Dimanche 30 septembre 2012 à 19:01



 A moi pour toujours - Laura Kasischke

" Un autre billet : Sherry, la Saint-Valentin est passée, je sais, mais je voulais que tu saches que je pense toujours à toi. Tu es si belle que mes pensées de toi font même fondre ce mois glacé...
J'appelai Sue chez elle pour lui lire la note.
"Sherry, dit-elle, tu as l'air tout excitée. 
- Je ne suis pas excitée du tout."
Elle me demanda si j'avais une idée de l'auteur. Robert Z. ? Un des gardiens ? Le doyen ? Un représentant en manuels scolaires ? Un des types de la sécurité ? Un des informaticiens ? Un étudiant ? " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/toujourslaurakasischkereagiriezsiL2.jpgSherry Seymour a quarante ans, un mari, un fils parti à l'université, et une vie rangée sans une once de réelle fantaisie. Lorsqu'elle trouve une note dans son casier le jour de la Saint Valentin, son coeur s'accélère tout à coup. D'autant plus que cette note indique : Sois à moi pour toujours. D'abord amusée de cette intention, puis intriguée par son auteur, Sherry ne pense à aucun instant qu'il puisse s'agir de quoi que ce soit de sérieux. Son mari en plaisante, sa meilleure amie est très heureuse pour elle, et l'admirateur secret fait plutôt l'objet de conversations bienveillantes que d'inquiétudes réelles. Mais lorsque les messages se multiplient, Sherry sent le malaise grandir en elle. Et si seulement son mari la soutenait, tout irait bien, mais celui-ci semble trouver des messages plutôt excitants, et son rôle devient de plus en plus trouble. Son fils Chad, tant aimé, si cher à ses yeux, semble devenir un étranger au fil des semaines, et Garrett, un ancien ami de Chad, est prêt à prendre la place laissée par ce dernier. Le malaise grandira jusqu'à l'angoisse, l'horreur de ce quotidien bouleversé, de ces vies changées à jamais par le mensonge, la trahison et une passion violente et malsaine. 

Autant j'avais adoré
Les Revenants ou Rêves de garçons, autant ce roman m'a un peu moins emmené dans son univers. Le personnage de Sherry est à un âge charnière. Son fils ayant quitté la maison, elle n'a plus ce rôle de mère à plein temps à jouer, mais elle prend également conscience qu'elle n'est plus la femme jeune et dynamique qu'elle avait été. Même en faisant des efforts, elle vieillit et le désir qu'éprouve son mari à la toucher s'amenuise petit à petit. J'ai trouvé que les passages sur son âge, ou même sur sa nostalgie en pensant à l'enfance de son fils étaient très présents. Voire même peut-être trop présents. Mais cela fait partie du personnage, cette obsession à propos de Chad, cette impression de le perdre constamment et le regret des années où elle était tout pour lui. L'intrigue en elle-même est prenante. On se demande de qui viennent ces mots doux, et plusieurs fois l'auteur nous envoie dans la mauvaise direction. Ainsi le lecteur peut vraiment avoir le point de vue de l'héroïne, sentir son malaise au fil des pages ainsi que son incertitude sur l'admirateur secret en question. La relation entre Sherry et son mari est digne des romans de Laura Kasischke. Une relation plate au début du roman, qui peu à peu devient malsaine, des fantasmes qui mettent Sherry mal à l'aise, mais qui semblent un jeu pour son mari. Au fur et à mesure, c'est le couple qui se fane, qui s'étiole à force de vouloir forcer le désir, surtout quand cela implique d'entretenir une liaison, ou bien de mentir à l'autre. Je pense que si je n'avais pas eu une autre lecture en cours, j'aurais pu rentrer plus facilement dans ce roman, me laisser porter par l'histoire. Mais, comme dans En un monde parfait, il se dégage de ce livre une impression de lenteur. Cela est sûrement voulu, pour laisser au lecteur la possibilité de voir l'évolution sournoise de la situation, de sentir les heures qui s'étirent pour Sherry, l'angoisse de certains moment qui durent. A côté de cela, les moments où il se passe quelque chose sont très rapides, comme précipités. Même si cela ne m'a pas touché autant que je l'aurais voulu, c'est une des grandes forces de Laura Kasischke. 

