 
Néanmoins, j'ai envie de lire l'autre livre de  cette auteur qui paraît en même temps que celui-là, Pourquoi être heureux quand on peut être normal, où elle y livre apparemment une autobiographie. Les oranges ne sont pas les seuls fruits est classé en roman, pourtant l'auteur y met une grande part de son histoire personnelle. C'est donc une lecture agréable, parfois drôle, mais qui ne remporte pas un succès total. 

Jeanette Winterson. Les oranges ne sont pas les seuls fruits. L'Olivier, 3 mai 2012 (à paraître). 235p.

Voici un lien vers la page de l'auteur, et notamment celle de sa biographie, si vous voulez en apprendre plus sur elle.

Samedi 21 avril 2012 à 9:09

 Millenium 3 : La reine dans le palais des courants d'air - Stieg Larsson

" Lisbeth Salander sentit une odeur d'amandes et d'éthanol. Comme si elle avait de l'alcool dans la bouche, et elle essaya d'avaler mais sa langue paraissait engourdie et paralysée. Elle essaya d'ouvrir les yeux, mais sans y arriver. Elle entendit une voix lointaine qui semblait parler, mais elle était incapable de saisir les mots. Puis la voix devint claire et nette.
- Je crois qu'elle est en train de se réveiller.
Elle sentit quelqu'un toucher son front et elle voulut éloigner la main importune. Au même moment, une douleur fulgurante lui transperça l'épaule gauche. Elle se détendit.
- Tu m'entends ? 
Casse-toi.
- Est-ce que tu peux ouvrir les yeux ?
C'est quoi, ce connard qui me harcèle ?

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Millenium3-copie-2.jpgATTENTION SPOILERS 

Je n'ai pas pu résister longtemps à l'envie de connaître la fin des aventures de Lisbeth Salander. L'épilogue du deuxième tome nous montre une Lisbeth dans un sale état, mais vivante. Au début du troisième tome, on suit le parcours médical de la jeune femme pour être remise en état. Se faire extraire une balle de la tête n'a rien de marrant, mais le pire est encore à venir. En effet, Lisbeth, inculpée  pour seize chefs d'accusations différents, ne peut plus s'échapper : elle est gardée fermement à l'hôpital, en attendant son transfert en prison. Le docteur Teleborian ainsi que d'autres personnes qui s'étaient déjà occupées de Lisbeth quand elle était plus jeune, ont  tout intérêt à la faire ré-interner en psychiatrie. Car elle en sait trop, elle pourrait parler et risquer de dévoiler l'existence d'une des organisations les plus secrètes de la Suède, se trouvant au coeur de la police secrète. Mais c'est sans compter sur Super Blomkvist, qui a décidé de faire tout un numéro de Millenium sur Salander et les abus judiciaires dont elle a été victime. Petit à petit, chaque camp va chercher à obtenir ou cacher le plus d'informations possibles, tout en utilisant des méthodes peu conventionnelles. On retrouve Zalachenko, Niederman, Björck, Teleborian et les autres méchants. Mais pas d'inquiétude, il y en a d'autres en prime.
 

Je ne savais pas si j'arriverais à bout de ce livre. Non pas que je ne l'ai pas aimé, mais il m'a fallu du temps pour rentrer dedans. Je dirais que les 300 premières pages sont difficiles à passer, car elles sont centrées essentiellement sur de la politique et des organisations policières et judiciaires suédoises auxquelles je ne connais pas grand chose. Il y a beaucoup de noms, de dates, de personnages, et cela peut vite devenir un peu flou. Mais une fois que ces éléments sont mis en place, le rythme des deux premiers tomes reprend et l'on est embarqué jusqu'à la fin dans une histoire délirante mais prenante. Le personnage de Lisbeth est toujours aussi attachant. Le fait d'en savoir plus sur elle et de mieux comprendre son comportement aide, je pense, à l'apprécier encore plus. C'est un personnage que j'ai eu du mal à quitter, j'aurais aimé la suivre encore un peu. La relation qu'elle a avec son médecin est assez intéressante, et j'ai apprécié ce rapport de confiance qui se tisse au fil des pages. Ce que j'ai aimé dans ce tome, c'est la manière dont l'auteur arrive à distiller des détails au lecteur, et ensuite à les imbriquer les uns aux autres afin de former un puzzle cohérent et génial. Chaque nouveau personnage trouve sa place et s'insère bien dans l'histoire. (Même si j'ai eu un peu plus de mal avec les histoires d'amour de Mikael Blomkvist.) Dans cet épisode final, l'auteur en profite pour développer un personnage pourtant existant depuis le début : Erika Berger. Erika est la collaboratrice de Mikael au sein de Millenium, mais aussi son amante et amie. Et jusque là on en savait assez peu sur elle. Ici, elle devient réellement un personnage à part entière, avec une vie indépendante de celle de Mikael. Et c'est vraiment plaisant. On sent toutefois qu'un quatrième tome était prévu à la base, car certains éléments ne sont pas tout à fait mis au clair à la fin du troisième tome. Et même si l'intrigue principale est achevée, il y a comme un goût de pas fini dans l'histoire globale, ce qui est d'autant plus frustrant quand on a passé un si bon moment en compagnie des personnages. 

