Dimanche 24 février 2013 à 10:51

 La Couleur des sentiments - Kathryn Stockett 

" Sous le porche de cette Blanche, je me dis, tiens-toi bien Minny. Ferme ta bouche à tout ce qui pourrait t'échapper, et le restant aussi. Tâche d'avoir l'air d'une bonne qui fait ce qu'on lui dit. En fait, je suis tellement inquiète en ce moment que je suis prête à plus jamais répondre si c'est la condition pour garder ma place. 
Je tire sur mes bas pour qu'ils me tombent pas sur les pieds- l'éternel problème de toutes les petites grosses de par ce monde. Et puis je me répète ce que je dois dire, et ce que je dois garder pour moi. Je m'avance et j'appuie sur la sonnette. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/001992658.jpgJackson, Mississippi, 1962. Il n'est pas facile d'être Noir dans un Etat du Sud à cette époque. Minny et Aibileen ne le savent que trop bien. Depuis de nombreuses années, elles sont bonnes pour des familles de Blancs. Elles font la cuisine, le ménage, les lessives, nettoient, frottent, lavent les maisons et surtout, élèvent les enfants. Aibileen a vu passer plus d'une quinzaine d'enfants dans sa vie, mais un seul était réellement à elle, et il est mort quelques années plus tôt. Minny, elle, en a plusieurs, qui ont un caractère aussi impossible que le sien. Skeeter, elle, est Blanche. Elle a toujours vécu dans une immense plantation aux abords de la ville, passant ses journées à jouer au bridge avec ses amies, aux réunions de la Ligue et à se faire servir par ces mêmes bonnes. Mais Skeeter n'a pas du tout envie de marcher dans les pas de ses amies Elizabeth Leefolt ou Hilly Holbrook. Le schéma : mariage, enfants, maison et vie d'oisiveté ne lui convient absolument pas. Au grand dam de sa mère, le mariage ne l'intéresse pas plus que cela. Ce qu'elle veut, c'est écrire. Et lorsque Mrs Stein, éditrice à New York lui propose d'écrire un livre sur un sujet original, percutant, dérangeant même, Skeeter ne se pose pas la question très longtemps. Elle s'est toujours interrogée sur les rapports entre les Noirs et les Blancs, notamment dans la situation des bonnes. Et c'est une manière pour elle de donner des réponses à ses questions : Qu'est devenue Constantine, sa propre bonne, partie pendant que Skeeter était à l'Université, et que personne n'a jamais revu ? Mais deux mondes ne peuvent se mélanger ainsi, et il est d'ailleurs interdit par la loi aux Blancs de se réunir avec des Noirs. Aibileen et Minny ont très envie de parler, de faire changer les choses, et ce ne sont pas quelques lois raciales qui arrêteront Skeeter Phelan, même si elle doit sacrifier beaucoup pour mener à bien son projet. 

Il y a un an à peu près, j'avais vu le film tiré de ce livre, et l'avais trouvé très bon. C'est un livre dont on a bien sûr entendu parler, pendant plusieurs années, et qui a eu la particularité de se trouver dans les meilleures ventes de romans pendant de nombreux mois d'affilée. J'ai attendu qu'il sorte en livre de poche avant de me plonger dedans et j'ai passé de très bons moments avec ce roman. Tout d'abord, d'un point de vue historique, Kathryn Stockett est extrêmement précise. Elle décrit les conditions des Noirs dans les années 60, les évolutions arrivées avec Rosa Parks et Martin Luther King, tous ces évènements qui bousculèrent la vie des Américains et créèrent un certain nombre de tensions, notamment dans les Etats du Sud. On a beau être dans les années 60, un Noir peut encore être battu à mort s'il utilise des toilettes réservées aux Blancs. Tout est séparé, il est admis que les Noirs véhiculent des maladies, de la violence, et un manque de culture liée à une intelligence inférieure. Cela biaise forcément les relations interraciales (où il est d'ailleurs interdit à deux personnes de races différentes de se fréquenter, de se marier ou d'avoir des enfants.) Et sur ce point, l'auteur nous donne tous les renseignements dont on a besoin pour replacer cette histoire dans son contexte historique, qui est assez aberrant d'ailleurs. 