Laura Kasischke. A moi pour toujours. Le Livre de poche, 2008. 377p.


Mardi 25 septembre 2012 à 13:29

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Quatrième rendez-vous du Top Ten Tuesday. Le thème proposé par
Iani aujourd'hui est le suivant : 

Les dix sagas préférées 

 
1) Harry Potter, inévitablement. Combien d'heures magiques passées à les lire et surtout les relire un incalculable nombre de fois. Sans hésitation cette saga est la première.

2) Le Journal de Georgia Nicolson. 10 tomes, mais une héroïne toujours aussi drôle, autant de rebondissements et d'histoires de filles. Cette saga aura marqué mon adolescence, sans doute là-dessus. 

3) Millenium. Comme beaucoup de lecteurs, les aventures de Lisbeth Salander m'ont fait passer d'excellents moments, et elle ne pouvait qu'apparaître dans ce classement. Tout y est, le suspense, la complexité de l'intrigue, la profondeur des personnages et de leurs motivations. 

4) La Saga Malaussène, de Pennac. S'il y a bien une série de livres que j'ai dévorés les uns à la suite des autres sans pouvoir m'arrêter, c'est bien celle-ci. Benjamin Malaussène, grand frère et bouc émissaire à plein temps s'occupe de sa flopée de frères et soeurs et se retrouve à chaque fois dans des situations improbables. C'est délicieux, à lire, et à relire. 

5) La Saga Hannibal Lecter, par Thomas Harris. Après avoir vu le film "Le silence des agneaux", j'ai découvert la trilogie en livres, et j'ai plongé dedans pour n'en sortir qu'une fois la dernière page terminée. 

6) Hunger Games. Bien sûr ils sont présents. Pareil, j'ai dévoré ces livres, et même si j'ai quitté Katniss avec soulagement, l'univers m'est resté présent en tête un bon moment. Ce n'est peut-être pas une immense réussite sur le plan du style, mais c'est assez addictif. 

7) On parle de saga, alors je ne peux pas oublier de mentionner Les Rougon-Macquart, de Zola. Même si je n'ai pas encore lu les trois derniers, j'en ai un paquet derrière moi et je pense que c'est à lire. Vraiment. Pour la plongée dans une époque, pour les détails qui fourmillent, l'ambiance, la force de la narration. On ne peut pas s'ennuyer dans ces romans. 

8) La Saga du Bourbon Kid. La petite bombe de chez Sonatine a frappé chez moi aussi. Un style enlevé, une écriture efficace, des personnages aussi attachants que pathétiques. Bref, on s'y sent bien à Santa Mondega. 

9) Il me reste encore pas mal de livres à lire dans cette série, mais la Saga des Kay Scarpetta de Patricia Cornwell m'a accompagnée pendant un moment, et j'ai toujours aimé l'angle d'attaque de ses livres. Trop simple d'être du côté de la police, passons donc du côté du médecin légiste. Tout de suite, l'enquête prend une autre tournure. Quand j'aurai le temps, je terminerai la série. 

10) Dans le même genre, et là j'ai encore plus de retard, la série des Charlotte et Thomas Pitt, par Anne Perry. Avec seulement quatre ou cinq à mon actif, je débute dans cette série, mais je suis complètement fan de l'ambiance victorienne, de l'ironie de l'écriture, de la force de caractère des personnages. J'ai donc hâte de continuer.

Et vous, vos sagas préférées ?
  


