Dimanche 4 mai 2014 à 17:54

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" Fin secoua la tête et porta de nouveau son attention sur la porte. Il posa ses pieds de part et d'autre, sur le fuselage, et tira de toutes ses forces. Soudain, il y eut un bruit de métal que l'on déchire, et la porte céda. Fin tomba en arrière, sur l'aile. Pour la première fois en dix-sept ans, la lumière pénétra dans la cockpit. Fin se mit à genoux et agrippa l'embrasure pour se hisser et regarder à l'intérieur. Derrière lui, il entendit Whistler qui grimpait sur l'aile, mais il ne se retourna pas. Le spectacle qu'il découvrit était choquant et son odorat fut assailli par une puanteur qui rappelait le poisson pourri."

/images/Couv3/9782330026950.jpgFin s'est définitivement installé sur l'île de Lewis. Après ses aventures dans L'île des chasseurs d'oiseaux et l'Homme de Lewis, il compte mettre de l'ordre dans sa vie en prenant un boulot lié à la sécurité d'un domaine, afin  de lutter contre le braconnage. C'est ainsi qu'il va reprendre contact avec Whistler, un ami de longue date, rencontré au collège. A cette époque, Whistler faisait partie d'un groupe très en vogue, et Fin faisait le roadie pour le groupe. Le groupe existait toujours, bien que la disparition du leader, Roddy, ait eu une incidence sur sa popularité. Whistler n'a jamais rejoint une vie tranquille. Après avoir quitté le groupe il est resté sur Lewis, à braconner à droite à gauche, à vivre sans travailler et étancher le chagrin d'avoir perdu sa femme et de voir sa fille le détester. Alors les retrouvailles avec Fin pourraient amener leur lot de bons souvenirs. Sauf que rien ne se passera comme ça. Rien ne sera pareil après avoir découvert l'avion. Un avion au fond d'un loch, ça arrive. Un cadavre à l'intérieur, ça arrive. Mais quand l'avion est celui de Roddy, et le cadavre, celui de Roddy, là ça remet beaucoup de choses en question. 

Troisième et dernier tome de la trilogie écossaise de Peter May, et toujours le même plaisir à retrouver Fin et son don pour se fourrer dans des situations compliquées. Comme dans ses polars précédents, l'auteur a décidé de laisser une part plus importante à l'aspect culturel et à l'histoire du personnage principal plutôt qu'à l'intrigue policière. On passe toujours autant de temps dans la nature, à se balader près des lochs, dans les montagnes peu clémentes de l'île de Lewis. 

Côté histoire, c'est un nouveau pan de la fin de Fin McLeod que l'on découvre. Son adolescence, les années fac, l'époque de l'insouciance, des conneries, des histoires de filles et de musique. Mais aussi, plus ancrée, plus grave, l'importance de l'histoire familiale, de la dette que les gens peuvent contracter les uns envers les autres, de la responsabilité des vies. Peter May nous balade toujours entre plusieurs époques, plusieurs temporalités, mais c'est maîtrisé et l'on n'est jamais perdu. Et puis l'intrigue principale se mêle à d'autres histoires, à de la vengeance, à des conflits enfouis. Tout ce maelström compose un roman équilibré, à l'histoire surprenante, à la fin pas si inattendue, mais intrigante. 

On s'attarde sur les sentiments du personnage principal, sur sa relation amoureuse, et le polar quitte son but premier pour livrer des réflexions sur le couple, les attentes, la lassitude, les regrets, l'impuissance. Et c'est là que Peter May est fort. Aussi doué pour les courses-poursuites dans les montagnes que pour les drames familiaux, il ne laisse jamais son lecteur sur le côté et crée des situations au suspense toujours renouvelé. Une vraie gourmandise. 

Peter May. Le braconnier du lac perdu. Babel, 2014. 361p.

