Lundi 28 avril 2014 à 20:02

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 Bonjour à tous et à toutes ! Aujourd'hui, point de littérature, mais un article culturel sur une exposition très chouette qui se déroulait à Lyon, au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation jusqu'au 13 avril 2014

L'exposition, installée dans les anciens sous sols de la Gestapo, revenait sur les différents aspects de la mode pendant la Seconde Guerre Mondiale. D'une part, la vie au quotidien, la débrouille, les moyens de se vêtir décemment en utilisant toutes les astuces possibles, et d'autre part la Haute Couture et le travail des couturiers. Beaucoup d'éléments sont donnés à voir aux visiteurs. Au rez-de-chaussée, la visite commence par la mise en avant des costumes ayant servi pour le tournage de la série Un village français, ainsi que des encarts consacrés au travail d'histoire nécessaire à la création des costumes pour la série. Ensuite on découvre quelques autres exemples de costumes ayant été utilisés pour des tournages de films, ainsi que des précisions sur le besoin de cohérence historique. 

Au sous-sol, une seule grande pièce est consacrée à cette exposition, ce qui laisse la possibilité au visiteur de déambuler à sa guise d'une vitrine à l'autre, de s'arrêter pour regarder un film, ou bien un album photo, lire un magazine féminin d'époque conservé, des lettres etc. Le contenu d'un sac à main est exposé afin de prendre conscience de tous les éléments "qui pourraient resservir" que la personne a conservé. Des morceaux d'allumettes, un bouton, une chute de tissu, tout pouvait être utile. 

Sont exposés des vêtements fabriqués avec des matériaux complètement inédits en matière de mode : celluloïd, corde, bois, tout est réutilisable. On regorge d'ingéniosité, de débrouille afin d'avoir une allure présentable. Sur ce point, le petit film qui tourne en boucle est édifiant. Il met bout à bout des publicités de l'époque ventant les mérites de diverses techniques : se teindre les jambes pour donner l'impression de porter des bas, les coiffeurs qui récupèrent les cheveux afin de les revendre pour fabriquer des textiles, idem pour les poils de chiens, chapeaux en copeaux de bois, semelles en bois ... Dans la vitrine on découvre des chaussures incroyables, en corde tressée de toutes les couleurs, des talons compensés évidés pour peser moins lourd, l'ancêtre de la Converse... Et les magazines féminins de l'époque sont aussi là pour donner mille petites astuces. Le côté pratique prime sur beaucoup de choses. Les femmes, qui à l'époque n'avaient pas le droit de porter de pantalon, inventent la jupe-culotte, dont les plis font penser à une jupe, et qui permet de monter à vélo plus facilement... 

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Du côté de la Haute Couture, on découvre que la guerre n'a pas arrêté les créateurs. La mode se fait plus sobre, les tissus utilisés sont soit moins chers, soit faits de matières non impactées par les "bons" de rationnement sur le textile, comme la dentelle. Mais l'élégance reste primordiale, on sent qu'il faut éviter de montrer que le pays est en guerre. Se côtoient des robes de soirées sobres mais terriblement chics, ainsi que des chemises de nuit taillées dans de la toile de parachute... A la fin de l'exposition, ce qui correspond à la période de la libération, on découvre tout une gamme de vêtements et accessoires bleus blancs et rouges, des cocardes tricolores ornant les chemisiers. La mode sert ici à passer un message, c'est une forme de résistance, une manière de défendre son pays. 

Malgré l'exposition de vêtements, malgré les couleurs, les tissus, on sent que le lieu n'est pas anodin. Il est chargé d'histoire, de vécu. Les voûtes semblent encore résonner des cris des personnes interrogées, et l'on se doute que beaucoup de sang à coulé là où nous posons les pieds. Cela rend cette exposition encore plus forte. Parce que la mode, souvent jugée superficielle, reste un marqueur sociologique important, et pesait sur le quotidien des femmes. La mode, l'habillement, ce que l'on montre de soi, c'est le reste de dignité lorsque l'on est en guerre, lorsque l'on mange à peine, lorsque l'on peut mourir à n'importe quel moment. Et l'agencement, la sélection de vêtements, le lieu, font que cette exposition, dans son ensemble est terrible et terriblement instructive. 

