Mercredi 25 juin 2014 à 8:29

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 " L'aînée avait les joues rondes, un menton fuyant et un nez droit proéminent, ce qui lui donnait l'air d'une figure de proue. On avait instinctivement l'impression que toute opposition s'écarterait tels les flots devant la volonté de cette femme d'âge mûr. Parfaitement immobile, les mains sur les genoux, elle nous scrutait et nous jaugeait, sans qu'un muscle de son visage bougeât. Cependant, malgré le calme maîtrisé de son attitude, je décelai une lueur dans son regard au moment où elle posa les yeux sur moi, comme si elle pressentait déjà que nous allions nous heurter." 

/images/lacuriositeestunpechemortel430901250400.jpgIl est temps pour Lizzie Martin de quitter Londres après toutes les émotions provoquées dans "Un intérêt particulier pour les morts". Et l'occasion se présente au parfait moment, on a besoin d'elle en tant que dame de compagnie pour une jeune femme de la famille Roche, Mrs Craven. La pauvre a perdu son enfant quelques mois plus tôt et n'arrive pas à se remettre de cette terrible épreuve. Elle refuserait même de croire à la mort du nouveau-né. Et lorsqu'elle est retrouvée paniquée, à genoux à côté du cadavre d'un attrapeur de rats de la région, sa santé mentale est mise en question. Mais Lizzie ne la croit pas plus folle que le reste des gens qui l'entourent et elle sent bien qu'on lui a caché des éléments concernant sa présence ici. Afin d'élucider la mort du  malheureux, elle fait appel à son ami Ben Ross, qui l'avait sauvée lors de ses précédentes péripéties, et auquel elle n'est pas insensible... 

Ce fût un plaisir de retrouver Lizzie Martin et Benjamin Ross dans une nouvelle aventure (comme je peux prendre plaisir à retrouver Charlotte et Thomas Pitt dans les romans d'Anne Perry). D'autant plus que dans cet opus, on quitte Londres afin de découvrir la côte, la lande, les plages et les petits villages peuplés de personnes méfiantes, adeptes des commérages, des ragots. Comme dans son précédent roman, Ann Granger alterne les points de vue entre Lizzie et Benjamin. Chaque début de chapitre nous informe de la personne qui va nous raconter son histoire, ce qui permet de suivre l'action à différents stades de son déroulement. 

La qualité de l'intrigue en elle-même peut être discutable. On se doute assez rapidement de ce qui s'est passé, des différents protagonistes impliqués, quoique certains m'aient surprise. Mais cela n'enlève en rien le plaisir de la lecture. Quelques éléments surprennent toutefois, certaines déclarations permettent de mieux cerner le contexte... Mais ce n'est pas l'attente de la révélation du nom du coupable qui fait tourner les pages. C'est l'ambiance, avec toutes les conventions sociales, les codes, les petites manigances afin de ne pas entacher la réputation de telle ou telle personne, la description des intérieurs, des tenues, de la vie quotidienne. Je ne suis pas spécialiste dans ce domaine et je ne saurais pas repérer les incohérences, anachronismes ou autres défauts concernant le contexte historique, mais rien ne m'a choqué outre mesure. 

Les différents personnages possèdent tous un caractère assez marqué, et je dois avouer que les deux soeurs Roche m'ont glacé le sang, chacune à leur manière. Elles donnent à la maison un caractère étrange, une atmosphère toxique et assez malsaine. Quant à Beresford, j'aurais bien aimé que l'auteur approfondisse un peu plus ce personnage, car il semble important dans les premiers chapitres, pour être abandonné assez grossièrement plus tard. Et comme j'aime bien me plaindre, j'ajouterai enfin que le dénouement, les dernières pages, m'ont semblé un peu trop mièvres à mon goût, mais ce n'est pas bien grave.
 



En bref, un deuxième tome peut-être un peu moins fouillé quant à l'intrigue policière, mais un contexte historique et des histoires concernant les personnages qui compensent. Un roman divertissant, prenant, dont on tourne les pages avec plaisir. Et j'attire votre attention sur le travail des couvertures de cette série, qui est vraiment très très chouette et colle assez bien à l'ambiance des livres. 

Ann Granger. La curiosité est un péché mortel. 10/18, 2014. 359p. 

Je précise que la photo en haut de l'article m'appartient. 