Jeudi 1er mai 2014 à 19:44

 
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Parce que je ne passe pas mon temps à lire, et surtout en ce moment où la reprise de la lecture est un peu compliquée, je regarde pas mal de films. Dans mes dernières découvertes, une adaptation d'un roman de Marcus Zusak, ainsi qu'un film de Wes Anderson. 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv3/2106077420131125172423153.jpgLa voleuse de livres, de Brian Percival

Il y a quelques années, j'avais eu un énorme coup de coeur pour le roman de Marcus Zusak. J'avais trouvé ce roman plein de magie, d'une certaine douceur et j'étais tombée totalement amoureuse du petit Rudy. Et je suis contente d'avoir laissé quelques années s'écouler entre la lecture du livre et le visionnage du film. Parce que j'ai tendance à être déçue des adaptations, je repère les petits détails qui manquent, les libertés prises par le réalisateur et je grogne pendant une heure trente. Et là, miracle, il me restait assez peu de souvenirs des détails, j'ai donc pu redécouvrir l'histoire avec plaisir.

Les acteurs sont vraiment bien choisis. J'ai toujours une certaine admiration pour Emily Watson, depuis qu'elle m'a coupé le souffle dans
Breaking the Waves. Elle joue la maman de Liesel, un rôle dur où se mêlent une froideur polaire et un coeur débordant. L'interprète de Liesel est plutôt convaincante, et Rudy, ah, Rudy est parfait. Il a tout ce qu'il faut pour faire chavirer les coeurs et vous tirer le nécessaire de larmes. L'histoire est respectée, bien qu'ayant subit des coupes assez importantes. La musique contribue à l'ambiance à la fois terrible et magique du film. C'est un film que l'on regarde avec plaisir, qui ne tombe pas (trop) dans le pathos et qui rend un assez bel hommage au livre. 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/images-copie-3.jpgMoonrise Kingdom, de Wes Anderson

Mon immense coup de coeur du moment. Comment ne pas craquer pour ce duo improbable ? Jeune fille en crise d'adolescence aux robes pastels et aux yeux assassins, et ce jeune scout au bonnet orné d'une queue de raton-laveur ? Comment ne pas être séduit par l'esthétique de Wes Anderson, cette photographie incroyable, son sens de l'humour absurde et déjanté ? Moonrise Kingdom avait tout pour me plaire. Une ambiance seventies surannée comme il faut, des dialogues touchants, drôles, bien amenés, des acteurs incroyablement doués. 

Je ne suis absolument pas objective en ce qui concerne ce film, car j'en suis ressortie enchantée. Au sens premier du terme. Entraînée dans un monde aux couleurs vives où domine souvent le jaune des tentes scouts et le bleu de 'l'ombre à paupières de Suzy. C'est un film qui fait remonter la part d'enfance en chacun, qui est à la fois terriblement intense et sérieux, et léger, si léger. Et cette scène sur la plage où nos deux amoureux en fuite dansent au son d'un vinyle de Françoise Hardy sur un petit lecteur portable : Mythique. Une mine de répliques cultes, de phrases à écrire en immense sur ses murs. 

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Jeudi 1er mai 2014 à 10:41

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 Bonjour à toutes et à tous ! Je vous avais parlé il y a quelques temps de mon idée de faire un Challenge Hot Summer, après le Cold Winter ! Eh bien voilà, je me lance. Les règles sont à peu près les mêmes, mais la durée un peu plus courte. Comme pour le Cold Winter, le but est de faire baisser sa PAL, rien de trop contraignant ! 

- Ce challenge se déroulera du 1er juin au 31 août 2014
- Les inscriptions sont ouvertes du 1er mai au 31 mai 2014
- Le nombre de livres inscrits est libre 
- Comme il s'agit d'un challenge d'été, je vous invite à choisir des livres qui pour vous ont un rapport avec l'été, le soleil, les pays chauds, ou ce qui pour vous est un livre de vacances (l'interprétation que vous faites de ces critères est très libre)
- Votre participation doit être mentionnée sur votre blog (si vous en avez un) avec la photo du challenge ainsi qu'un lien vers cet article
- Vous pouvez vous inscrire en postant un commentaire sur cet article, ou, encore mieux, en m'envoyant un mail à etenplusellelit@gmail.com 
- Comme pour le Cold Winter, je vous demande de me donner votre liste lors de votre inscription, afin que je puisse ajouter votre PAL Challenge sur cet article ! 
- Aucune inscription ne sera prise en compte au-delà du 31 mai (sinon c'est beaucoup beaucoup trop de boulot pour moi) 

Maintenant, c'est à vous de jouer ! 