Le roman est divisé en chapitres, et trois personnages principaux se partagent la narration : Aibileen, la bonne d'Elizabeth Leefolt. Minny, d'abord bonne chez Hilly Holbrook puis chez Celia Foote, et enfin Skeeter Phelan, amie d'Elizabeth Leefolt et Hilly Holbrook et future auteur d'un ouvrage scandaleux sur la condition des bonnes aux Etats-Unis. On a ainsi une vision complète du microcosme dans lequel l'histoire se déroule, que ce soit du point de vue des Noirs, ou des Blancs. Les personnages sont très riches, dans la relation assez ambivalente de leur condition : il y a beaucoup d'amour, pour les enfants que l'on élève, parfois même pour les employeurs, mais également de la colère, de la haine, de la rancoeur. L'auteur a vraiment insisté sur ces points, mais elle l'a fait avec une certaine subtilité. Les histoires des bonnes sont extrêmement touchantes, mais celle de Skeeter n'est pas dénuée d'émotion. C'est un personnage que j'ai beaucoup aimé, avec un caractère assez déterminé, et toutefois une sorte de peur de sortir du lot, de ne pas ressembler à ses amies si bien intégrées, rangées. Aibileen m'a semblé le personnage sage et réfléchi de l'histoire. Sa relation avec Mae Mobley, la petite fille qu'elle élève, est très belle, et montre cet attachement des enfants à quelqu'un qu'ils mépriseront une fois adultes. Quant à l'histoire de Constantine, elle est  tout simplement bouleversante. 

Je suis tout de même un peu déçue. La quasi intégralité du roman se joue sur la rédaction du livre, et une fois qu'il sort, on a quelques réactions, mais. Le roman se termine de manière assez abrupte, après avoir laissé nos trois héroïnes dans des situations délicates. On a presque l'impression qu'elles ont été punies d'avoir voulu enfreindre les règles. J'aurais aimé un peu plus de détail sur la manière dont le livre aurait pu remettre certaines choses à leur place, ou sur l'évolution des relations entre les personnages concernés. Toujours est-il que ça se termine trop tôt à mon goût. De plus, je suis un peu atterrée de voir qu'il n'y a sûrement pas eu de relecture avant l'impression. Il y a un nombre de coquilles assez impressionnant. Des lettres orphelines, qui n'ont rien à faire là, des mots dont l'espace a été oublié entre eux etc. J'ai trouvé que cela faisait beaucoup, surtout pour Babel, qui est quand même une collection assez qualitative, d'habitude. 

En résumé, j'ai apprécié le contexte du roman, on voyage, on est projeté dans une réalité difficile à concevoir aujourd'hui, le décor est magnifiquement bien donné, c'est dont un plaisir de voir les personnages évoluer à l'intérieur. L'histoire en elle-même est très intéressante, les personnages attachants et assez riches, au niveau des émotions. On se prend vraiment au jeu, à craindre pour les héroïnes pendant qu'elles écrivent le livre. Et le petit plus, ce que j'ai vraiment trouvé très utile et à-propos : l'auteur rajoute un chapitre à la fin du roman pour parler de sa propre bonne, et de ce qui l'a amenée à écrire ce livre. 

Kathryn Stockett. La Couleur des sentiments. Babel, 2012. 608p. 

Vendredi 15 février 2013 à 10:10

 
 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/blacksadtome1quelquepartentrelesombres7968044.jpghttp://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/Blacksad0224600.jpg Blacksad - Canales / Guarnido

T01 : Quelque part entre les ombres. Dargaud, 2000. 48 p. 

