Lundi 7 juillet 2014 à 22:45

 
/images/tumblrn6pu7hVpZa1sfgfh0o1500.png
"Parfois elle avait le sentiment qu'elle ne pourrait jamais rien offrir à Park qui arrive à la cheville de ce qu'il lui avait donné. C'était comme s'il lui balançait des trésors sur les genoux chaque matin sans même le savoir, sans aucune idée de la valeur qu'ils avaient.
Elle ne pourrait pas le rembourser. Elle n'arrivait même pas à le remercier correctement. Comment peut-on correctement remercier quelqu'un pour les Cure ? Ou les X-Men ? Parfait, elle avait le sentiment qu'elle aurait toujours une dette envers lui.
Et là, elle s'est souvenue que Park ne connaissait pas les Beatles." 


/images/sortiespocketjeunessepkj2014LPPOp1X.jpgLorsqu'Eleanor monte dans le bus ce matin là, Park ne voit qu'elle. A vrai dire, l'intégralité du bus ne voit qu'elle. Des cheveux roux improbables, un peu trop de chair, Eleanor prend de la place. Et puis ses vêtements, elle le fait exprès ou bien ? Personne ne semble décidé à faire une place à la nouvelle, sauf Park, bien à contre-coeur. A force d'être assis à côté d'elle matin et soir, Park commence à s'intéresser à cette fille bizarre qui lit ses comics par-dessus son épaule et a l'air d'aimer la même musique que lui. Mais ce qui l'intrigue encore plus, c'est l'histoire d'Eleanor. Ce qui l'a amenée à quitter sa maison pendant un an, l'histoire de ses parents, de ses frères et soeurs, son quotidien, ses peurs, ses espoirs, ses doutes. Eleanor, elle, voit en Park quelque chose de rare. Du respect, de l'attention, l'impression d'être une belle personne, qui mérite d'être protégée. Alors tous les deux, avec leurs walkman, leurs cassettes de The Cure et toute la force de leur amour, ils vont s'apprivoiser, se chercher, apprendre à se découvrir et à s'aimer. 

Eleanor & Park, c'est un peu comme plonger dans un roman de John Green, ou de Stephen Chbosky. C'est se laisser attendrir par deux adolescents adorables, le garçon le plus chouette de la Terre et la fille la plus farouche du monde. C'est se rappeler que l'on a eu 16 ans un jour et que c'était une période pleine de doutes, de questionnements, d'espoirs. Eleanor & Park, ce n'est pas seulement une histoire d'amour incroyablement belle, c'est aussi un roman sur la vie, sur le fait de grandir, sur l'émancipation, sur le sentiment d'être coincé entre le statut d'enfant et celui d'adulte, et ne pas savoir vraiment de quel côté on préfère aller. 

Porté par un humour subtil et une fraîcheur déconcertante, Eleanor & Park n'hésite pas à aborder des sujets sensibles. Le divorce, la maltraitance psychologique, qu'elle soit familiale ou scolaire, la pauvreté, les violences domestiques, Rainbow Rowell n'hésite pas à accentuer le contraste en mettant en relation deux personnages fondamentalement différents. Park vient d'un milieu aisé, avec des parents qui s'aiment, un seul frère. Au contraire, Eleanor partage sa chambre avec ses quatre frères et soeurs, entend régulièrement sa mère se faire frapper par son beau-père, et considère son père comme un étranger. 

Un vrai coup de coeur, voilà comment je peux qualifier ce roman. Un livre que l'on n'a pas envie de refermer avant la fin, et quelle fin ! On rit, on pleure, on voyage dans les années 80, on se révolte, on redoute la fin... C'est en tout cas un livre qui procure de l'émotion, où l'alternance des points de vue d'Eleanor et de Park permet de suivre l'évolution de leurs sentiments. C'est un livre que je mets en parallèle avec Paper Towns de John Green, pour la force de la figure féminine, et le dévouement de la figure masculine. Alors jetez un oeil à Eleanor & Park, vous ne perdrez pas votre temps ... 

(Et je tiens quand même à attirer votre oeil sur cette couverture magique et magnifique, qui porte un petit laïus de John Green, comme quoi, je vous avais dit que l'on voguait sur les mêmes eaux ! ) 

Rainbow Rowell. Eleanor & Park. Pocket Jeunesse, 2014. 378p. 

Mardi 4 février 2014 à 21:13

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/LittleRockDesegregation1957.jpg
"Ségrégation hier, ségrégation demain !" 

