Mardi 8 avril 2014 à 15:08

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" J'avais rarement vu un homme aussi séduisant.
Il avait les cheveux très sombres et son visage aux traits bien dessinés suffisait à le faire remarquer, mais, plus que le reste, ce furent ses yeux qui retinrent mon regard; de couleur claire, j'imaginai qu'ils étaient bleus. Quel dommage qu'il affiche une mine aussi renfrognée ! Je me demandai qui il était ... Un frère ? Non, l'article publié dans le journal ne mentionnait qu'une soeur, peut-être était-il son fiancé ? Je me penchai à l'oreille d'Emily. Elle, qui était toujours au courant de tout serait sûrement capable de me renseigner."

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Lorsque la nouvelle de la venue de Matthew Lorley, le célèbre directeur des magasins Lorley, se répandit dans Limerick, Mrs Nothfield eut immédiatement l'idée de le marier à sa première fille Brittany. Et c'est efflanquée de son mari, professeur d'université, et de ses trois autres filles Cassandra, Nikki et Victoria. Et Cassandra, étudiante en Lettres à l'université de la ville, sait bien que sa famille peut difficilement se faire discrète en société, mais n'accepterait de personne la moindre critique sur les gens dont elle partage le quotidien. Alors que vient se permettre ce grand brun arrogant, suant le mépris et la condescendance ? Le fier Damon Drayton est sur le point d'entrer dans la vie de Cassandra et elle n'est pas vraiment d'accord. Il se trouve qu'elle a un certain nombre de préjugés sur lui. Et réciproquement. Et tous deux ont leur orgueil. Décidément, ce n'est pas forcément un hasard que la jeune fille étudie l'oeuvre de Jane Austen lors de son semestre ... 

Je tiens tout d'abord à remercier Demoiselle Coquelicote pour m'avoir prêté ce livre, et vous pouvez retrouver son avis sur son très chouette
blog. Je n'ai pas vraiment l'habitude de lire des adaptations de romans de Jane Austen, ayant facilement tendance à être déçue dès que l'on s'éloigne de l'oeuvre originale, et pestant dès que l'on tombe dans une réécriture similaire. Bref, en ce qui concerne Jane Austen, je ne suis jamais contente si ce n'est pas elle l'auteur. Et j'ai été plutôt surprise par cette adaptation contemporaine qui utilise la trame d'Orgueil et Préjugés, tout en modernisant les anecdotes et caractères. 

Certaines choses m'ont un peu chagrinée, les prénoms des personnages par exemple... Peut-on m'expliquer comment réussir à idéaliser un homme qui s'appelle Damon Drayton ? Impossible, heureusement que l'image de Darcy reste dans l'imagination afin de rattraper le coup. On se laisse porter par cette histoire, que l'on connaît, tout en s'amusant de la réécriture. Mr Collins est toujours un imbécile à la fidélité excessive, sauf qu'au lieu d'aduler sa protectrice, il fait ici l'éloge de sa patronne. Point de demeure de Pemberley perdue dans le Derbyshire, ici la visite se fait dans un club de golf appartenant à l'héritier ...
Les transpositions sont faites de manière intelligente et aucun détail ne manque.  

Un roman sans prétention, qui prend et fonctionne plutôt bien, lorsque l'on est une addict de Jane Austen comme je peux l'être. Les personnages sonnent plutôt juste, entre une mère d'une vulgarité incroyable, gavée de soap opera minables (jusqu'à appeler ses enfants en hommage aux personnages de sa série favorite.J'ai par contre regretté qu'une place un peu plus importante ne soit pas faite à Mr Nothfield, le père de Cassandra. C'est un personnage (Mr Bennett) que j'aime énormément dans la version originale, mais à part quelques répliques sympathiques, je ne l'ai pas trouvé assez présent dans le roman de Jess Swann. Par contre, la modernisation permet d'approfondir certains aspects de la relation Cassandra-Damon (Lizzie-Darcy) qui auraient fait rougir Jane Austen. Attention, la fin de ce roman n'est pas pour les oies blanches ! 

Au final, ce roman est vraiment divertissant, même s'il n'égale pas l'oeuvre originale. On prend plaisir à retrouver des situations et des personnages que l'on connaît et que l'on aime, tout en déplorant un peu le niveau d'écriture, qui aurait pu, à mon goût, être un peu plus travaillé.
 

Jess Swann. Amour, Orgueil et préjugés. Les roses bleues. 2013. 425p. 