Blacksad est détective privé, pour le compte de la police ou bien de tout autre personne décidée à connaître la vérité sur quelque chose. Dans Quelque part entre les ombres, on suit ce chat grognon et légèrement misanthrope lors d'une enquête qui le mine particulièrement. En effet, son ancien amour de jeunesse, Natalia Wilford, à été assassiné. Et même si cette affaire ne le concerne apparemment pas, il refuse de laisser quelqu'un d'autre s'en occuper. C'est à lui de trouver l'assassin de Natalia, bien que ça ne plaise pas du tout au commissaire Smirnov.  Mais lors de cette enquête, Blacksad va remonter une piste qui va le mener dans les très hautes sphères de la société, face à un ennemi beaucoup plus puissant qu'il ne s'y attend. Il va falloir sortir les griffes. 

T02 : Artic-Nation. Dargaud, 2003. 56 p. 

Climat raciste et réunions secrètes aux airs de Ku Klux Klan dans ce deuxième tome. Blacksad va affronter le WASP, une société dirigée par des animaux blancs et voulant vivre dans un monde fait par et pour les blancs, où tous les animaux de couleur auraient le sort qu'ils méritent : l'extermination des parasites. Dans cette atmosphère joyeuse et amicale, une petite fille, noire, a été enlevée. Rien ne semble accuser le WASP, mais Blacksad va encore une fois mettre les pieds dans une affaire qui le dépasse un peu. Et lorsque les morts s'enchaînent, il va aller voir du côté des personnalités de la ville, afin de déterrer les vieux secrets, les histoires de famille, de sexe et de magouille politique qui pourraient avoir un lien avec cet enlèvement. 

Ce que j'ai aimé : Une série de BD qui débute très bien. Blacksad est un personnage extrêmement drôle, et plutôt pertinent. Le cadre des enquêtes est assez varié, même si l'on retrouve toujours un soupçon d'effet "Robin des Bois". C'est à dire que le détective privé, plutôt du côté des faibles et des opprimés, doit souvent s'attaquer aux grands, aux riches, aux puissants. Mais ce n'est pas déplaisant. Le dessin est très vivant, et j'admire tout particulièrement l'anthropomorphisme qui est développé à tel point que l'on en oublie parfois que l'on a affaire à des animaux. Leurs expressions, leurs gestes ont tout de l'humain, mais leur animalité donne une grande valeur ajoutée à l'histoire. Les thèmes abordés sont des questions sociales récurrentes, de la jalousie au crime passionnel, en passant par la peur d'une remontée de la ségrégation, et les auteurs traitent ces thèmes de manière classique mais intelligente. 

Ce que je n'ai pas aimé : Contrainte du format et d'une pagination assez limitée, j'ai regretté que parfois les enquêtes se résolvent aussi vite. Mais à part ça, rien à jeter, que du bonheur ! 


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/blacksadtome1quelquepartentrelesombres3131503.jpg

Mardi 12 février 2013 à 21:28

 La petite fille de Monsieur Linh - Philippe Claudel

" Des jours passent. Monsieur Linh ne quitte pas le dortoir. Il consacre son temps à s'occuper de l'enfant, avec des gestes tout à la fois attentionnés et malhabiles. La petite ne se révolte pas. Elle ne pleure jamais, ne crie pas davantage. C'est comme si, à sa façon, en réprimant ses pleurs et ses désirs impérieux de nourrisson,elle voulait aider son grand père. C'est ce que pense le vieil homme. Les enfants le regardent et souvent se moquent de lui, mais sans oser le faire à haute voix. Les femmes parfois rient aussi en le voyant s'empêtrer dans ses gestes alors qu'il la change ou la lave." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782253115540.jpgMonsieur Linh a quitté son pays. Son fils est mort là-bas, pendant la guerre. Quelle guerre ? Une guerre, comme tant d'autres, qui tue les enfants des vieillards comme Monsieur Linh. Sa belle-fille est morte aussi, mais leur petite Sang Diû a survécu. Elle a trouvé refuge dans les bras de son grand-père, et tous les deux ils ont embarqué sur un bateau qui les conduit vers un pays sans odeur. A l'arrivée, rien qu'un dortoir, d'autres réfugiés, comme eux. Monsieur Linh protège du mieux qu'il peut Sang Diû, car elle est encore si fragile, si petite. Au fil de ses ballades dans les rues de la ville, il va rencontrer Monsieur Bark, un homme imposant tout aussi rempli de tristesse que Monsieur Linh. Tous les deux, ils vont passer leurs journées à se raconter, chacun dans sa langue, mais ils se comprendront beaucoup sans avoir besoin d'utiliser les mêmes mots. Monsieur Bark sait que Monsieur Linh veille sur Sang Diû, et Monsieur Linh sait que Monsieur Bark a perdu toute sa vie en perdant sa femme. Ils sont tous les deux égarés dans un monde qui marche sans eux, qui avance plus vite. Mais il n'est pas possible de vivre toute sa vie dans un dortoir, et Monsieur Linh devra partir, abandonnant beaucoup plus qu'un ami et l'on découvrira alors, avec le vieil homme, à quel point la vie peut heurter. 