 L'intégration était suspendue? Peut-être que cela valait mieux, après tout. Sa vie redeviendrait comme avant. Injuste, mais normale et rassurante. Avec des écoles minable, mais sans menaces de mort au téléphone.
Blottie dans l'odeur de sa grand-mère, elle sentit pourtant que la déception prenait le dessus. Quand, à son tour, elle serait grand-mère, elle n'avait pas envie de se retrouver à devoir expliquer à ses petits-enfants pourquoi ils ne pouvaient pas aller au parc d'attraction avec les blancs.

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/frontcover.jpg1957, le gouvernement américain a décidé de lutter contre la Ségrégation en mettant en place une loi permettant aux lycéens noirs d'étudier dans les mêmes établissements que les blancs. Un lycée de l'Arkansas est chargé d'accueillir les neuf élèves qui se sont portés volontaires pour ce programme. Mais dans un état sudiste, conservateur, ancré dans la violence et le legs de l'esclavage, la nouvelle est violemment accueillie. Les familles se pressent afin d'empêcher les "nègres" de pénétrer dans l'école de leurs enfants. Certains promettent de leur réserver un sort funeste, le Klan veille au grain. Molly s'est portée volontaire, elle est noire et veut que la condition des siens change. Elle ne veut pas léguer ce monde à ses enfants, à ses petits enfants. Grace est blanche, elle vit dans une maison où travaille une bonne noire, sa meilleure amie distribue des tracts pour empêcher ces "singes" d'apporter leurs "maladies" dans leur lycée. Elle ne s'est jamais vraiment posé la question, mais même si la nouvelle de l'arrivée des étudiants ne la réjouit pas totalement, elle ne voit pas pourquoi elle devrait leur mener la vie dure. Et Molly doit intégrer la classe de Grace. Cette expérience sera peut-être l'occasion pour les deux jeunes filles de surmonter leurs préjugés... 

Se baser sur un épisode aussi violent de l'histoire de la Ségrégation n'était pas forcément gagné. Mais comme Judith Perrignon avec Les faibles et les forts, Annelise Heurtier nous livre une histoire forte, sensible et poignante. Les chapitres alternent entre le point de vue de Molly et celui de Grace, tout en restant à la troisième personne.
 Ainsi, au fur et à mesure, on peut voir l'évolution de la situation et les conséquences que cela peut avoir dans la vie de l'une ou l'autre. 

Et cette alternance de point de vue permet de mettre en avant le fait que la vie de Molly n'a rien à voir avec celle de Grace, et ce, uniquement parce qu'elle est noire.
 Alors que Grace s'interroge sur la tenue qu'elle va porter le jour de la rentrée, Molly se demande si le Klan ne va pas attaquer sa famille, si elle ne va pas être tabassée, insultée. Elle se demande même si elle pourra aller en cours. Alors que l'une subit les brimades, le mépris et les insultes, l'autre programme ses rendez-vous avec le garçon qu'elle convoite.  Elles n'ont pas les mêmes peurs, les mêmes responsabilités. Molly doit faire face à l'incompréhension de sa famille, qui a peur pour elle, à l'abandon de ses amis qui ne supportent pas qu'elle ait choisi un lycée pour Blancs, les regards de dégoût des lycéens qui passent chaque jour à côté d'elle, sans s'épargner un mot, une phrase blessante. 

Lundi 24 juin 2013 à 10:18

 Skippy dans les étoiles - Paul Murray 

" - Pour ton information, il y a deux équipes de première division qui m'ont appelé cet été pour me proposer de me prendre à l'essai.
- La première division de masturbation ? riposte Dennis
- Ouais, si y avait vraiment une première division de masturbation, tu serais David Beckham" ajoute Niall.
S'emparant d'un micro imaginaire, Dennis adopte l'accent relâché de l'Estuaire : 
" La masturbation a beaucoup changé depuis le temps où j'étais un jeune gars, Brian. De mon temps, nous nous masturbions pour le seul amour de la chose. Nous le faisions jour et nuit. Tous mes gamins de notre ville. Sur le vieux terrain vague, contre le mur de la maison... Je me souviens que Maman sortait et criait : "Arrête de te masturber comme ça et rentre prendre ton  thé ! Tu n'arriveras jamais à rien si tout ce à quoi tu penses, c'est à te masturber!" Dingues de masturbation, nous étions. Vos jeunes masturbateurs d'aujourd'hui, cependant, c'est rien que pour l'argent et les contrats publicitaires. Je m'inquiète parfois que la masturbation devienne un sport dévoyé." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/skippy7d1b4083051w30025d84.jpgDaniel Juster, dit "Skippy", se rend au Ed's, un fast-food du coin, avec Ruprecht Von Doren, dit "Von Turlutte".Jusque là, rien d'anormal. La situation atteint son climax dramatique lorsqu'en plein concours de "qui mangera le plus de beignets?" Skippy s'écroule sur le sol. A partir de là, il faut rembobiner le fil pour savoir comment ces deux adolescents en sont arrivés là.  Le décor ? Seabrook College, une prestigieuse institution irlandaise, son cortège de prêtres enseignants mais aussi d'enseignants normaux. L'internat, les réveils brumeux, le goût du chlore lorsque l'entraînement de natation commence, les journées interminables à traîner avec un obèse qui pense avoir cerné les grands mystères de l'Univers, les médicaments pris en douce, les trafics de Ritaline, la fille au frisbee qui ne posera jamais les yeux sur vous parce qu'elle est bien trop belle pour ça, les jeux-vidéos, les coups de fil à Papa pour continuer le Jeu et surtout, surtout ne jamais parler de Maman... Dans les méandres de l'adolescence, Skippy peine à trouver sa place, mais ce ne sont pas les adultes de Seabrook qui vont pouvoir lui venir en aide. Soit ils ont autre chose à faire, soit ils s'en foutent totalement, soit leurs problèmes sont beaucoup plus importants que ceux de Skippy. Dans ce climat de belle hypocrisie, de malaise adolescent et de questions existentielles, Skippy va mettre en marche quelque chose de beaucoup plus grand que lui, mais cela, il ne le sait pas encore. 

