Mardi 10 décembre 2013 à 22:18

 Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson

Allan interrompit les deux frères en leur disant que s’il y avait une chose qu’il avait apprise en parcourant le monde, c’était que les plus insolubles conflits de la planète avait démarré de cette façon : « T’es bête ! – Non, c’est toi qui es bête ! – Non, c’est toi ! » La solution était bien souvent de partager une bouteille d’une contenance minimale de soixante-quinze centilitres, puis de regarder vers l’avenir. 
- Alors tu penses que soixante-quinze centilitres d’alcool pourrait résoudre le conflit entre Israël et la Palestine ? lui demande Bosse. L’histoire remonte quand même jusqu’à l’époque de la Bible !
- Pour ce conflit-là, il faudrait peut-être augmenter la dose, mais le principe reste le même. " 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/1.jpg Il n'est pas donné à tout le monde d'atteindre la centaine. Et quand on a passé une vie comme celle d'Allan Karlsson, on peut comprendre que le sympathique vieillard n'ait aucune envie de participer à la petite sauterie concoctée par Soeur Alice, en compagnie de tous les légumes qui composent l'essentiel de la maison de retraite. Se faire la malle ? Rien de plus simple, il suffit juste d'enjamber le rebord de la fenêtre, et faire le grand saut vers la liberté. Ce qui est assez aisé quand on a une chambre au rez de chaussée. Ensuite, se rendre à la gare la plus proche, faucher une valise contenant quelques millions de couronnes, et prendre le premier car qui passe. Et en route pour l'aventure ! Frayer avec des malfrats, se débarrasser de cadavres, arpenter la Suède avec une femelle éléphant et sa propriétaire, rien de plus normal pour Allan, qui a vécu bien plus dangereusement... Entre cavale centenaire et souvenirs de jeunesse (Ah les dîners avec Staline, la tequila avec Truman, ah le goulag, Franco, la bombe atomique....) la vie d'Allan se déroule, et l'entraîne dans d'abracadabrantes aventures. 

Je pense qu'il n'est actuellement pas possible de côtoyer des lecteurs sans avoir entendu parler du Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.
 Et puisqu'on me l'a offert à mon anniversaire, que je fêtais de plein gré, j'ai pris le temps de découvrir le "livre dont on parle tant". Eh bien, je dois être un peu hermétique à l'humour nordique. Bien que l'idée soit intéressante : Une aventure entremêlée d'un récit de vie, je n'ai pas ri à gorge déployée, comme on me l'avait promis. Déception.

Déjà parce que la traduction (à moins que ce ne soit l'écriture originale) laisse un peu à désirer, qualitativement parlant. Je peux parfois être exigeante et aimer qu'un livre soit bien écrit, et là, eh bien, on n'y est pas tout à fait. Rien de choquant, mais c'est un peu plat, un peu banal, comme style. Pour ce qui est de l'histoire, je reconnais que l'on sourit de tant d'absurdités (sans rien de négatif dans ce terme, l'histoire est basée sur un enchaînement de situations absurdes). C'est gros, c'est voyant comme une enseigne IKEA, rien n'est fait pour être crédible, car ce n'est pas le but et c'est ce qui sauve le livre. Le côté loufoque assumé fait sourire, c'est déjà ça. On ne se gausse pas comme des baleines, mais on se dit que tout de même, c'est pas mal fait, surtout au niveau des souvenirs d'Allan, qui côtoie les plus grands personnages historiques comme il le ferait avec un voisin ou son laitier. 

Ce petit côté Forest Gump n'est pas déplaisant, et donne surtout une petite leçon d'histoire, une piqûre de rappel.
 La montée du communisme, la Guerre Froide, les plus grands évènements historiques ont quelque chose à voir avec Allan. Et ce Allan, un peu benêt parfois, quoique sympathique au demeurant, contraste avec le sérieux des grands hommes. En bref, c'est un roman à lire quand on a vraiment ( VRAIMENT) besoin de se détendre, de ne pas trop réfléchir. On sourit, on passe un moment pas désagréable, mais ce n'est quand même pas le livre de l'année, n'exagérons rien. ( A moins que ce ne soit moi qui sois totalement réfractaire à l'humour venu du froid.) 

Jonas Jonasson.
 Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Pocket, 2012. 506p. 