Je lis mon premier Philippe Claudel, avec un roman dont j'ai énormément entendu parler, dont on m'avait vanté la beauté à de nombreuses reprises. J'ai en effet trouvé que ce roman était assez beau, plein de poésie. On voyage avec ce vieil homme, du pays que l'on quitte à celui que l'on découvre, et qui paraît toujours plus hostile, plus gris et terne que celui que l'on a laissé derrière soi. On s'attache forcément à ce vieillard un peu perdu, en désaccord avec le monde dans lequel il vit. Il est seul, il est perdu, il ne connait pas la langue et il va devoir se débrouiller sans l'aide de ses camarades de dortoir, seul avec sa petite Sang Diû. La rencontre entre ces deux hommes qui ont si peu en commun est assez facile, mais plutôt bien traitée. L'écriture de Philippe Claudel est très poétique, mais rentre pour moi dans une sorte de cliché de l'écriture "à la française", et j'ai décelé quelques facilités. Néanmoins, j'ai été très touchée par ce personnage extrêmement bien dépeint. L'auteur s'avance dans les méandres de la solitude, du deuil et de la tristesse. Jusqu'où peut-on aller par désespoir ? Comment l'esprit essaye-t-il de se protéger à tout prix du chagrin de la perte ? Toutes ces thématiques sont abordées, tissant un récit d'une grande force dramatique.  On se prend au jeu, on avance dans les rues avec Monsieur Linh, balancés comme Sang Diû sur sa poitrine. La fin, que l'on peut pressentir à certains moments, ne manque pas de serrer la gorge et faire naître une certaine émotion. On s'était attachés au personnage, on tombe avec lui. C'est un livre à lire en une seule fois, que, par la lenteur très douce de la narration, je pourrais rapprocher de Soie, d'Alessandro Barrico. Pas du tout les mêmes thématiques, pas du tout le même contexte, mais ce rythme, un peu chaloupé, au gré des jours qui se suivent et se ressemblent, au fil d'un quotidien banal et presque sans surprise. Presque.


Je tiens aussi à dire que la couverture est très très belle. Et ça compte, quand même, une jolie couverture.
 
Philippe Claudel. La petite fille de Monsieur Linh. Le livre de poche, 2007. 184 p.  

