Mardi 29 mai 2012 à 10:45

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Troisième rendez-vous du Top Ten Tuesday, avec un thème proposé par Iani le 8 mai. 

Les 10 couples préférés dans la littérature

Ayant la réputation d'être une grande romantique, surtout quand il s'agit de roman, je pense pouvoir assez rapidement trouver une dizaine de couples que j'ai aimé suivre au fil des pages. Si les livres dont ces couples sont tirés ont été chroniqués, le lien apparaîtra dans le titre du livre. 

1) Aucune originalité dans ce premier choix, puisqu'il s'agit d'Elizabeth Bennett et de Fitzwilliam Darcy, le couple d'Orgueil et Préjugés, par Jane Austen. Pour une Austenienne comme moi, passer à côté de ce mythe littéraire serait un sacrilège. Leur passion contradictoire est un bonheur à suivre, entre leur haine de départ jusqu'à leur déclaration mutuelle. Un couple piquant, mordant, que l'on ne veut pas lâcher. 

2) Harry Potter et Ginny Weasley. Pas très original non plus, mais après avoir passé tant de temps avec ces deux-là, on finit par s'y attacher. De la jeune fille timide et un peu godiche du deuxième tome, Ginny devient elle aussi assez affirmée, avec un caractère bien trempé, et une bonne dose de courage. Leur relation est une évidence, certes, mais n'en reste pas moins très sympathique à suivre. 

3) Restons chez J.K.Rowling, avec Ron Weasley et Hermione Granger. Une histoire pressentie dès le premier tome, qui a mis six tomes pour se concrétiser, mais qu'est-ce que ça valait le coup d'attendre ! Deux caractères opposés, une amitié un peu chaotique, toujours dans la tension, un mélange qui tient la route. 

4) Georgia Nicolson et Dave la Marrade. Dans
Bouquet final en forme d'hilaritude. Egalement, il leur en aura fallu du temps pour se décider. Une dizaine de livres, et des péripéties toutes plus drôles les unes que les autres et voilà notre Georgia revenue à son choix initial. Le meilleur ami était finalement plus que ça. C'est ce qu'on attendait toutes, et nous voilà satisfaites. 

5) Dolores Haze et Humbert Humbert. Dans
Lolita, de Nabokov. Un choix polémique, je me doute bien. Mais pour moi, cette petite Dolores est tout aussi responsable de sa situation qu'Humbert Humbert. Elle joue, elle cherche, elle tente, provoque. Et tous les deux, mal assortis, forment un ensemble malsain et à la fois ingénu qui me plait bien. Lui ne peut s'en empêcher, elle ne sait pas vraiment ce qu'elle fait. Ils nagent dans le brouillard, et c'est un régal. 

6) Vera Candida et Ixtaga. Dans
Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé. Parce qu'Ixtaga récupère ce drôle d'oiseau de Vera Candida, un peu cassé, farouche et mauvaise. Qu'il l'apprivoise comme un petit animal et qu'il finit par gagner son amour à force de patience, cet amour qui aidera Vera Candida à vivre vraiment, en oubliant sa vie d'adolescente et Jeronimo. Parce qu'il ferait tout pour elle et qu'ils s'aiment à en faire craquer les murs. 

7) Madame T et Bernard Giraudeau, dans
Cher Amour. Parce que ce roman n'est qu'une lettre immense d'amour adressée à Madame T., l'amour de l'auteur. Parce qu'il ferait fondre n'importe qui et même si ce n'est pas un couple car ici l'écriture est unilatérale, on sent la force des sentiments. Parce que ce livre et ce couple condense tout ce que l'on aimerait entendre un jour. 

8) Fritz et Alice, dans
Nos séparations, de David Foenkinos. Parce que c'est chaotique et si drôle à la fois. Toutes ces séparations, ces réconciliations, c'est un yoyo perpétuel qui laisse le sourire. Et au fond, ils finissent toujours par retourner l'un vers l'autre... 