Et en plus elle lit : 1/3
- Le vieux qui lisait des romans d'amour. Luis Sepulveda : LU
 
- Gokan. Diniz Galhos
- Le sourire étrusque. José Luis Sampedro

Demoiselle Coquelicote : 1/3
- Le chemin des fées. Fabrice Afansso
- L'homme de Lewis. Peter May : LU
- Charley Davidson, troisième tombe tout droit. Darynda Jones

Bella 333 : 2/4
- L'arbre de l'été. Guy Gavriel Kay
- L'éducation d'une fée.  Didier Van Cauwelaert 
- Salaam Ouessant. Azouz Begag : LU 
- La liste de mes envies. Grégoire Delacourt : LU

Anne : 1/3
-  L'île des chasseurs d'oiseaux. Peter May
- La reine de l'été. Joan D Vinge
- Faërie. J R R Tolkien : LU

Adeline : 0/4
- Au bonheur de Yaya, de Zahi Haddad 
- Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal
- Ensemble c'est tout, d'Anna Gavalda
- Journal d'un corps, de Daniel Pennac

Dadouche : 2/8
- Deux petits pas sur le sable mouillé, Anne-Dauphine Julliand LU
- Un été à Savannah, Beth Hoffman
- J'aurais préféré vivre, Thierry Cohen LU
 
- C'était pourtant l'été, Maeve Binchy
- Et surtout ne chercher pas à me joindre, Heleen Van Royen
- La ronde des saisons T1 Secrets d'une nuit d'été, Lisa Kleypas
- Cet été-là, Véronique Olmi
- Une île, Tracey Garvis Graves

Isabelle : 1/5
- Traînée de poudre, Patricia Cornwell
- Les années cerises, Claudie Gallay
- Heather Mallender a disparu, Robert Goddard
- L'Ecole des dingues, Cornelia Read
- Le braconnier du lac perdu, Peter May : LU

Jérémy : 1/3
- Mailman, Robert J Lennon : LU
- American Gods, Neil Gaiman
- Le seigneur des porcheries, Tristan Egolf

Léa : 0/5
- Messieurs les enfants, Daniel Pennac
- Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé
- Le treizième conte, Diane Setterfield
- L'épouse hollandaise, Eric McCormac
- La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender

Coralie : 0/4
- La moustache, Emmanuel Carrère
- Le coeur cousu, Carole Martinez
- Africa Trek, tome 1, Poussin
- Tobie Lolness, Timothée de Fombelle

Manon se livre : 0/4
- Je ne pensais pas aller si loin, Sidney Govou
- Vous revoir, Marc Levy
- Et si c'était vrai, Marc Levy
- La voleuse de livres, Marcus Zusak

C'era una volta : 1/7
- Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Jeannette Winterson
- Avant toi, Jojo Moyes
- La lumière du jour, Graham Swift
- La zone du dehors, Alain Damasio
- Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan
- L'oeil de la lune, Anonyme : LU
- Le chant de Dolorès, Wally Lamb



 
 

Lundi 28 avril 2014 à 20:02

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 Bonjour à tous et à toutes ! Aujourd'hui, point de littérature, mais un article culturel sur une exposition très chouette qui se déroulait à Lyon, au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation jusqu'au 13 avril 2014

L'exposition, installée dans les anciens sous sols de la Gestapo, revenait sur les différents aspects de la mode pendant la Seconde Guerre Mondiale. D'une part, la vie au quotidien, la débrouille, les moyens de se vêtir décemment en utilisant toutes les astuces possibles, et d'autre part la Haute Couture et le travail des couturiers. Beaucoup d'éléments sont donnés à voir aux visiteurs. Au rez-de-chaussée, la visite commence par la mise en avant des costumes ayant servi pour le tournage de la série Un village français, ainsi que des encarts consacrés au travail d'histoire nécessaire à la création des costumes pour la série. Ensuite on découvre quelques autres exemples de costumes ayant été utilisés pour des tournages de films, ainsi que des précisions sur le besoin de cohérence historique. 