Skippy dans les étoiles est un roman auquel on peut accrocher, ou pas, mais qui ne peut pas laisser son lecteur indifférent. Les thèmes abordés par Paul Murray sont totalement d'actualité et interpellent, dérangent. Le lecteur est plongé au coeur de la vie d'un établissement scolaire privé et découvre la vie des élèves comme celle des professeurs. 

Les personnages sont nombreux, mais Paul Murray prend le temps de leur donner à tous une personnalité, un relief. On s'attache à certains, et on en méprise beaucoup d'autres. Skippy est un garçon extrêmement attachant, totalement perdu, ayant besoin d'aide mais ne trouvant aucune main tendue face à son malaise. Noyé parmi tant d'autres élèves, il passe totalement inaperçu. Sa timidité, sa stature chétive et sa discrétion ne l'ont jamais démarqué des autres élèves et il faut attendre une manifestation physique de son mal-être pour qu'il sorte enfin du lot. 

Avec un humour assez cynique et parfois décalé, comme on peut le voir dans l'extrait choisi au début de l'article, l'auteur nous plonge dans la vie de ces adolescents. On n'échappe ni aux blagues grasses et douteuses, ni aux petites mesquineries quotidiennes, et c'est la force de ce roman. On passe totalement du côté des élèves et l'on contemple l'indifférence du corps enseignant. Et lorsque l'on passe du côté du corps enseignant, on remarque que les préoccupations les plus importantes n'ont rien à voir avec les élèves. Un monde sépare adolescents et adultes, et seul un évènement imprévisible et perturbant va permettre de les relier. 

C'est un roman très bien écrit, dont les presque 700 pages se dévorent facilement, une fois le décor bien planté. Cette alternance d'humour noir et grinçant et de passages assez émouvant laissent une étrange impression qui n'est pas déplaisante. On se prend d'affection pour ces jeunes, on leur en veut de se laisser si facilement attirer par la drogue, la volonté de faire n'importe quoi, le manque de respect dont ils font preuve au quotidien. Mais en y réfléchissant, on se demande si c'est réellement leur faute. A vivre dans un environnement qui ne fait aucun cadeau, où chaque jour est une résistance aux autres, tout cela sous une protection factice d'adultes qui se désintéressent de tout ce qui ne se rapporte pas à leur petite vie, ne deviendrait-on pas exactement comme eux ? Ne serions-nous pas tentés par quelques cachets de Ritaline, par l'humiliation des plus faibles, la transgression permanente des règles, rien que pour le plaisir de se savoir en vie ? C'est un roman qui pose des questions, notamment sur la gestion des adolescents en Irlande, sur le fossé creusé entre ce qu'attendent ces institutions prestigieuses et la réalité de ce que peuvent donner ces jeunes. C'est un roman qui confronte deux mondes, les adultes et ceux qui apprennent à le devenir.  C'est un roman à lire si l'on s'intéresse au côté sociologique des choses (comme ça avait pu être le cas dans Une place à prendre), mais aussi si l'on a envie de côtoyer Skippy et sa bande de copains. Et de savoir s'il finira par embrasser la belle Lori, parce que finalement, à son âge, c'est peut-être sa préoccupation la plus importante...

Encore une fois je tiens à remercier les éditions Belfond pour m'avoir envoyé ce roman.
  Et je vous mets aussi l'avis de Chocoladdict, qui a comme moi lu et aimé ce roman 


Paul Murray. Skippy dans les étoiles. Belfond, 2013. 676p. 