9) Antigone et Hémon, dans l'Antigone d'Anouilh. C'est un couple éphémère, un couple qui ne doit pas advenir car le destin en a décidé autrement. Mais c'est un amour si fort. On le sent dans les paroles de la petite Antigone, de celle qui aurait voulu être une mère noiraude et mal peignée, la mère du petit garçon d'Hémon. Et puis la séparation. Et Hémon qui ne supportera pas de vivre sans Antigone, et qui se donnera la mort à ses côtés. 

10) Le plus classique des couples,sûrement, mais bigrement efficace. Roméo et Juliette, dans la pièce éponyme de Shakespeare. Pas besoin de justification, c'est assez beau et tragique pour être touchant. On espère jusqu'à la fin qu'ils se retrouveront, et puis ils jouent de malchance, et le lecteur reste seul avec son désespoir, une fois que tous les personnages sont morts. Mais qu'est-ce que c'est beau ! 

Lundi 28 mai 2012 à 12:34

 Virals - Kathy Reichs

" Why not try to clean it ? It's not that different from a seashell. The tag held someone's name. Not trying to decipher it ? Crazy. I scooped it and hurried after the others.
Man.
If I hadn't done that, everything would have been different. Everything.
That whim changed my life. Opened the door for what came.
Paved my path to monsterhood." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/virals-copie-1.jpgEn revenant d'Irlande, j'avais abandonné ma lecture de Chimères et je me suis dit qu'il fallait que je me trouve un autre livre. Or, la boutique du bateau ne proposait pas un choix terrible, et je me suis lancée dans Virals sans grande conviction. L'auteur est celle de la série de livres Bones, adaptés à l'écran, avec le personnage de Temperence Brennan. Ici, on se retrouve face à la nièce de Temperence, Tory. Cette jeune fille qui vient de perdre sa mère, vit avec son père sur une petite île des Etats Unis, en Caroline du Sud. Son père travaille sur une autre île, pour des recherches scientifiques animalières. Tory passe ses journées entre l'école, où elle subit nombre de quolibets de la part des petites bourgeoises coincées faisant office de camarades, et le bunker, un lieu abandonné où elle retrouve sa bande d'amis, Hi, Ben et Shelton. Un jour, alors qu'ils s'aventurent sur l'île de Loggerhead, ils découvrent une plaque d'identification tellement abîmée qu'il est impossible de lire quoi que ce soit. Ils décident d'utiliser, de manière assez illégale et discrète, un des labos de l'île, afin de découvrir le nom inscrit sur la plaque. Mais rien ne va se passer comme prévu. Durant cette expédition, ils vont découvrir un jeune chien loup utilisé à des fins scientifiques, exposé à un virus mortel. Mais après quelques temps, le groupe tombe malade, avec des symptômes particuliers. Le virus normalement impossiblement transmissible aux humains aurait-il été modifié ? Si c'est le cas, c'est un très mauvais moment pour tomber sur le cadavre d'une jeune fille disparue depuis 40 ans. 

Ayant regardé une partie de la série Bones, j'avais une idée de l'atmosphère des romans. Et ici on retrouve, avec quelques nuances toutefois, cette impression de mystère permanent, de suspense, et ce côté oppressant qui finit par éclater avec une bonne montée d'adrénaline. Le personnage de Tory est vraiment attachant, on sent bien que c'est une jeune fille un peu perdue dans sa vie. Elle a 14 ans, n'avait jamais rencontré son père avant la mort de sa mère,et vient d'arriver dans une ville où elle a mis du temps à se faire des amis. Elle est extrêmement intelligente, mais sans en tirer aucune arrogance. Elle est énergique, sait ce qu'elle veut, et est d'une grande bienveillance. Ses amis sont trois garçons, un peu stéréotypés certes, mais sympathiques et avec une réelle personnalité. Même si l'enchaînement des évènements parait un peu gros et évident, on se laisse prendre dans l'histoire avec un vrai plaisir. Le côté surnaturel passe bien, il est amené subtilement et le lecteur se pique d'une réelle curiosité pour ces symptômes étranges. Il y a un côté politique dans l'histoire, même si les personnages sont adolescents, ils vont tomber sur quelque chose qui les dépasse et qui a plus de portée qu'ils ne l'auraient cru en tombant sur une simple plaque d'identification. La qualité des détails scientifiques est appréciables, car on sent bien que l'auteur sait de quoi elle parle. Il est assez difficile pour moi de parler du style, étant donné que j'ai lu le livre en anglais, et que j'ai ramé sur le vocabulaire à certains moments. J'ai trouvé l'écriture assez fluide, l'enchaînement entre les chapitres plutôt bien fait. Sans être un vrai coup de coeur, ce roman est agréable à lire, les personnages vraiment attachants et humains, l'histoire originale et l'écriture soignée. On passe un moment sympathique, avec l'envie de tourner les pages et d'en savoir toujours plus sur cette enquête, et si Tory et ses amis vont s'en sortir indemnes.