Pour plus d'infos sur le CHRD de Lyon, je vous conseille d'aller jeter un oeil à leur
site. Et pour avoir un aperçu en dessins, je vous laisse découvrir le très beau travail d'Emily Nudd-Mitchell

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Vendredi 11 avril 2014 à 20:44

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"L'adolescente grimpa l'escalier, en portant en bandoulière un sac en vinyle marron imposant. Parvenue en haut des marches, elle sortit de sa poche de chemisier un bout de papier et se mit à comparer le chiffre qui y était inscrit avec le numéro des chambres. Ayant enfin trouvé celui qui correspondait, elle posa son sac et frappa à la porte. Byron ouvrit, vêtu d'un pantalon en toile, la chemise déboutonnée, tandis que Bobby, apercevant la jeune fille, se levait du lit au moment où elle demandait :
- Vous êtes Bobby Long ?
Byron s'écarta et montra Bobby du doigt.
- Je suis la fille de Lorraine, dit-elle."

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Byron Burns et Bobby Long. Deux anciens professeurs d'université, alcooliques et sans le sou qui vivent dans une chambre d'hôtel miteuse à la Nouvelle Orléans, en compagnie de Lorraine. Lorraine a été belle, elle a été magnifique, mais elle n'est plus qu'une vieille folle obèse, dont la main est toujours fourrée dans un paquet de chips. Le trio fonctionne, la vie peut sembler belle. Mais Lorraine décède subitement, et à la porte des deux hommes apparaît un petit bout de femme de 17 ans. Hanna, fille de Lorraine, venue pour récupérer le chèque de pension de sa mère avant de rentrer dans le trou minable où elle ne fait pas grand chose de sa vie. Le rayon de soleil dans le quotidien embrumé de mauvais tabac des deux hommes. Ils veulent l'aider, pour la beauté du geste, pour la mettre dans leur lit aussi, évidemment. Elle ne se laisse pas faire, elle prend l'éducation mais leur laisse les fantasmes. Ils ont tous à y gagner. Bobby et Byron peuvent encore être utiles, et Hanna n'a pas encore l'âge d'avoir raté sa vie. Et si Lolita allait étudier chez Bukowski ? 


Rares sont les romans où l'on se dit, dès la première ligne : Ce livre est formidable. Avec quelques mots, Ronald Everett Capps plante le décor. Une caravane sordide, pas d'argent, un homme à la vie quasiment derrière lui, un loser abîmé dont le seul but consiste à tenir jusqu'à la prochaine vodka orange. Un type minable mais attachant. C'est Byron. La chance, c'est qu'ils sont deux. Bobby Long, le prolixe Bobby Long, est de la partie. L'homme capable en une seule phrase de réciter de la poésie et demander à son interlocutrice de bien vouloir montrer "un petit bout de foufoune". La grâce et la vulgarité. L'instruction et la déchéance. Ils sont beaux, ils sont lourds, usants, mais on ne veut pas les quitter. 

L'ambiance est plus vraie que nature. On s'y croit. Dans la chambre d'hôtel, dans la maison à moitié repeinte, dans les canapés défoncés avec les sans-abris, dans la cuisine qui pue la graisse et l'alcool, et la sueur rance. Et au milieu, Hanna, un personnage à mille lieues du décor, la fleur dans le tas de purin. On craint pour l'honneur de cette petite, coincée avec ces deux vieux dégueulasses bukowskiens,  et on se retrouve dans un roman de Carson McCullers ! Il y a une grâce qui se dégage de cette histoire, un grain particulier qui râpe la langue mais donne envie de continuer, de ne s'arrêter qu'à la dernière page, à la dernière ligne avec la mélancolie de laisser partir ce trio atypique et bien brossé. 

L'écriture de Ronald Everett Capps enchante, transporte, emmène en vacances, elle prend aux tripes, elle fait rire de ces deux larrons en foire avec leurs dialogues interminables et insupportables qui résonnent comme une petite musique d'ambiance. Personnages charismatiques, orateurs hors du commun, grands enfants apeurés, ils sont réalistes, ils ont des faiblesses, des failles, mais ils sont bons. C'est un livre qui s'inscrit dans la lignée des grands romans américains, sur la misère humaine, la descente aux enfers et la rédemption inespérée. C'est un texte brillant, intelligent, bourré de références, totalement prenant... 
Un roman comme un grand rayon de soleil, qui réchauffe et laisse sur la langue le goût des vodkas-orange et des cigarettes bon marché, fumées sous le porche d'une maison mal finie de la Nouvelle Orléans. 

Ronald Everett Capps. La ballade de Bobby Long. Rue Fromentin, 2014. 309p. 