Dimanche 4 mai 2014 à 17:54

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" Fin secoua la tête et porta de nouveau son attention sur la porte. Il posa ses pieds de part et d'autre, sur le fuselage, et tira de toutes ses forces. Soudain, il y eut un bruit de métal que l'on déchire, et la porte céda. Fin tomba en arrière, sur l'aile. Pour la première fois en dix-sept ans, la lumière pénétra dans la cockpit. Fin se mit à genoux et agrippa l'embrasure pour se hisser et regarder à l'intérieur. Derrière lui, il entendit Whistler qui grimpait sur l'aile, mais il ne se retourna pas. Le spectacle qu'il découvrit était choquant et son odorat fut assailli par une puanteur qui rappelait le poisson pourri."

/images/Couv3/9782330026950.jpgFin s'est définitivement installé sur l'île de Lewis. Après ses aventures dans L'île des chasseurs d'oiseaux et l'Homme de Lewis, il compte mettre de l'ordre dans sa vie en prenant un boulot lié à la sécurité d'un domaine, afin  de lutter contre le braconnage. C'est ainsi qu'il va reprendre contact avec Whistler, un ami de longue date, rencontré au collège. A cette époque, Whistler faisait partie d'un groupe très en vogue, et Fin faisait le roadie pour le groupe. Le groupe existait toujours, bien que la disparition du leader, Roddy, ait eu une incidence sur sa popularité. Whistler n'a jamais rejoint une vie tranquille. Après avoir quitté le groupe il est resté sur Lewis, à braconner à droite à gauche, à vivre sans travailler et étancher le chagrin d'avoir perdu sa femme et de voir sa fille le détester. Alors les retrouvailles avec Fin pourraient amener leur lot de bons souvenirs. Sauf que rien ne se passera comme ça. Rien ne sera pareil après avoir découvert l'avion. Un avion au fond d'un loch, ça arrive. Un cadavre à l'intérieur, ça arrive. Mais quand l'avion est celui de Roddy, et le cadavre, celui de Roddy, là ça remet beaucoup de choses en question. 

Troisième et dernier tome de la trilogie écossaise de Peter May, et toujours le même plaisir à retrouver Fin et son don pour se fourrer dans des situations compliquées. Comme dans ses polars précédents, l'auteur a décidé de laisser une part plus importante à l'aspect culturel et à l'histoire du personnage principal plutôt qu'à l'intrigue policière. On passe toujours autant de temps dans la nature, à se balader près des lochs, dans les montagnes peu clémentes de l'île de Lewis. 

Côté histoire, c'est un nouveau pan de la fin de Fin McLeod que l'on découvre. Son adolescence, les années fac, l'époque de l'insouciance, des conneries, des histoires de filles et de musique. Mais aussi, plus ancrée, plus grave, l'importance de l'histoire familiale, de la dette que les gens peuvent contracter les uns envers les autres, de la responsabilité des vies. Peter May nous balade toujours entre plusieurs époques, plusieurs temporalités, mais c'est maîtrisé et l'on n'est jamais perdu. Et puis l'intrigue principale se mêle à d'autres histoires, à de la vengeance, à des conflits enfouis. Tout ce maelström compose un roman équilibré, à l'histoire surprenante, à la fin pas si inattendue, mais intrigante. 

On s'attarde sur les sentiments du personnage principal, sur sa relation amoureuse, et le polar quitte son but premier pour livrer des réflexions sur le couple, les attentes, la lassitude, les regrets, l'impuissance. Et c'est là que Peter May est fort. Aussi doué pour les courses-poursuites dans les montagnes que pour les drames familiaux, il ne laisse jamais son lecteur sur le côté et crée des situations au suspense toujours renouvelé. Une vraie gourmandise. 

Peter May. Le braconnier du lac perdu. Babel, 2014. 361p.