Kathy Reichs. Virals. Arrow Books. 2011. 454p. 

Jeudi 24 mai 2012 à 9:00

 Chimères - Nuala O'Faolain

" En attendant de récupérer mes bagages, à Shannon, j'étais derrière deux énormes types, devant le tapis roulant. On aurait dit deux chiens d'attaque, pensai-je, prêts à sauter pour saisir leurs sacs entre leurs crocs. Comme je n'arrivais pas à passer et que je murmurais connards, ils me sourirent et l'un d'eux dit : "Vous avez tort de nous parler comme ça, nous sommes des visiteurs. Vous vous devez d'être aimable avec nous. C'est la première fois que nous venons ici."
Je leur rendis leur sourire et leur bredouillai: "Oh, je suis désolée. Vous êtes vraiment les bienvenus en Irlande !"
Je m'éloignai en souriant intérieurement. Moi, l'ambassadrice ! Moi - qui n'ai même pas connu les anciennes livres irlandaises !"

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782264040787.jpgKathleen de Burca est irlandaise, mais a quitté son pays natal à la fin de sa scolarité au Trinity College, afin de gagner Londres et d'y faire sa vie. A la cinquantaine, alors que son métier de journaliste de voyage commence à la lasser, son ami et collègue Jimmy décède. C'est un tournant décisif. Kathleen doit retourner en Irlande ( pourquoi ? On ne sait pas vraiment, quelque chose comme une quête d'identité et un besoin instinctif de retrouver ses racines.) Elle se souvient d'un article lu dans sa jeunesse où il était question d'une histoire d'adultère et de divorce au moment de la Grande Famine. Elle se dit qu'après quelques recherches elle pourrait écrire un livre sur le sujet et s'envole donc pour l'Irlande. 

Pour une fois je vais vous parler d'un livre que j'ai arrêté. Ce qui ne m'arrive pratiquement jamais. En général, même quand je ne suis pas complètement accrochée, je fais l'effort d'aller jusqu'au bout. Mais là je n'ai pas pu. Une fois les 120 premières pages passées, je me suis dit que ce ne serait vraiment pas possible de continuer. Et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. Le personnage principal de cette histoire, Kathleen de Burca, est l'archétype même du personnage insupportable avec qui l'on n'a pas envie de passer le moindre moment. Et sur cinq cent pages, c'est dur à supporter. Je sais que les personnages ne sont "que" des personnages, mais j'ai besoin de pouvoir créer un lien entre eux et moi, d'avoir une sorte de relation avec eux, de m'y attacher. Ici, rien de tout cela. Le personnage de Kathleen est complètement autocentré, elle n'a aucune idée de pourquoi elle s'intéresse à la Grande Famine ( à part une impression que c'est très important et que ça fait partie de ses racines). Elle passe son temps à comparer ce qu'elle voit, fait ou lit à des moments de sa vie qui, sans vouloir être désagréable, n'ont aucun intérêt pour le lecteur. 
Je pouvais encore comprendre son malaise quant à son corps, son âge etc. Mais alors comparer la Grande Famine irlandaise aux famines en Afrique, je dis non. Elle a l'impression de revenir faire un pèlerinage sur la terre de son enfance, et elle enfonce des portes ouvertes d'une platitude aberrante. De plus, le style de l'auteur n'a pas su me convaincre ( à moins que ce ne soit la traduction, je ne suis pas certaine.) Des phrases bancales, d'autres qui sortent de nulle part et qui n'ont aucun rapport avec le sujet initial. 