Photo trouvée ici 




Mardi 8 avril 2014 à 15:08

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" J'avais rarement vu un homme aussi séduisant.
Il avait les cheveux très sombres et son visage aux traits bien dessinés suffisait à le faire remarquer, mais, plus que le reste, ce furent ses yeux qui retinrent mon regard; de couleur claire, j'imaginai qu'ils étaient bleus. Quel dommage qu'il affiche une mine aussi renfrognée ! Je me demandai qui il était ... Un frère ? Non, l'article publié dans le journal ne mentionnait qu'une soeur, peut-être était-il son fiancé ? Je me penchai à l'oreille d'Emily. Elle, qui était toujours au courant de tout serait sûrement capable de me renseigner."

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Lorsque la nouvelle de la venue de Matthew Lorley, le célèbre directeur des magasins Lorley, se répandit dans Limerick, Mrs Nothfield eut immédiatement l'idée de le marier à sa première fille Brittany. Et c'est efflanquée de son mari, professeur d'université, et de ses trois autres filles Cassandra, Nikki et Victoria. Et Cassandra, étudiante en Lettres à l'université de la ville, sait bien que sa famille peut difficilement se faire discrète en société, mais n'accepterait de personne la moindre critique sur les gens dont elle partage le quotidien. Alors que vient se permettre ce grand brun arrogant, suant le mépris et la condescendance ? Le fier Damon Drayton est sur le point d'entrer dans la vie de Cassandra et elle n'est pas vraiment d'accord. Il se trouve qu'elle a un certain nombre de préjugés sur lui. Et réciproquement. Et tous deux ont leur orgueil. Décidément, ce n'est pas forcément un hasard que la jeune fille étudie l'oeuvre de Jane Austen lors de son semestre ... 

Je tiens tout d'abord à remercier Demoiselle Coquelicote pour m'avoir prêté ce livre, et vous pouvez retrouver son avis sur son très chouette
blog. Je n'ai pas vraiment l'habitude de lire des adaptations de romans de Jane Austen, ayant facilement tendance à être déçue dès que l'on s'éloigne de l'oeuvre originale, et pestant dès que l'on tombe dans une réécriture similaire. Bref, en ce qui concerne Jane Austen, je ne suis jamais contente si ce n'est pas elle l'auteur. Et j'ai été plutôt surprise par cette adaptation contemporaine qui utilise la trame d'Orgueil et Préjugés, tout en modernisant les anecdotes et caractères. 

Certaines choses m'ont un peu chagrinée, les prénoms des personnages par exemple... Peut-on m'expliquer comment réussir à idéaliser un homme qui s'appelle Damon Drayton ? Impossible, heureusement que l'image de Darcy reste dans l'imagination afin de rattraper le coup. On se laisse porter par cette histoire, que l'on connaît, tout en s'amusant de la réécriture. Mr Collins est toujours un imbécile à la fidélité excessive, sauf qu'au lieu d'aduler sa protectrice, il fait ici l'éloge de sa patronne. Point de demeure de Pemberley perdue dans le Derbyshire, ici la visite se fait dans un club de golf appartenant à l'héritier ...
Les transpositions sont faites de manière intelligente et aucun détail ne manque.  

Un roman sans prétention, qui prend et fonctionne plutôt bien, lorsque l'on est une addict de Jane Austen comme je peux l'être. Les personnages sonnent plutôt juste, entre une mère d'une vulgarité incroyable, gavée de soap opera minables (jusqu'à appeler ses enfants en hommage aux personnages de sa série favorite.J'ai par contre regretté qu'une place un peu plus importante ne soit pas faite à Mr Nothfield, le père de Cassandra. C'est un personnage (Mr Bennett) que j'aime énormément dans la version originale, mais à part quelques répliques sympathiques, je ne l'ai pas trouvé assez présent dans le roman de Jess Swann. Par contre, la modernisation permet d'approfondir certains aspects de la relation Cassandra-Damon (Lizzie-Darcy) qui auraient fait rougir Jane Austen. Attention, la fin de ce roman n'est pas pour les oies blanches ! 

Au final, ce roman est vraiment divertissant, même s'il n'égale pas l'oeuvre originale. On prend plaisir à retrouver des situations et des personnages que l'on connaît et que l'on aime, tout en déplorant un peu le niveau d'écriture, qui aurait pu, à mon goût, être un peu plus travaillé.
 

Jess Swann. Amour, Orgueil et préjugés. Les roses bleues. 2013. 425p. 