Lundi 27 janvier 2014 à 12:28

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" Le médecin arriva peu avant midi. Eustace l'accueillit et le conduisit dans le dressing où Georges reposait, exactement dans la position où Emily et Vespasia l'avaient trouvé. Il resta seul dans la pièce, en compagnie d'un valet prêt à lui offrir l'aide dont il aurait besoin, aller chercher de l'eau chaude ou des serviettes, par exemple. Eustace ne souhaitait pas rester dans la pièce; aussi attendit-il le compte rendu du praticien dans le petit salon, en compagnie de Vespasia. Emily et Sybilla se trouvaient encore dans leurs chambres. Tassie, qui revenait de chez la couturière, était effondrée, en larmes, dans le grand salon. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/5158STZE1YL.jpgJusqu'alors, Charlotte Pitt s'était intéressée aux enquêtes de son policier de mari uniquement parce qu'elles la sortaient de son quotidien. Mais cette fois-ci, c'est sa famille qui est directement attaqué. Le mari de sa soeur Emily, Georges, est retrouvé mort dans son lit au petit, matin. Crise cardiaque, sûrement. On prépare des funérailles dignes, la veuve éplorée s'enferme dans sa chambre pendant que le médecin examine le cadavre. Un détail troublant arrête celui-ci : le chien, mort également, au pied du lit. La cause ? Une tasse de café pleine de digitaline que l'homme aurait laissé lécher à l'animal. Tout s'arrête, il s'agit d'un meurtre, et comme il n'y a eu aucune effraction, le coupable est forcément parmi les membres de la famille. Mais qui ? Emily aurait-elle tué son mari à cause d'une passade pour une autre femme ? Le mari de la passade en question aurait-il succombé à la jalousie ? A moins qu'un secret plus grave ne soit dissimulé dans cette respectable famille. Charlotte Pitt, venue réconforter sa soeur, est bien décidée à faire éclater la vérité, quitte à jouer le rôle de la police à la place de son mari. Mais cela empêchera-t-il le meurtrier de frapper à nouveau ? 

Huitième tome des aventures de Charlotte et Thomas Pitt, Meurtres à Cardington Crescent est plus intimiste. Tout d'abord le cadavre fait partie de la famille, et l'enquête se déroule presque uniquement à huis-clos. Petit à petit, chaque personnage est passé au peigne fin, on découvre les vices, les secrets, les traits de caractère inavouables. Chaque hypothèse est considérée, et le lecteur se prend à essayer de mener l'enquête. La liste des suspects est restreinte, et le coupable est devant nos yeux. 

A chaque lecture d'un roman d'Anne Perry, je retrouve une ambiance qui me plaît énormément : l'Angleterre victorienne, ses codes, ses moeurs, les descriptions des toilettes et de l'ameublement de ces riches demeures. Mais chaque fois je suis révoltée contre l'obscurantisme qui régnait à cette époque au sujet des droits des femmes. Quand Eustace March déclare que les femmes ont un plus petit cerveau que les hommes et qu'elles sont ainsi dénuées d'intelligence, je bondis, lorsqu'il clame haut et fort que la seule place d'une femme est à faire des enfants, rendre visite aux pauvres et ne pas se soucier d'un droit de vote dont elles ne sauraient que faire, je bous. 

Néanmoins, dans Meurtres à Cardington Crescent, l'enquête est bien menée, on se faire plusieurs fois malmener et conduire sur de mauvaises pistes, ce qui contribue à un suspense préservé. L'empathie pour Emily est indéniable, c'est un personnage que l'on connaît, que l'on suit depuis plusieurs romans, impossible d'être indifférent à son veuvage. La seule note un peu en deçà du reste du roman ? Les pensées romantiques d'Emily pour un autre, alors que son cher et tendre est encore tiède. Mais à part cela, j'ai passé un très bon moment. 

Anne Perry. Meurtres à Cardington Crescent. 10/18. 2000. 381p.

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Mercredi 6 mars 2013 à 16:44

 Back up - Paul Colize 

" En plus des trois grammes d'alcool présents dans son système sanguin, les analyses dépistèrent la présence de codéine, de diazépam, de morphine et d'acide lysergique, un hallucinogène de synthèse plus connu sous l'acronyme LSD
La police en conclut que Larry Finch était en toute vraisemblance descendu pour se baigner et avait été victime d'une hydrocution. 

Lorsque la mère de Larry apprit son décès par téléphone, quelques heures plus tard, elle fit couler un bain chaud, s'y plongea avec une photo de son fils et s'ouvrit les veines.
Pendant que la vie quittait son corps, elle fredonna les couplets de Hush Little Baby, la berceuse qu'elle lui chantait durant les premières années de sa vie."