Dimanche 10 février 2013 à 19:04

 Qui es-tu Alaska ? - John Green 

" Elle avait le genre d'yeux à vous convaincre de la suivre aveuglément quoi qu'elle fasse. Et elle était non seulement belle, mais sexy, quand on voyait ses seins qui tendaient son débardeur, ses jambes galbées qui se balançaient d'avant en arrière sous la balancelle, ses tongs qui pendaient au bout de ses doigts de pied vernis en bleu vif. C'est à cet instant précis, entre le moment où je lui ai posé la question sur le labyrinthe et celui où elle m'a répondu, que je me suis rendu compte de l'importance des courbes, de ces milliers de creux par lesquels le corps d'une fille passe d'un endroit à un autre, du cou-de-pied à la cheville, au mollet, du mollet à la hanche, à la taille, aux seins, au cou, au nez qu'elle avait droit, au front, à l'épaule,  à la cambrure du dos, aux fesses, au etc. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070695799.jpgMiles Halter a 16 ans lorsqu'il décide de quitter ses parents afin d'intégrer le campus de Culver Creek lors de sa rentrée en 1ère. Il y fait rapidement la connaissance de Chip, son camarade de chambre, aussi appelé "Le Colonel". Chip déteste la plupart des élèves de ce lycée, des adolescents bourrés de fric, ne vivant que pour les soirées du week end dans les immenses maisons de Papa/Maman. Il est également réputé depuis plusieurs années pour organiser les meilleures blagues de Culver Creek, sorte de coups-fourrés où la plupart des participants risquent l'exclusion. Miles va également faire la connaissance de Takumi, Lara, mais surtout .... Alaska Young. La mystérieuse, magnifique, drôle et terriblement sexy Alaska Young. Avec son caractère instable, ses sautes d'humeur et ses blessures enfouies, elle va faire tourner la tête de Miles, qui sera prêt à tout pour elle. C'est également l'entrée dans la vie adolescente, les soirées, l'alcool, les cigarettes, les règles que l'on enfreint, les vengeances entre élèves et la perspective d'en sortir un peu grandi. Peut-être est-ce l'occasion pour Miles de s'intéresser à autre chose qu'aux dernières paroles des personnes célèbres, et de plonger dans la vraie vie, quitte à mal maîtriser la chute. 

Après mon énorme coup de coeur pour
Nos étoiles contraires, j'étais bien décidée à en découvrir un peu plus sur les publications de John Green. Au vu des échos très positifs sur Qui es-tu Alaska ? je me suis décidée à me lancer dedans, et je pense que j'ai bien fait. John Green possède une écriture fluide qui rend n'importe quelle histoire totalement passionnante. Le personnage de Miles, un peu paumé, suivant les autres et n'ayant pas connu beaucoup de rapports amicaux, m'a fait penser à Charlie, de The Perks of Being a Wallflower. Il est ami avec des personnages très charismatiques, mais néanmoins extrêmement touchants, comme Chip. Alaska est une vraie énigme, je pense que n'importe quelle fille peut envier la fascination qu'elle provoque, mais en même temps, il y a tellement de zones d'ombre chez cette jeune fille, qu'on a envie de lui tendre la main, de l'aider. Le personnage qui m'a beaucoup touchée, c'est le Vieux, ce professeur fatigué, âgé, usé, terreur des étudiants, mais tellement concerné par leur vie, leur quête de sens. 
Comme beaucoup de romans d'apprentissage, les péripéties par lesquelles passent nos héros ne sont pas toujours très positives. Encore une fois, John Green s'attaque à un sujet sensible, douloureux, mais le fait très bien, sans trop en rajouter. Il y a beaucoup de nuances, ce qui fait toute la beauté et la poésie du roman. Les personnages d'adolescents ont rapidement tendance à être exagérés, mais là, tout est dosé, le plus conforme possible à la vie des adolescents américains en pension.
  La force de John Green, c'est de réaliser des dialogues où la répartie est primordiale. On assiste à des matchs entre les personnages, où fusent les jeux de mots, les attaques vénéneuses et les déclarations les plus romantiques. Alors on en redemande ! C'est encore une fois un coup de coeur pour ce roman d'apprentissage complet, où tous les thèmes qui nous préoccupent à l'adolescence sont magistralement traités : amour, amitié, deuil, vie en dehors du cocon familial, indépendance ... Tout y est, vous n'avez donc plus aucune excuse pour ne pas lire Qui es-tu Alaska ! 

John Green. Qui es-tu Alaska. Gallimard, pôle fiction filles, 2011. 