Lundi 17 septembre 2012 à 10:21

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 Home - Toni Morrison 

" Maman était enceinte quand on est partis à pied du comté de Bandera, Texas. Trois familles, ou peut-être quatre, avaient des camions ou des voitures et chargeaient tout ce qu'elles pouvaient. Mais souvenez-vous, personne ne pouvait charger sa terre, ses récoltes, son bétail. Quelqu'un va-t-il nourrir les cochons ou les laisser finir à l'état sauvage ? Et cette parcelle derrière la remise  ? Elle a besoin d'être labourée au cas où il pleuvrait. La plupart des familles, comme la mienne, ont marché pendant des kilomètres jusqu'à ce que M. Gardener revienne chercher encore quelques uns d'entre nous après avoir déposé sa propre famille à la frontière de l'Etat. " 


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/homep.jpgFrank Money est revenu de Corée. Il a vu ses meilleurs amis mourir dans ses bras, il a tué, il a senti cette rage, cette haine aveuglante qui rend acceptables tous les massacres de cette Terre. Il est revenu parce qu'il ne pouvait pas mourir. Parce que quelqu'un, chez lui, avait besoin qu'il revienne. Lorsqu'après quelques mois passés à revivre chaque instants de cette guerre, il  reçoit un message disant que sa soeur mourra s'il ne vient pas la sauver, plus rien d'autre ne compte. Pas même Lily, rencontrée un jour dans une blanchisserie, Lily qui s'est occupée de lui, a essayé de le sauver avec son amour inconditionnel. Mais cet amour s'est flétri devant la passivité de Frank, et c'est presque avec soulagement qu'elle le laisse partir. Mais comment faire aux Etats Unis lorsque l'on est noir, que l'on risque à chaque carrefour de se faire arrêter, tabasser à mort pour le plaisir ou pour quelques dollars dans la poche ? C'est un long périple qui attend Frank avant d'arriver à Atlanta, chercher celle dont il s'est toujours occupé. Un voyage qui met en lumière l'enfance de Frank à Lotus, avec sa soeur Ycidra, leur grand-mère cruelle et égoïste, et des parents toujours absents, faisant deux boulots par jour pour réussir à nourrir leur famille. Frank espère juste que le voyage sera assez court pour qu'il arrive à temps, pour que Cee soit toujours en vie et qu'il puisse la ramener à la maison. 

Après avoir lu Beloved il y a quelques années, j'avais très envie de me plonger dans un autre roman de Toni Morrison. Ce que j'aime chez elle, et que l'on retrouve dans ce roman, c'est la description des Etats-Unis, notamment des campagnes ou villes moyennes, avec tout le racisme qui pouvait s'y trouver, la méfiance et la haine à l'égard des Noirs et ce climat pesant en permanence. Ici s'ajoutent les souvenirs de la guerre de Corée, qui donnent une autre dimension au récit. J'ai trouvé les personnages très bien campés, leur histoire est précise, de leur enfance jusqu'au moment de l'action. Cependant, j'aurais aimé plus de détails, que les personnages soient plus attachants parce que plus proches du lecteur. Tout passe très vite dans ce roman (très court) ce qui fait que l'on a pas de temps pour vraiment approfondir leur histoire, leur personnalité. De plus, le style est très clinique, ce qui rajoute une distance. J'aurais aimé que ce roman fasse 150 ou 200 pages de plus, que l'on n'ait pas l'impression de voir un fragment, mais l'intégralité d'une vie, pour comprendre un peu mieux ce qui a amené les personnages là où ils sont au moment de l'action. C'est trop court, c'est trop bref, trop ramassé. Mais le style de Toni Morrison rattrape tout, car on peut dire que cette grande auteur a mérité son prix Nobel de littérature. Le style est excellent, recherché, toujours dans la suggestion. Elle veut faire en sorte que le lecteur sorte de sa passivité et comprenne lui-même ce qu'elle ne veut pas lui dire explicitement. 
C'est un roman à lire, pas un coup de coeur mais une lecture sympathique, qui aurait mérité (vu la densité du thème abordé) d'être un peu plus développé. 

Toni Morrison. Home. Christian Bourgois, 2012. 153p.