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Pearl Harbor, un groupe de rock formé par quatre anglais au milieu des années 60. Après avoir écumé les salles allemandes, ils ont enregistré un disque qui n'est jamais sorti. Quelques jours après cet enregistrement, les membres du groupes sont morts, chacun leur tour. Accidents, suicides. Aucune enquête approfondie n'a été menée, et les parents de ces quatre garçons ont continué leur vie. Belgique, début des années 60, un jeune garçon découvre le rock et la batterie. Toute son adolescence sera musicale. Le jour de sa convocation au service militaire, il disparaît et ne reviendra plus jamais chez lui. En 2010, un SDF est renversé par une voiture. Après quelques jours de coma, il se réveille, mais est atteint d'un Locked-in Syndrome. Cela signifie qu'il ne peut bouger que ses yeux, qu'il n'a aucun autre moyen de communiquer avec le monde extérieur. C'est au lecteur qu'il va raconter ses souvenirs, ses premiers vinyles, les premiers joins, le LSD, Paris, Londres, les concerts, jouer avec Clapton, la fuite, l'héroïne et l'enfer des descentes. Et le back-up de Berlin. Une soirée à jouer de la batterie pour un groupe. Une soirée qui va changer sa vie, qui va lui voler sa vie même. Mais que s'est-il réellement passé à Berlin ? Il n'est pas le seul à se poser la question, et certains n'ont toujours pas envie que le contenu réel de cette soirée soit dévoilé. 

Ce roman est plus à classer comme roman noir que vraiment comme un polar. Les décès suspects et les enquêtes tiennent un rôle finalement assez mineur dans le déroulement du récit. Tout d'abord, l'auteur nous présente une playlist de quelques titres marquants des années où se déroulent ce roman. On peut y croiser les Stones, Cream, Chuck Berry ou les Shadows. Ensuite la narration est répartie en trois catégories, qui alternent au fur et à mesure des chapitres. L'histoire du groupe Pearl Harbor, et des décès tragiques et moyennement accidentels des quatre membres ; l'histoire de ce SDF renversé par une voiture, ses soins à l'hôpital et l'enquête menée pour découvrir son identité ; et les souvenirs d'un homme ayant vécu son adolescence pendant les années 60. Toutes ces histoires vont finir par se croiser, mais les premières pages peuvent être un peu confuses pour le lecteur. Il faut juste se laisser porter par l'histoire. 

L'ambiance du roman est primordiale, c'est elle qui fait l'intérêt du livre. Paul Colize nous offre une plongée dans les années 60, les débuts du rock and roll, la formation des groupes les plus connus de l'histoire, mais aussi l'arrivée des drogues, des hallucinogènes puissants et de tout ce que cette libération, cette révolution culturelle a pu changer dans les moeurs. On a souvent idéalisé les années 60, comme idéal de liberté, d'indépendance, de création... Paul Colize nous montre que tout n'était pas aussi rose, que bien souvent, les drogues et l'alcool à outrance ont occasionné des dérives, et que la violence était extrêmement présente. Les personnages principaux sont vus comme des idoles, des sortes de héros, mais au fond ils sont pathétiques. Ils boivent et se shootent pour oublier qu'ils ont perdu tous leurs repères, que la liberté totale ne leur pose aucune barrière, qu'ils n'ont pas de limite pour se repérer. Et le fait que, tout en gardant une vision un peu utopiste de la création artistique,  les aspects négatifs de cette époque soient montrés clairement est un réel plus pour ce roman. Cela ne rend pas les personnages moins attachants, ils sont juste un peu plus ancrés dans un contexte historique plus réaliste. J'ai été assez frappée de la violence liée à la prise d'héroïne. Deux fois dans le roman des personnages se shootent à l'héroïne, deux fois leur destin est tragique. 

Au fil du roman, on commence à assembler les pièces du puzzle, et toute l'histoire reste très liée au monde de la musique. Que ce soit des enregistrements ou des questions de technique musicale, tout est extrêmement clair et bien expliqué, même pour des néophytes. Le suspense monte, et l'auteur réussit à garder l'attention de son lecteur en créant des rebondissements inattendus. On entre petit à petit dans un climat extrêmement tendu, une atmosphère de manipulation, de théorie du complot. Et à la fin, on se demande : qui a été manipulé finalement ? Nous ? Le personnage principal ? On finit par douter de tout ce qu'on a lu jusque là, tant il est difficile de juger qui est sain d'esprit, et qui est fou. Les dernières lignes nous donnent la réponse, c'est un final brillant après un roman captivant, extrêmement bien documenté, et indispensable à tout amateur de rock and roll. 

Paul Colize. Back up. Folio policier, 2013.  489p. 