Jeudi 3 avril 2014 à 20:12

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Ce voyage sera ... Mortel... 

" Pour des raisons de sécurité, la NASA avait décidé que les trois adolescents tirés au sort devraient avoir quatorze ans révolus mais ne pourraient pas être âgés de plus de dix-huit ans. Ils devraient mesurer entre un mètre soixante et un mètre quatre-vingt-douze et passer les examens tant physiques que psychologiques chez un clinicien certifié de leur ville de résidence afin d'obtenir  un certificat médical d'aptitude en règle. La totalité des candidats devrait en outre  bénéficier d'une acuité visuelle quasi parfaite, ne pas présenter d'anomalies dans la vision des couleurs et avoir une pression artérielle en position assise qui ne dépasserait pas 140 pour 90. Sans oublier, bien sûr, les batteries de tests et les entraînements auxquels seraient ensuite soumis les trois heureux élus. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/1508997860542513971579656212555n.jpgIls s'appellent Mia, Midori et Antoine. Ils ne se connaissent pas, vivent chacun à un bout de la planète, et s'apprêtent à passer les prochains mois ensemble, dans une aventure hors du commun. Parmi les milliers de participants, ils ont été tirés au sort afin d'effectuer ce dont tous les adolescents rêvaient : effectuer un voyage sur la Lune. Pendant 172 heures, ils vont évoluer sur une base spatiale aménagée dans les années 70 : DARLAH 2. Le but de l'expédition est assez peu clair, mais peu importe, c'est déjà suffisamment excitant d'aller sur la Lune. Mais tous les trois, la veille de leur départ pour Houston, vont vivre une expérience étrange, inquiétante, leur déconseillant de quitter la terre ferme. Qu'importe, leur rêve ne souffrira aucune annulation. S'ils avaient su. S'ils avaient pesé le pour et le contre, s'ils s'étaient fiés aux signes, à leur intuition. Car la Lune n'est peut-être pas aussi déserte qu'on le prétend. Et si les astronautes les accompagnant avaient une vague idée de ce que l'on peut trouver là-haut ? Et s'ils n'étaient pas supposés retourner sur la Lune ? Sur la Lune, personne ne vous entend crier... 

Pourtant peu attirée par le sujet, j'ai été très agréablement surprise par ce roman angoissant à souhait. L'ambiance monte en tension au fil des chapitres, avant même que la fusée n'ait décollé. Que ce soit les bribes de conversations de la NASA qui ne laissent rien présager de bon, ou la réaction instinctive et violente d'un ancien agent, atteint d'Alzheimer, qui assiste à un désastre programmé depuis sa maison de retraite, on sent rapidement que rien ne va se passer comme prévu. 

L'auteur délaie le départ, et permet au lecteur de se familiariser avec les personnage, de rendre encore plus fort tout ce qu'ils laissent sur Terre. L'alternance de points de vue donne un rythme au récit, car les adolescents sont loin de se ressembler, et n'ont pas du tout les mêmes préoccupations. Une fois l'alunissage effectué, tout change. Le décor, déjà se fait quasi apocalyptique. Tout est gris, silencieux, calme à souhait ou oppressant, selon la situation. Et tout dérape assez rapidement, entraînant le lecteur dans une course contre la montre. Tout est lié à l'arrêt du générateur d'oxygène, à l'autonomie des bouteilles d'oxygène. 

Sur la Lune, on meurt pour de vrai, sans préambule. La mort s'impose brutalement, de manière déstabilisante, ce qui contribue à amplifier l'angoisse. Tout est fait pour ressentir l'impuissance et la peur des personnages, et ça fonctionne très bien. Et loin d'être un roman d'apprentissage, 172 heures sur la Lune n'a pas vocation de rassurer, de ne faire qu'une demi-frayeur à son lecteur. On aimerait se tromper, on se trompe, on est baladés, la mayonnaise prend, on tourne les pages frénétiquement dans l'espérance d'un apaisement final qui ne vient jamais. 

Fantastique sans sombrer dans quelque chose de trop obscur, on est plutôt dans un très bon roman d'aventures qui fait froid dans le dos.172 heures sur la Lune, c'est le roman à dévorer sous sa couette avec une lampe de poche, celui qui réveille les monstres sous le lit et vous envoie dans l'espace pour une ballade tragique. Alors, prêt à partir ? 

Johan Harstad. 172 heures sur la Lune. Albin Michel, 2013. 478p.



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