Au sous-sol, une seule grande pièce est consacrée à cette exposition, ce qui laisse la possibilité au visiteur de déambuler à sa guise d'une vitrine à l'autre, de s'arrêter pour regarder un film, ou bien un album photo, lire un magazine féminin d'époque conservé, des lettres etc. Le contenu d'un sac à main est exposé afin de prendre conscience de tous les éléments "qui pourraient resservir" que la personne a conservé. Des morceaux d'allumettes, un bouton, une chute de tissu, tout pouvait être utile. 

Sont exposés des vêtements fabriqués avec des matériaux complètement inédits en matière de mode : celluloïd, corde, bois, tout est réutilisable. On regorge d'ingéniosité, de débrouille afin d'avoir une allure présentable. Sur ce point, le petit film qui tourne en boucle est édifiant. Il met bout à bout des publicités de l'époque ventant les mérites de diverses techniques : se teindre les jambes pour donner l'impression de porter des bas, les coiffeurs qui récupèrent les cheveux afin de les revendre pour fabriquer des textiles, idem pour les poils de chiens, chapeaux en copeaux de bois, semelles en bois ... Dans la vitrine on découvre des chaussures incroyables, en corde tressée de toutes les couleurs, des talons compensés évidés pour peser moins lourd, l'ancêtre de la Converse... Et les magazines féminins de l'époque sont aussi là pour donner mille petites astuces. Le côté pratique prime sur beaucoup de choses. Les femmes, qui à l'époque n'avaient pas le droit de porter de pantalon, inventent la jupe-culotte, dont les plis font penser à une jupe, et qui permet de monter à vélo plus facilement... 

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Du côté de la Haute Couture, on découvre que la guerre n'a pas arrêté les créateurs. La mode se fait plus sobre, les tissus utilisés sont soit moins chers, soit faits de matières non impactées par les "bons" de rationnement sur le textile, comme la dentelle. Mais l'élégance reste primordiale, on sent qu'il faut éviter de montrer que le pays est en guerre. Se côtoient des robes de soirées sobres mais terriblement chics, ainsi que des chemises de nuit taillées dans de la toile de parachute... A la fin de l'exposition, ce qui correspond à la période de la libération, on découvre tout une gamme de vêtements et accessoires bleus blancs et rouges, des cocardes tricolores ornant les chemisiers. La mode sert ici à passer un message, c'est une forme de résistance, une manière de défendre son pays. 

Malgré l'exposition de vêtements, malgré les couleurs, les tissus, on sent que le lieu n'est pas anodin. Il est chargé d'histoire, de vécu. Les voûtes semblent encore résonner des cris des personnes interrogées, et l'on se doute que beaucoup de sang à coulé là où nous posons les pieds. Cela rend cette exposition encore plus forte. Parce que la mode, souvent jugée superficielle, reste un marqueur sociologique important, et pesait sur le quotidien des femmes. La mode, l'habillement, ce que l'on montre de soi, c'est le reste de dignité lorsque l'on est en guerre, lorsque l'on mange à peine, lorsque l'on peut mourir à n'importe quel moment. Et l'agencement, la sélection de vêtements, le lieu, font que cette exposition, dans son ensemble est terrible et terriblement instructive. 

Pour plus d'infos sur le CHRD de Lyon, je vous conseille d'aller jeter un oeil à leur
site. Et pour avoir un aperçu en dessins, je vous laisse découvrir le très beau travail d'Emily Nudd-Mitchell

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Vendredi 11 avril 2014 à 20:44

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"L'adolescente grimpa l'escalier, en portant en bandoulière un sac en vinyle marron imposant. Parvenue en haut des marches, elle sortit de sa poche de chemisier un bout de papier et se mit à comparer le chiffre qui y était inscrit avec le numéro des chambres. Ayant enfin trouvé celui qui correspondait, elle posa son sac et frappa à la porte. Byron ouvrit, vêtu d'un pantalon en toile, la chemise déboutonnée, tandis que Bobby, apercevant la jeune fille, se levait du lit au moment où elle demandait :
- Vous êtes Bobby Long ?
Byron s'écarta et montra Bobby du doigt.
- Je suis la fille de Lorraine, dit-elle."