Mardi 11 septembre 2012 à 9:13


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/7638739578deslivres.jpg Certaines n'avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

" Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu'en voyant notre mari pour la première fois, nous n'aurions aucune idée de qui il était. Que ces hommes massés aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes gens des photographies. Que les portraits envoyés dans les enveloppes dataient de vingt ans. Que les lettres qu'ils nous avaient adressées avaient été rédigées par d'autres, des professionnels à la belle écriture dont le métier consistait à raconter des mensonges pour ravir le coeur. Qu'en entendant l'appel de nos noms, depuis le quai, l'une d'entre nous se couvrirait les yeux en se détournant - je veux rentrer chez moi- mais que les autres baisseraient la tête, lisseraient leur kimono et franchiraient la passerelle pour débarquer dans le jour encore tiède. Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n'y a pas à s'inquiéter. Et nous aurions tort. " 


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782752906700.jpgCe livre est celui de ces femmes, ces japonaises qui ont quitté leur pays, mariées par catalogue à des hommes dont elles ne savaient rien. A des japonais depuis longtemps partis aux Etats-Unis pour y faire fortune. Et c'est ce qu'elles croient, ces femmes qui sont prêtes à tout laisser derrière elle. Elles pensent qu'elles trouveront là-bas une terre hospitalière, qu'elles vivront avec ces hommes sur les photos, grands et beaux, et qu'elles auront de l'argent, qu'elles pourront mener une vie comme jamais cela n'aurait été possible au Japon. Mais elles se trompaient, toutes. A l'arrivée, les hommes avaient menti, n'étaient pas ceux des photos, avaient vingt ans de plus, pas un sous, pas une terre. Et la seule vie qu'elles auraient serait faite de journées longues comme un siècle, de travail dans les champs, courbées, pliées en deux par l'effort, et pas une reconnaissance, la haine même des blancs. Elles seraient toute leur vie des étrangères, niées par leurs maris qui cherchaient de la main d'oeuvre, par leurs enfants parlant parfaitement anglais, par leurs patrons pour qui il faudrait parfois s'allonger et attendre, en échange d'un peu d'argent. Et en si peu de temps, tous leurs rêves qui se brisent. Combien sont reparties au Japon ? Combien n'ont pas pu supporter de continuer à vivre cette vie ? Combien de malheurs avant la guerre, et puis après, quand il faut quitter les maisons durement achetées, quand il faut tout vendre pour aller retrouver des milliers d'autres Japonais, dans des camps ? 

Ce livre est une petite merveille. D'une poésie rare, très lent, un livre dense mais court, qui prend son temps pour dire mille choses. Ce qui change des autres romans, c'est la narration. On n'a pas un personnage principal, ou même plusieurs. Il  s'agit là d'un choeur de femmes, d'un ensemble de personnes qui ont toutes vécu quelque chose et dont on parle ici. Le "On" ou le "Nous" pour désigner ces milliers de femmes venues chercher une vie meilleure sans la trouver, après la première guerre mondiale. C'est également un sujet dont je ne savais rien, et en quelques pages l'auteur arrive à tout rendre limpide, clair et à donner de nombreuses informations tout en ne rentrant jamais dans une histoire particulière. Pour justement montrer que ces femmes étaient un ensemble, et qu'elles ont toutes vécu plus ou moins la même histoire. Bien sûr, certaines ont été plutôt heureuse, mais partout on peut retrouver la notion d'exil, d'abandon de son pays, la difficulté d'intégration, d'apprentissage la langue... Ce roman littérairement très abouti, aborde un sujet méconnu de l'histoire des Etats-Unis, et réussit à parler d'un sujet difficile avec une grande poésie. Le fond est aussi rude que la forme est délicate. Alors prenez le temps de lire cette petite pépite un peu inclassable, pour apprendre, vivre de l'intérieur un grand voyage, et se laisser porter par ces voix multiples.


Julie Otsuka. Certaines n'avaient jamais vu la mer. Phébus, 2012. 140p. 