Dimanche 10 février 2013 à 19:04

 Qui es-tu Alaska ? - John Green 

" Elle avait le genre d'yeux à vous convaincre de la suivre aveuglément quoi qu'elle fasse. Et elle était non seulement belle, mais sexy, quand on voyait ses seins qui tendaient son débardeur, ses jambes galbées qui se balançaient d'avant en arrière sous la balancelle, ses tongs qui pendaient au bout de ses doigts de pied vernis en bleu vif. C'est à cet instant précis, entre le moment où je lui ai posé la question sur le labyrinthe et celui où elle m'a répondu, que je me suis rendu compte de l'importance des courbes, de ces milliers de creux par lesquels le corps d'une fille passe d'un endroit à un autre, du cou-de-pied à la cheville, au mollet, du mollet à la hanche, à la taille, aux seins, au cou, au nez qu'elle avait droit, au front, à l'épaule,  à la cambrure du dos, aux fesses, au etc. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/9782070695799.jpgMiles Halter a 16 ans lorsqu'il décide de quitter ses parents afin d'intégrer le campus de Culver Creek lors de sa rentrée en 1ère. Il y fait rapidement la connaissance de Chip, son camarade de chambre, aussi appelé "Le Colonel". Chip déteste la plupart des élèves de ce lycée, des adolescents bourrés de fric, ne vivant que pour les soirées du week end dans les immenses maisons de Papa/Maman. Il est également réputé depuis plusieurs années pour organiser les meilleures blagues de Culver Creek, sorte de coups-fourrés où la plupart des participants risquent l'exclusion. Miles va également faire la connaissance de Takumi, Lara, mais surtout .... Alaska Young. La mystérieuse, magnifique, drôle et terriblement sexy Alaska Young. Avec son caractère instable, ses sautes d'humeur et ses blessures enfouies, elle va faire tourner la tête de Miles, qui sera prêt à tout pour elle. C'est également l'entrée dans la vie adolescente, les soirées, l'alcool, les cigarettes, les règles que l'on enfreint, les vengeances entre élèves et la perspective d'en sortir un peu grandi. Peut-être est-ce l'occasion pour Miles de s'intéresser à autre chose qu'aux dernières paroles des personnes célèbres, et de plonger dans la vraie vie, quitte à mal maîtriser la chute. 

Après mon énorme coup de coeur pour
Nos étoiles contraires, j'étais bien décidée à en découvrir un peu plus sur les publications de John Green. Au vu des échos très positifs sur Qui es-tu Alaska ? je me suis décidée à me lancer dedans, et je pense que j'ai bien fait. John Green possède une écriture fluide qui rend n'importe quelle histoire totalement passionnante. Le personnage de Miles, un peu paumé, suivant les autres et n'ayant pas connu beaucoup de rapports amicaux, m'a fait penser à Charlie, de The Perks of Being a Wallflower. Il est ami avec des personnages très charismatiques, mais néanmoins extrêmement touchants, comme Chip. Alaska est une vraie énigme, je pense que n'importe quelle fille peut envier la fascination qu'elle provoque, mais en même temps, il y a tellement de zones d'ombre chez cette jeune fille, qu'on a envie de lui tendre la main, de l'aider. Le personnage qui m'a beaucoup touchée, c'est le Vieux, ce professeur fatigué, âgé, usé, terreur des étudiants, mais tellement concerné par leur vie, leur quête de sens. 
Comme beaucoup de romans d'apprentissage, les péripéties par lesquelles passent nos héros ne sont pas toujours très positives. Encore une fois, John Green s'attaque à un sujet sensible, douloureux, mais le fait très bien, sans trop en rajouter. Il y a beaucoup de nuances, ce qui fait toute la beauté et la poésie du roman. Les personnages d'adolescents ont rapidement tendance à être exagérés, mais là, tout est dosé, le plus conforme possible à la vie des adolescents américains en pension.
  La force de John Green, c'est de réaliser des dialogues où la répartie est primordiale. On assiste à des matchs entre les personnages, où fusent les jeux de mots, les attaques vénéneuses et les déclarations les plus romantiques. Alors on en redemande ! C'est encore une fois un coup de coeur pour ce roman d'apprentissage complet, où tous les thèmes qui nous préoccupent à l'adolescence sont magistralement traités : amour, amitié, deuil, vie en dehors du cocon familial, indépendance ... Tout y est, vous n'avez donc plus aucune excuse pour ne pas lire Qui es-tu Alaska ! 

John Green. Qui es-tu Alaska. Gallimard, pôle fiction filles, 2011. 

<< Page précédente | 1 | Page suivante >>

Créer un podcast