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Byron Burns et Bobby Long. Deux anciens professeurs d'université, alcooliques et sans le sou qui vivent dans une chambre d'hôtel miteuse à la Nouvelle Orléans, en compagnie de Lorraine. Lorraine a été belle, elle a été magnifique, mais elle n'est plus qu'une vieille folle obèse, dont la main est toujours fourrée dans un paquet de chips. Le trio fonctionne, la vie peut sembler belle. Mais Lorraine décède subitement, et à la porte des deux hommes apparaît un petit bout de femme de 17 ans. Hanna, fille de Lorraine, venue pour récupérer le chèque de pension de sa mère avant de rentrer dans le trou minable où elle ne fait pas grand chose de sa vie. Le rayon de soleil dans le quotidien embrumé de mauvais tabac des deux hommes. Ils veulent l'aider, pour la beauté du geste, pour la mettre dans leur lit aussi, évidemment. Elle ne se laisse pas faire, elle prend l'éducation mais leur laisse les fantasmes. Ils ont tous à y gagner. Bobby et Byron peuvent encore être utiles, et Hanna n'a pas encore l'âge d'avoir raté sa vie. Et si Lolita allait étudier chez Bukowski ? 


Rares sont les romans où l'on se dit, dès la première ligne : Ce livre est formidable. Avec quelques mots, Ronald Everett Capps plante le décor. Une caravane sordide, pas d'argent, un homme à la vie quasiment derrière lui, un loser abîmé dont le seul but consiste à tenir jusqu'à la prochaine vodka orange. Un type minable mais attachant. C'est Byron. La chance, c'est qu'ils sont deux. Bobby Long, le prolixe Bobby Long, est de la partie. L'homme capable en une seule phrase de réciter de la poésie et demander à son interlocutrice de bien vouloir montrer "un petit bout de foufoune". La grâce et la vulgarité. L'instruction et la déchéance. Ils sont beaux, ils sont lourds, usants, mais on ne veut pas les quitter. 

L'ambiance est plus vraie que nature. On s'y croit. Dans la chambre d'hôtel, dans la maison à moitié repeinte, dans les canapés défoncés avec les sans-abris, dans la cuisine qui pue la graisse et l'alcool, et la sueur rance. Et au milieu, Hanna, un personnage à mille lieues du décor, la fleur dans le tas de purin. On craint pour l'honneur de cette petite, coincée avec ces deux vieux dégueulasses bukowskiens,  et on se retrouve dans un roman de Carson McCullers ! Il y a une grâce qui se dégage de cette histoire, un grain particulier qui râpe la langue mais donne envie de continuer, de ne s'arrêter qu'à la dernière page, à la dernière ligne avec la mélancolie de laisser partir ce trio atypique et bien brossé. 

L'écriture de Ronald Everett Capps enchante, transporte, emmène en vacances, elle prend aux tripes, elle fait rire de ces deux larrons en foire avec leurs dialogues interminables et insupportables qui résonnent comme une petite musique d'ambiance. Personnages charismatiques, orateurs hors du commun, grands enfants apeurés, ils sont réalistes, ils ont des faiblesses, des failles, mais ils sont bons. C'est un livre qui s'inscrit dans la lignée des grands romans américains, sur la misère humaine, la descente aux enfers et la rédemption inespérée. C'est un texte brillant, intelligent, bourré de références, totalement prenant... 
Un roman comme un grand rayon de soleil, qui réchauffe et laisse sur la langue le goût des vodkas-orange et des cigarettes bon marché, fumées sous le porche d'une maison mal finie de la Nouvelle Orléans. 

Ronald Everett Capps. La ballade de Bobby Long. Rue Fromentin, 2014. 309p. 

Photo trouvée ici 




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