Mardi 2 avril 2013 à 15:48

 Le Journal de Mr Darcy - Amanda Grange 

"  Le bal de Meryton, auquel nous avons assisté, était encore pire que je ne l'avais craint. Nous n'étions pas arrivés depuis cinq minutes que j'entendais une femme - j'hésite à la qualifier de dame - chuchoter à une autre que j'avais dix mille livres de rentes. Etre poursuivi pour ma fortune est ce que j'exècre le plus au monde. la rumeur se répandit dans toute la pièce, et les regards convergèrent vers moi comme si j'eusse été un pot rempli d'or. Cela n'améliora pas mon humeur. Heureusement, il ne me fut pas nécessaire de me joindre aux gens des environs. Bien que notre groupe fût restreint, Caroline, Mr et Mrs Hurst et moi-même fîmes de notre mieux pour nous divertir mutuellement. " 

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Pas besoin de vous rappeler l'histoire d'Orgueil et Préjugés, de Jane Austen, je pense que vous être nombreux à la connaître. Cependant, pour ceux qui n'auraient pas du tout entendu parler de ce monument de la littérature britannique, en voici un tout petit résumé; Elizabeth Bennet, une des cinq filles de la famille Bennet, vit avec ses parents et ses soeurs aux environs de Meryton. Un jour, Charles Bingley décide de s'installer dans une demeure voisine, amenant avec lui son ami Fitzwilliam Darcy. D'abord rebutée par son air hautain et suffisant, Elizabeth va rapidement se laisser charmer par Darcy, bien que celui-ci puisse difficilement s'abaisser à épouser une jeune femme d'un rang si inférieur. Malgré ces obstacles, l'amour triomphera et cette histoire inspirera de nombreux romans, séquelles, préquelles et autres dérivés de l'oeuvre de Jane Austen. Dans ce roman d'Amanda Grange, l'histoire d'Orgueil et Préjugés est conservée, mais le point de vue adopté est radicalement différent de l'oeuvre originale, puisqu'il s'agit ici de la vision de Darcy sur toute cette affaire. Pas de grande surprise sur les tenants et aboutissants de l'histoire, mais une vision approfondie des ressentis de Darcy, de ses préoccupations et de tout ce qui fait le contexte d'Orgueil et Préjugés, sans forcément être abordé dans la version originale. 

J'avais vu d'assez bonnes critiques de ce livre et étais plutôt curieuse de voir ce que pouvait donner l'adaptation d'un roman que j'avais adoré, du point de vue d'un personnage aussi attachant que Darcy. Eh bien j'ai été un peu déçue. Il y a des points positifs dans ce roman, c'est certain, mais aussi de grosses lacunes qui ont altéré le plaisir de la lecture. 

Pour les points positifs, j'ai trouvé que l'histoire initiale était respectée. Il n'y a pas d'ajout de péripétie ou de suppression de passages importants. On sent que l'auteur a sérieusement repris l'oeuvre de Jane Austen afin de coller au mieux à l'histoire. Certains passages ont même été repris de manière exacte, notamment pour certains dialogues, ou lettres. C'est vraiment agréable de retrouver des éléments familiers, de voir les clins d'oeil au modèle de l'histoire. Ensuite, certains personnages ont été très bien rendus, comme cette insupportable Caroline Bingley, pimbêche, hautaine, exécrable. Son caractère est accentué par Amanda Grange, et l'on prend presque plaisir à voir à quel point elle est détestable. L'ambiance globale du roman est sympathique, on a ses marques, ses repères. 

Mais quelques points négatifs ont un peu entaché cette lecture. Premièrement, le style. Quand on passe d'un style très travaillé, comme celui de Jane Austen, à celui assez médiocre d'Amanda Grange, ça fait un choc. Certaines expressions utilisées me semblent assez anachroniques, certains dialogues dépourvus d'intérêt. Et c'est dommage, car cela dessert totalement son propos. Mr Darcy, quant à lui, est dépeint d'une manière que je trouve presque superficielle. Certes on sent que ses affaires l'occupent un peu, mais que son journal intime est quasiment uniquement consacré à Elizabeth, et cela m'a semblé finalement assez peu vraisemblable, compte-tenu du caractère présenté par Austen. Entre sa volonté de marier Georgiana à Bingley et son aveuglement amoureux pour Elizabeth, on a l'impression que cet homme a une vie assez peu remplie. Cependant, il en reste toutefois sympathique et attachant, parfois fin dans ses répliques.  Et j'ai un peu tiqué sur la fin, où le côté romance bascule presque dans du pseudo-érotique-suggéré, après le mariage des Darcy. Elizabeth et Fitzwilliam consomment leur mariage, et on le sait. Mais je m'attendais peut-être à plus de subtilité, en tout cas, je ne voyais pas vraiment ce genre de propos comme approprié, si l'on veut coller totalement à l'ambiance voulue par Austen (non pas que je sois prude hein ! c'est plus pour une question de cohérence avec l'oeuvre de base). 