Dimanche 23 décembre 2012 à 15:44

 Mort à Devil's Acre - Anne Perry 

" L'entrejambe et le haut du pantalon étaient noyés dans le sang ; le tissu de laine brune avait été lacéré et les parties génitales, complètement arrachées, reposaient entre les genoux, masse de chair violette, sanguinolente, méconnaissable. 
Withers sentit une sueur glacée perler à son front. Il eut envie de vomir, incapable de contrôler le tremblement de ses jambes. Dieu miséricordieux, quel être humain avait pu faire subir pareil supplice à son prochain ? Il partit à reculons en trébuchant et s'appuya contre le mur, tête baissée, pour empêcher la nausée de le submerger. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/16656912.jpgLa quartier de Devil's Acre a toujours été réputé pour être particulièrement malfamé. On y trouve des maisons closes, des maisons de jeu, un nombre grandissant d'ivrognes, prostituées et de mendiants. Mieux vaut ne pas y passer la nuit. Lorsque l'inspecteur Thomas Pitt y est appelé afin de travailler sur un meurtre sordide, il ne s'attend pas à une telle cruauté. L'assassin a poignardé un médecin respectable, et l'a dépossédé de ses parties génitales. Mais l'horreur ne fait que commencer, car il ne s'agit pas d'un meurtre isolé. Le propriétaire d'une maison close, proxénète à ses heures, a lui aussi été tué de la même manière quelques temps auparavant. Cet assassin sans scrupule a sans doute un message à faire passer. Charlotte Pitt, la femme de l'inspecteur (qui prend un certain plaisir à se mêler des enquêtes de son mari) ne peut pas, cette fois-ci, user de ses relations dans la bonne société anglaise afin de démasquer le coupable. Sauf peut-être quand c'est un jeune homme de sa connaissance qui est victime de ce mystérieux meurtrier. Charlotte passe à l'action, accompagnée de sa soeur Emilie, et est bien décidée à arrêter cet assassin avant que le cauchemar ne prenne plus d'ampleur. 

Cela fait maintenant quelques temps que je prends plaisir à lire les aventures de Charlotte et Thomas Pitt dans la bonne société de l'Angleterre victorienne. Mais cette fois-ci, je n'ai pas été aussi emballée que lors de leurs précédents enquêtes. L'intrigue est plutôt bonne, on se trouve face à un crime sordide qui semble relier des personnes n'ayant aucun rapport entre elles. Mais tout converge vers la prostitution et les maisons closes, ce qui fait quelques vagues dans les familles respectables. L'enchaînement des évènements me semble assez plat, et je n'ai pas retrouvé le rythme qui me plaisait dans les précédents romans d'Anne Perry. Certains personnages sont très attachants, comme le Général Balantyne, et Charlotte trouve toujours grâce à mes yeux. Mais cette manie qu'elle a de vouloir devancer son mari, qui est tout de même inspecteur de police, et de résoudre les affaires sans lui, est extrêmement agaçante. J'aime beaucoup Thomas Pitt. C'est un personnage assez simple mais intelligent, et je trouve qu'il est trop mis à l'écart dès que Charlotte se mêle de l'enquête. D'ailleurs, la plupart du temps, c'est elle qui résout l'énigme, et non pas son mari. De plus, le style littéraire d'Anne Perry m'a semblé encore plus plat qu'à l'ordinaire. Certaines phrases étaient lourdes, répétitives, ce qui m'a un peu gênée. Quant à la fin, inutile de s'appesantir longtemps dessus, sans présenter de réelle surprise, elle est expédiée en trois pages, ne donne que la moitié des réponses et semble presque tirée par les cheveux. 

Ce qui est toujours intéressant dans ces romans, c'est le portrait de la société anglaise de l'époque. Les conventions sociales, les moeurs, tous les codes qui régissaient cette époque, et cette classe aisée. L'ambiance créée dans le roman est donc assez intéressante, pour le côté documentaire. Malgré cet aspect, j'ai trouvé que c'était une lecture assez plate. Il me reste encore trois romans d'Anne Perry dans ma PAL, et une fois que je les aurai lus, je ne sais pas si je continuerai dans la série des Charlotte et Thomas Pitt. 

Anne Perry. Mort à Devil's Acre. 10/18, 1999. 286p. 

Ce roman est le quatrième de la liste pour le challenge Cold Winter. 
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