J'espère me tromper sur ce livre, et être passée à côté de son intérêt principal. Parce que ça a été un début de lecture douloureux, et qu'il doit bien y avoir des personnes qui ont aimé ce livre. En tout cas, je l'espère. 

Nuala O'Faolain. Chimères. 10/18, 2006. 542p.

Vendredi 11 mai 2012 à 19:52

 Monkton le fou - William Wilkie Collins

" Un jour ou deux après cette conversation, je rencontrai Monkton lors d'une soirée.
Dès qu'il entendit prononcer mon nom, sa figure s'anima. Il se prit à part et, évoquant la froideur avec laquelle il avait reçu mes avances quelques années plus tôt, il me demanda pardon de ce qu'il qualifia d'inexcusable ingratitude, et ceci d'un ton de gravité qui ne laissa pas de m'étonner. Son premier soin fut ensuite de m'interroger, ainsi que mon ami l'avait prédit, à propos du lieu de ce mystérieux duel. 
Un changement extraordinaire s'opéra en lui tandis qu'il me questionnait. Au lieu de me regarder comme ils l'avaient fait jusque là, ses yeux, à présent animés d'un éclat intense, féroce presque, se fixèrent soit sur le mur nu, soit sur un point de l'espace qui nous en séparait. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/415pxWilkieCollins.jpgLe narrateur de cette histoire tient bien à préciser que ce qu'il a à raconter peut-être incroyable, impossible à imaginer. Il va nous conter l'histoire d'un de ces amis, Monkton, un jeune homme qu'il a connu en Angleterre dans sa jeunesse. Monkton faisait partie d'une vieille famille où toutes les personnes semblaient promises à un avenir funeste. En effet, la famille, frappée de malédiction, voyait tous ses membres sombrer dans la folie les uns après les autres. Le jeune Monkton avait pris l'habitude de vivre en reclus à Wincot Abbey en attendant son mariage avec Miss Elmslie. Pourtant, un jour, subitement, le jeune homme disparut en Italie afin de se lancer sur la piste de son oncle, tué dans un duel selon les commérages. Il fera appel à notre narrateur afin de retrouver le corps du disparu et enfin briser le sort qui s'est acharné sur sa famille. Mais cette lubie ne serait-elle pas l'un des premiers signes de sa folie ? 

Ce livre fait partie de l'opération lancée par les éditions Libretto et est offert pour l'achat d'un livre de la collection. N'ayant jamais lu de W. Wilkie Collins, et désirant toujours en découvrir un peu plus sur la littérature anglaise, je me suis lancée dans la lecture. L'histoire est originale, et l'on peut dire que l'auteur sait mettre les nerfs de son lecteur à rude épreuve, en le plongeant dans de sombres mystères qui je suis sûre faisaient mourir de frayeur les jeunes filles du XIX ème siècle au moment de la parution du texte. J'ai trouvé le style un peu trop ampoulé pour être parfaitement fluide, et même si d'ordinaire j'apprécie les tournures plus anciennes, cette lecture m'a parfois semblé fastidieuse. Le personnage de Monkton est attachant, avec ses peurs, ses manières et cette malédiction qui semble peser sur lui. De plus, les histoires de fantômes ma passionnent. L'originalité de l'histoire n'est pas à remettre en question, bien qu'il n'y ait pas beaucoup de péripéties rythmant le récit. Mais c'est une lecture rapide, qui fait passer le temps et replonge dans l'ambiance de l'époque. Alors ça valait le coup quand même. 

N'ayant pas trouvé de photo de la couverture du livre, je vous ai mis un portrait de l'auteur. 

William Wilkie Collins. Monkton le Fou. Libretto, 2012. 114p.