En bref, cette lecture a été légère et plutôt agréable, sans toutefois réussir à me captiver et me convaincre. Je pense donc passer mon tour sur les autres journaux des personnages de romans de Jane Austen. 

Amanda Grange. Le Journal de Mr Darcy. Milady, 2012. 396p.

Mercredi 18 juillet 2012 à 18:21

 La mort s'invite à Pemberley - P.D. James

" Pendant un moment, Elizabeth resta paralysée, incapable d'agir comme de penser. Elle reocnnut alors Lydia dans cette apparition hurlante et farouche et se précipita vers elle pour l'aider. Mais Lydia la repoussa et, sans que ses cris s'interrompent, se jeta dans les bras de Jane, la renversant presque. Bingley se porta au secours de sa femme et ensemble, ils soutinrent Lydia, la portant à demi, jusqu'à la porte. Elle hurlait toujours, se débattant sans paraître reconnaître ceux qui la retenaient, mais une fois à l'intérieur du château, à l'abri du vent, ils purent entendre ses paroles rauques et heurtées.
"Wickham est mort ! Denny l'a tué ! Allez donc le chercher, voyons ! Mais que faites-vous ? Ils sont là-bas, dans le bois ! Faites donc quelque chose ! Oh, mon Dieu, il est mort, j'en suis certaine !""

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/PDJamesLamortsinviteaPemberley-copie-1.pngTout va pour le mieux à Pemberley. Elizabeth Bennet est devenue Mrs Darcy depuis plusieurs années et s'apprête à donner un grand bal, comme chaque année au mois d'octobre. Entre les préparatifs, l'accueil des premiers invités (dont Jane et Bingley), tout le monde trouve de quoi s'occuper. La veille du bal, le colonel Fitzwilliam quitte précipitamment le salon de musique sous prétexte d'avoir besoin d'exercice. Quelques minutes plus tard, un cocher lancé à pleine vitesse arrive devant Pemberley. Lydia, la soeur d'Elizabeth et épouse de Georges Wickham, descend, échevelée, en hurlant que son mari est mort, dans le bois, qu'il a été tué. Bien que Wickham ne soit  pas le bienvenu à Pemberley en raison de sa tentative de séduction de la soeur de Darcy, des recherches sont immédiatement ordonnées. Fitzwilliam, Darcy et le jeune et séduisant Alveston trouvent Wickham bien vivant au coeur de la forêt, mais saoul, désorienté et penché sur le corps de son ami Denny. Il est donc le coupable tout désigné, pourtant, personne ne semble persuadé qu'il ait participé à la mort de son ami. Ce sera donc à Darcy de mener l'enquête afin de lever le mystère sur la mort du Capitaine Denny. 

Les fans de Janes Austen peuvent se réjouir. P.D. James, grande admiratrice de l'auteur d'Orgueil et Préjugés a écrit ici une séquelle bien menée, respectant les personnages et le style de Jane. On a le plaisir de retrouver Elizabeth, Darcy et leurs compagnons. On passe du temps à Pemberley et l'on découvre cette grande demeure, ses domestiques, ses codes. L'intrigue se construit autour de personnages dont on connait le passé, et c'est ce qui est intéressant. Qui n'a pas imaginé la suite des aventures des Darcy, des Wickham et des Bingley ? En reprenant un livre connu de tous, le risque était grand, mais cela a été réalisé avec brio. Le style ressemble étrangement à celui de Jane Austen, les tournures de phrases, les commentaires ironiques sur la bonne société anglaise. Même si le suspense n'est pas intense, certaines révélations sont inattendues et cela permet d'approfondir le caractère des personnages, leurs travers. Justement, cette intrigue classique m'a séduite car elle ne dénote pas avec l'époque, ni avec la ligne directrice des romans de Jane Austen. On reste dans un style très conventionnel, mais bien rythmé. Le seul petit bémol : l'histoire du meurtre est racontée à différentes personnes, et le lecteur doit à chaque fois relire ce récit, que l'on finit par connaître par coeur. Cependant, c'est cette répétition qui permet de voir si certains détails changent ou non. La fin, très optimiste, aurait pu être un peu moins mielleuse, mais les connaisseurs diront que chez Jane Austen, tout finit bien, donc, encore une fois, P.D James reste fidèle à son modèle. 
Je tiens à préciser que la connaissance de l'ouvrage de référence est parfaite pour l'auteur, car P.D. James est plus qu'une fan de Jane Austen, elle relit chaque année toutes les oeuvres de l'auteur, afin d'en connaître les moindres détails.

En deux mots : lisez-le. 


P.D. James. La mort s'invite à Pemberley. Flammarion, 2012. 393p.

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