Vous l'aurez compris, même si le début est un peu long, ce dernier tome, ce n'est que du bonheur, et je vous le conseille vivement. 

Stieg Larsson. Millenium 3 : La reine dans le palais des courants d'air. Actes Sud, 2007. 711p.

Samedi 14 avril 2012 à 11:13

 Millenium 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - Stieg Larsson

" Elle resta immobile pendant plusieurs minutes et regarda le mince rai de lumière en haut de la porte. Puis elle bougea et essaya de sentir si les courroies étaient vraiment très serrées. Elle pouvait remonter un peu les genoux mais le harnais se tendit immédiatement. Elle se décontracta. Elle resta allongée complètement immobile, les yeux fixés dans le néant. 
Elle attendait.
Elle rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette. Elle le voyait imbibé d'essence. Elle pouvait sentir physiquement la boîte d'allumettes dans sa main. Elle la secouait. Ca faisait du bruit. Elle ouvrait la boîte et choisissait une allumette. Elle l'entendait dire quelque chose mais fermait ses oreilles et n'écoutait pas les mots. Elle voyait l'expression de son visage lorsqu'elle passait l'allumette sur le grattoir. Elle entendait le raclement du souffre contre le grattoir. On aurait dit un coup de tonnerre qui dure. Elle voyait le bout s'enflammer. 
Elle esquissa un sourire totalement dépourvu de joie et se blinda.
C'était la nuit de ses treize ans."


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/72121575-copie-1.jpg
ATTENTION SPOILERS 

Un an et demi après avoir lu le premier tome de Millenium, je retrouve Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander avec un réel plaisir. Après avoir mis de côté plusieurs millions de couronnes dans l'affaire Wennerström, Lisbeth Salander a décidé de prendre des vacances au soleil, le temps de se faire oublier de Mikael Blomkvist avec qui elle a eu une relation. De son côté, Mikael Blomkvist vient de trouver un nouveau sujet brûlant pour le journal Millenium.  Dag Svensson s'apprête à publier un livre sur le trafic des femmes en Suède et à y dénoncer un certain nombre de personnes haut placées. Sa compagne, Mia Bergman présente également sa thèse sur le même sujet, et les deux journalistes peuvent être considérés comme gênants. Alors que Mikael Blomkvist s'apprête à publier leurs articles et ouvrages, le couple se fait assassiner dans leur appartement. Les empreintes retrouvées sur l'arme du crime appartiennent à Lisbeth Salander, qui va se retrouver accusée de meurtre, traquée. Mikael Blomkvist est convaincu de l'innocence de Lisbeth, bien que rien ne joue en sa faveur. Se rappelant la dette qu'il a envers elle, il va organiser une enquête parallèle à celle de la police, afin de retrouver Lisbeth, mais également le véritable meurtrier de ses amis et collaborateurs. 

Lorsqu'on se replonge dans les aventures de Lisbeth Salander, on ne s'attend pas à ce que les évènements prennent cette tournure. La jeune femme semble se remettre assez bien de l'affaire Vanger qui se déroulait dans le premier tome, et vit sa vie sans trop poser de problèmes. Elle surveille toujours son tuteur, Maître Nils Bjurman, et décide de reprendre contact avec des personnes depuis longtemps perdues de vue. Et d'un coup, tout s'accélère. Au moment même où l'on se rend compte que Lisbeth est peut-être responsable de ces meurtres, on quitte son point de vue pour avancer aux côtés de Mikael ou de la police. Voilà comment l'auteur accroche son lecteur et l'empêche de refermer le livre. De plus, ce tome nous en apprend plus sur l'histoire de Lisbeth, son passé, sa famille, ce qui fait que l'on s'attache encore plus à ce personnage. Je dois avouer que je suis vraiment séduite par Lisbeth Salander, ses failles, sa psychologie, son comportement. Même lorsque l'on est convaincu de sa culpabilité, on a quand même envie de bien l'aimer. Encore une fois, c'est un succès, les chapitres se suivent et construisent méthodiquement une enquête, laissant filtrer tous les détails dont le lecteur a besoin pour échafauder des théories. Le nombre important de personnages peut être déroutant, surtout si l'on ajoute à cela le fait qu'ils portent tous des noms plus improbables les uns que les autres, mais en se concentrant un minimum, on parvient à suivre le fil. Il me semble que ce soit une volonté de l'auteur, de , par moments, perdre le lecteur pour lui faire retrouver le chemin un peu plus tard. 
La différence avec le premier tome se trouve dans le fait que le premier se terminait avec une enquête finie, résolue. Là, il faut continuer avec le troisième tome pour mettre au clair les problèmes irrésolus du deuxième. Donc, puisque je n'ai pas la patience d'attendre que le troisième sorte en poche, je vient de m'y mettre en grand format. 

Stieg Larsson. La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette. Babel noir, 2012. 792p.