Dimanche 6 mai 2012 à 19:25

 Avenue des Géants - Marc Dugain

" J'ai posé ma winchester à côté de moi dans le salon, je me suis assis, j'ai enlevé mes bottes et je me suis pris la tête dans les mains. Je ne tremblais pas et pourtant j'en avais l'impression. J'avais fait une énorme connerie, comme on peut en faire quand on est adolescent. C'est un âge où l'on flirte avec les limites. Je dis cela aujourd'hui, je ne le pensais pas à l'époque, vu que je ne pensais à rien. Il faisait froid maintenant, à cause de ma grand-mère qui radinait sur le chauffage. J'ai pensé aller le monter d'un cran, mais cela m'obligeait à repasser devant un endroit où je n'avais vraiment pas envie de remettre les pieds. Si je sortais de la maison, c'était le même problème. Alors j'ai allumé la télé." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/MarcDugainAvenuedesGeants1-copie-1.jpgPour écrire ce roman, Marc Dugain s'est inspiré de la vie d'Edmund Kemper. Il a ainsi créé le personnage d'Al Kenner. Al est un adolescent d'une quinzaine d'années, mesurant plus de 2m15 et possédant des facultés intellectuelles au-delà de la norme. C'est une sorte de génie, mais un génie fondamentalement inadapté au monde dans lequel il vit. Le jour de l'ass il tue ses grands-parents à coup de winchester avant de prendre la route, puis de se rendre. Son parcours entre la folie et la volonté de s'en sortir ne s'arrêtera pas là. Le roman est composé de deux parties : d'un côté le récit de la vie d'Al Kenner, à la première personne, avec ses ressentis, ses projets, ce qui se passe réellement dans sa tête, et d'un autre côté le récit à la troisième personne des échanges entre Al et Susan, en 2011, à l'intérieur de la prison où Kenner purge sa peine. Ce roman, en plus de nous raconter l'histoire atypique d'un homme en marge de la société, nous présente les Etats-Unis des années 70, où le mouvement hippie prenait une ampleur démesurée, où la route trace de petits lacets à travers des montagnes désertes, et où les jeunes filles ne devraient pas faire d'auto-stop. 

Le fait de savoir que ce roman n'était qu'à moitié une fiction, et qu'il était majoritairement adapté de la vie d'Ed Kemper, m'a donné envie de m'intéresser aux travaux de Stéphane Bourgoin au sujet de ce tueur en série qui a sévi dans les années 70 en Californie. On découvre dès le début du roman un personnage parfaitement conscient de ses actes, et qui revendique sa responsabilité. Il accepte assez mal le fait d'être envoyé en hôpital psychiatrique car pour lui son acte est sensé, nécessaire et même libérateur. Sa grand-mère représentait une oppression constante et la tuer était nécessaire afin qu'Al puisse vivre. La vie de cette vieille femme contre la sienne, c'est finalement assez équitable. Ce personnage présente une finesse d'esprit déconcertante, associée à des émotions à fleur de peau, une obsession des femmes et des pulsions de mort constantes. Malgré ses efforts pour réintégrer une vie normale, il se rend compte petit à petit qu'il ne pourra jamais être comme les autres. Il n'a pas d'empathie, ne ressent aucune pitié pour qui que ce soit, et surtout pas pour sa mère, cette femme violente et alcoolique qui l'a maltraité pendant son enfance. Cette mère restera la clé de voûte de son échec social, le renvoyant constamment à ses incapacités et sa différence. 
La description des hippies, teintée de mépris et de dégoût, montre bien à quel point ce mouvement a pu causer un choc des cultures lors de son apparition. Une Amérique puritaine, ancrée dans ses valeur et la fierté de son pays, tombe des nues en voyant ces milliers de jeunes gens plus préoccupés de faire l'amour et tester des drogues que de servir leur patrie. Il y a un décalage, un contraste violent que l'auteur arrive à traiter de manière habile, C'est un roman prenant, qui jongle avec le rythme, qui entraîne le lecteur dans une direction précise, juste avant de le laisser tomber brusquement face à une vérité crue et clinique. C'est un roman de la manipulation, du mal-être, tout en étant une fresque américaine bien dessinée, une ode aux grands espaces, à l'odeur de l'asphalte fumante et au bruit de la mer sur la côte, près de San Francisco. 


Marc Dugain. Avenue des Géants. Gallimard, 2012. 361p.


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