Mardi 5 février 2013 à 18:52

 Nos étoiles contraires - John Green 

" J'ai marché jusqu'au trottoir, laissant Augustus Waters derrière moi. C'est alors que j'ai entendu une voiture démarrer au bout de la rue. C'était ma mère. A tous les coups, elle avait attendu un peu plus loin, voyant que j'étais en train de me faire un ami ou je ne sais quoi.
J'ai senti monter en moi un mélange étrange de déception et de colère. Je n'aurais pas su dire quel était ce sentiment, mais il m'a submergée.J'avais envie de gifler Augustus Waters et aussi de faire remplacer mes poumons hors service par des poumons qui fonctionnent. J'attendais au bord du trottoir, ma bombonne d'oxygène comme un boulet dans son chariot à côté de moi, quand, au moment où ma mère tournait dans l'allée, j'ai senti une main prendre la mienne. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Nosetoilescontraires.jpgHazel Grace pourrait être une adolescente comme les autres, si elle ne devait pas traîner derrière elle sa bombonne d'oxygène comme un boulet. C'est à une réunion avec d'autres adolescents atteints de cancer qu'elle a rencontré Augustus Waters. Augustus a un ostéosarcome, et a troqué une de ses jambes contre une prothèse. Isaac, lui, va bientôt perdre son deuxième oeil, mais tout va bien tant que Monica restera auprès de lui. Hazel, elle, essaye de poursuivre sa scolarité, de lire toujours plus et de surtout pas trop sortir. Pour voir qui ? Pour faire quoi ? Elle ne s'intéresse pas aux garçons, elle ne veut pas. Elle ne peut pas. Elle ne peut pas être une grenade, une explosion de problèmes pour quelqu'un qui se serait attaché à elle. Pourtant, Augustus a bien l'intention d'apprivoiser cette grenade, grâce aux livres, à une bonne dose d'autodérision et une volonté de vivre la vie en géant. A eux deux, ils vont échafauder des plans afin de réaliser leur rêve : rencontrer un auteur vivant aux Pays-Bas, et essayer d'avoir, pour un temps, une vie normale, une vie où le cancer ne viendrait pas se mettre entre eux. 

Je ne savais pas à quoi m'attendre en commençant ce roman. Je trouvais que le sujet abordé était délicat, et pouvait être soit très bien traité, soit tomber dans un pathos à la limite de l'acceptable. Et ce fut une vraie surprise. John Green s'attaque à un thème difficile, mais nous met en scène des personnages extrêmement attachants, brillants, fins. Hazel est une jeune fille bourrée de failles, de défauts, de perte de confiance en elle, en son combat; Mais elle est aussi terriblement drôle, intelligente et consciente de ce qu'elle vit, de la nature de ce qu'elle est et ce qu'elle représente pour la société. Augustus, quant à lui, est un garçon charmeur, qui se plait à ne rien prendre trop au sérieux, mais ne veut surtout pas passer à côté de chaque moment intense qu'il pourra passer. John Green a su ne pas tomber dans le cliché, éviter les écueils. Malgré une trame narrative classique, une rencontre et un amour naissant entre deux adolescents, c'est tout le monde du cancer, de l'accompagnement des familles, des soignants, des organismes que l'auteur a décrit. On y rencontre des personnages fantasques, comme Peter Van Houten, cet auteur imbu de lui-même et totalement dépourvu de limite.

On voyage, des Etats-Unis à Amsterdam, de la maison de l'une au sous-sol de l'autre. On rit, parce que c'est terriblement drôle, que certains passages montrent une autodérision formidable. Et en même temps, on pleure, forcément. On pleure parce que l'on s'attache aux personnages, mais que leur maladie les condamne, à plus ou moins long terme. C'est un livre qui fait réfléchir, où l'on ressent des émotions très fortes, et qui donne envie d'appréhender le quotidien de manière différente. L'écriture de John Green m'a beaucoup touchée, cette manière d'expliquer assez simplement des choses douloureuses et parfois complexes, de schématiser également certains concepts. Il y a une certaine poésie, qui je pense est encore plus perceptible en version originale.
Ce n'est pas un livre  que je conseillerais à tout le monde ,car on est quand même baigné dans une atmosphère assez pesante. Mais c'est un roman très fort, qui provoque obligatoirement une réaction chez le lecteur. 


John Green. Nos étoiles contraires. Nathan, 2013. 323p. 

<< Page précédente | 1 | 2 | Page suivante >>

Créer un podcast