Dimanche 9 septembre 2012 à 12:11

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/7638739578deslivres.jpg Arrive un vagabond - Robert Goolrick 

" Au-dessus de la porte, la clochette tinta et tout le monde se retourna pour voir le nouvel arrivant, comme on fait toujours. Elle entra dans la boucherie en silence, et ils la dévisagèrent tous, sans se retourner ni se remettre à parler comme ils le faisaient d'ordinaire, et personne, pas une des femmes, ne prononça une parole aimable à son intention. 
Charlie ne l'avait encore jamais vue, lui qui croyait pourtant avoir rencontré tout le monde. Elle était différente des autres femmes, ça crevait les yeux. Elle avait un visage de la campagne, jeune, sans doute guère plus de la vingtaine, et encore. elle portait une alliance et une bague de fiançailles, ce qui posait clairement la situation, mais en entrant dans cette boutique elle avait l'air de débarquer d'une autre partie du monde, de l'une de ces villes que Charlie avait traversées, dans ses jours et ses nuits de voyageur. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/ArriveunvagabondRobertGoolrick-copie-1.jpg Charlie Beale arrive à Brownsburg en 1948, sans faire de bruit, avec deux valises. Dans l'une, ses couteaux de boucher, dans l'autre, de l'argent. Après avoir vécu une vie dont on ne saura jamais rien, il veut s'installer dans un endroit paisible, tranquille et sans histoire. Et Brownsburg, avec ses cinq cent habitants, est parfait pour ça. Après avoir acheté quelques terres, il se lie d'amitié avec Will, le boucher de la ville, et commence à travailler pour lui. Il va ainsi rencontrer Alma, la femme de Will, et Sam, leur fils. Charlie va très vite commencer à s'occuper de Sam comme s'il était son propre fils, et tout aurait pu continuer ainsi pendant des années, si Charlie n'avait pas, un jour, posé les yeux sur Sylvan Glass. Elle est la femme de Boaty Glass, riche et adipeux propriétaire terrien. Elle vient d'Arnold's Valley, la campagne profonde, et elle a été mariée en échange d'une liasse de billet et d'un tracteur. Elle a vingt ans à peine, et tout ce dont elle rêve c'est d'Hollywood, de robes d'actrices, d'avoir une vie incroyablement plus pleine que la sienne. Et quand elle va rencontrer Charlie Beale, elle va oublier qu'elle est mariée à un homme qui la touche avec dégoût, qu'elle n'est qu'une pauvre fille de la campagne qui a sa vie toute tracée. Et leur amour aurait pu continuer ainsi pendant des années. S'il n'y avait pas eu le drame. 

J'ai lu ce livre sur les chaudes recommandations d'une collègue, et je pense qu'elle a bien fait de me le vanter. Parce que ce livre est vraiment formidable. On se retrouve propulsé à la fin de la guerre dans un village totalement perdu des Etats-Unis, une bourgade qui a cinquante ans de retard sur le reste du monde. On se croirait au début du siècle, dans un décor de western, avec des maisons en bois qui se font face, séparées par une route de poussière et une église en bois blanc à la sortie de la ville. On imagine tellement cette boucherie avec une pauvre chambre froide qui fait ce qu'elle peut, le comptoir en marbre, la sciure sur le sol. Et les traditions, et l'importance de la religion. Et voilà que cet ordre parfait se trouve perturbé par un homme qui va précipiter les évènements. On le sait dès le départ, c'est la force de ce roman. Le narrateur prévient le lecteur en disant qu'il va se passer quelque chose. Il fait un bref résumé des évènements qui vont avoir lieu, parce que ce n'est pas un roman qui doit surprendre, mais conter l'histoire d'une ville et de ses habitants, et de ceux qui ont défié Dieu et ont été punis. On se retrouve dans la pure tradition du roman américain, des grands espaces, de l'immensité des sentiments, des rapports entre Blancs et Noirs, de la solitude à tous niveaux. C'est une sorte d'épopée que l'on lit sans pouvoir se détacher des lignes, des mots, du besoin de savoir quelle sera l'issue, même si l'on sait qu'elle sera tragique. Et ce petit Sam, du haut de ses cinq ans, avec toutes ces questions qui affluent en lui, ces histoires d'adultes qu'il ne comprend pas, mais qui le rongent, et qui peut-être précipiteront, elles aussi, la chute. 

Bref, c'est à lire, à dévorer, à ne pas lâcher avant la fin. 

Robert Goolrick. Arrive un vagabond. Anne Carrière, 2012. 318p. 

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