Mercredi 4 avril 2012 à 20:25

 Voyage au pays des Travellers - Guillaume Thouroude

"Chaque fois que j'évoque les Travellers, mes interlocuteurs m'exhortent à la prudence. Ecrire sur les Travellers ? Folie, absurdité, provocation, l'assurance d'aller au-devant de graves ennuis. Les préventions qui accueillent mon projet sont le reflet fidèle de la déplorable réputation des Travellers. Dans l'Irish Times, les tabloïds, les archives de la radiotélévision nationale (RTE), l'histoire des nomades irlandais se dévide en une litanie de crimes, de règlements de comptes, de dépravations, de fraudes, de procès, d'emprisonnements, de meurtres en rafales. Selon Micky, vendeur de frites au bout des docks de Dublin, dans le voisinage de quelques familles travellers, ces derniers passent l'essentiel de leur temps à élaborer des stratagèmes pour soutirer de l'argent aux sédentaires. "Moi ils me laissent tranquille, depuis le temps que je leur vends des frites.""

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Voyagetravellers-copie-1.jpgDans cet essai, Guillaume Thouroude nous entraîne en Irlande, où le hasard l'a fait croiser des Travellers, cette minorité irlandaise dont personne ne parle jamais. Les Travellers sont une communauté nomade que l'on pourrait apparenter aux Roms ou aux Tziganes de France, sauf qu'ils n'ont aucun rapport avec eux. Ils possèdent leur propre souche génétique, dont il est d'ailleurs difficile de situer exactement l'origine. Ils ressemblent en tout points aux clichés que l'on peut se faire des irlandais, roux aux yeux bleus, mais sont majoritairement écartés de la population, que ce soit par les autres, ou de manière volontaire. Ces Travellers vivent dans des caravanes, des mobil-homes, et parfois des maisons prêtées par les municipalités. Ils parlent deux langues dérivées du gaëlique, appelées "cant" et "gammon". L'auteur de ce livre par à la chasse aux informations, au-delà des préjugés véhiculés par les journaux, les légendes urbaines, les émissions de télé et les politiques. Selon ces rumeurs, les Travellers seraient un peuple d'analphabètes violents, prêts à tout pour braver la loi et vivre de différents trafics illicites. Tout n'est pas faux, cependant, il faut regarder les faits avec un peu plus de recul. Certes, le taux d'alphabétisation chez les Travellers est bas, mais Guillaume Thouroude explique en détail le rapport de cette minorité (sociale ou ethnique, le débat là-encore fait rage) avec la lecture, l'écriture. Ne pas savoir lire, c'est aussi un moyen de se démarquer. Tout y est expliqué en détail, le rapport à la langue, à la religion, le changement des modes de vie avec l'apparition d'une forme de modernité ainsi que la crise économique. On y croise des personnages hauts en couleurs, qui chacun leur tour vont nous en apprendre plus sur ceux que l'on appelle parfois les Tinkers. 

Cet essai fut pour moi une belle découverte, autant sur le fond que la forme. Et pour cela, je voudrais remercier les
Editions Cartouche de m'avoir envoyé ce livre en service de presse. J'ai apprécié le style de Guillaume Thouroude, qui n'écrit pas seulement un essai sur le sujet, mais colle parfaitement au titre de voyage. En effet, ce livre est une suite de pérégrinations en compagnie de l'auteur. On voit le cheminement depuis ses premiers questionnements à Dublin, ainsi que les démarches effectuées pour trouver des renseignements. De ce fait, les connaissances apportées ne semblent pas venir en bloc, mais plutôt découler d'un cheminement, d'avancer par paliers. Le fait que certains passages soient plus narratifs que d'autres apporte une petite touche romanesque à l'ouvrage, et l'on se prend à lire ce livre comme un roman d'aventure ( surtout le passage de l'empoisonnement, ainsi que le match de boxe.) Les chapitres, assez courts, s'attachent à des sujets précis et tentent de répondre aux questions de l'auteur, et par extension du lecteur. Je ressors de cette lecture en ayant l'impression d'avoir appris énormément, d'avoir tout bonnement découvert un peuple, une culture, un mode de vie et cela sans avoir l'impression de saturer à force de trop d'informations. C'est un ouvrage clair, précis et concis, qui nous fait voyager à l'autre bout de l'Europe, dans un univers que proposent peu d'agences de voyage. Enfin, les derniers chapitres, composés d'informations pratiques sur les organismes à contacter, les lexiques cant et gammon, les adresses utiles, me semblent cohérents avec le reste de l'ouvrage, et apporter quelque chose en plus. On a l'impression que l'auteur, même s'il nous déconseille d'aller s'intéresser de trop près à ce peuple assez méfiant, nous donne toutefois les clés pour obtenir plus de renseignement. Il agit ainsi comme un passeur, qui nous a initié à une culture, et nous donne assez de matière pour continuer les recherches seul. 

Guillaume Thouroude. Voyage au pays des Travellers. Editions Cartouche, 2012. 203p.

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