Samedi 21 avril 2012 à 9:09

 Millenium 3 : La reine dans le palais des courants d'air - Stieg Larsson

" Lisbeth Salander sentit une odeur d'amandes et d'éthanol. Comme si elle avait de l'alcool dans la bouche, et elle essaya d'avaler mais sa langue paraissait engourdie et paralysée. Elle essaya d'ouvrir les yeux, mais sans y arriver. Elle entendit une voix lointaine qui semblait parler, mais elle était incapable de saisir les mots. Puis la voix devint claire et nette.
- Je crois qu'elle est en train de se réveiller.
Elle sentit quelqu'un toucher son front et elle voulut éloigner la main importune. Au même moment, une douleur fulgurante lui transperça l'épaule gauche. Elle se détendit.
- Tu m'entends ? 
Casse-toi.
- Est-ce que tu peux ouvrir les yeux ?
C'est quoi, ce connard qui me harcèle ?

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Millenium3-copie-2.jpgATTENTION SPOILERS 

Je n'ai pas pu résister longtemps à l'envie de connaître la fin des aventures de Lisbeth Salander. L'épilogue du deuxième tome nous montre une Lisbeth dans un sale état, mais vivante. Au début du troisième tome, on suit le parcours médical de la jeune femme pour être remise en état. Se faire extraire une balle de la tête n'a rien de marrant, mais le pire est encore à venir. En effet, Lisbeth, inculpée  pour seize chefs d'accusations différents, ne peut plus s'échapper : elle est gardée fermement à l'hôpital, en attendant son transfert en prison. Le docteur Teleborian ainsi que d'autres personnes qui s'étaient déjà occupées de Lisbeth quand elle était plus jeune, ont  tout intérêt à la faire ré-interner en psychiatrie. Car elle en sait trop, elle pourrait parler et risquer de dévoiler l'existence d'une des organisations les plus secrètes de la Suède, se trouvant au coeur de la police secrète. Mais c'est sans compter sur Super Blomkvist, qui a décidé de faire tout un numéro de Millenium sur Salander et les abus judiciaires dont elle a été victime. Petit à petit, chaque camp va chercher à obtenir ou cacher le plus d'informations possibles, tout en utilisant des méthodes peu conventionnelles. On retrouve Zalachenko, Niederman, Björck, Teleborian et les autres méchants. Mais pas d'inquiétude, il y en a d'autres en prime.
 

Je ne savais pas si j'arriverais à bout de ce livre. Non pas que je ne l'ai pas aimé, mais il m'a fallu du temps pour rentrer dedans. Je dirais que les 300 premières pages sont difficiles à passer, car elles sont centrées essentiellement sur de la politique et des organisations policières et judiciaires suédoises auxquelles je ne connais pas grand chose. Il y a beaucoup de noms, de dates, de personnages, et cela peut vite devenir un peu flou. Mais une fois que ces éléments sont mis en place, le rythme des deux premiers tomes reprend et l'on est embarqué jusqu'à la fin dans une histoire délirante mais prenante. Le personnage de Lisbeth est toujours aussi attachant. Le fait d'en savoir plus sur elle et de mieux comprendre son comportement aide, je pense, à l'apprécier encore plus. C'est un personnage que j'ai eu du mal à quitter, j'aurais aimé la suivre encore un peu. La relation qu'elle a avec son médecin est assez intéressante, et j'ai apprécié ce rapport de confiance qui se tisse au fil des pages. Ce que j'ai aimé dans ce tome, c'est la manière dont l'auteur arrive à distiller des détails au lecteur, et ensuite à les imbriquer les uns aux autres afin de former un puzzle cohérent et génial. Chaque nouveau personnage trouve sa place et s'insère bien dans l'histoire. (Même si j'ai eu un peu plus de mal avec les histoires d'amour de Mikael Blomkvist.) Dans cet épisode final, l'auteur en profite pour développer un personnage pourtant existant depuis le début : Erika Berger. Erika est la collaboratrice de Mikael au sein de Millenium, mais aussi son amante et amie. Et jusque là on en savait assez peu sur elle. Ici, elle devient réellement un personnage à part entière, avec une vie indépendante de celle de Mikael. Et c'est vraiment plaisant. On sent toutefois qu'un quatrième tome était prévu à la base, car certains éléments ne sont pas tout à fait mis au clair à la fin du troisième tome. Et même si l'intrigue principale est achevée, il y a comme un goût de pas fini dans l'histoire globale, ce qui est d'autant plus frustrant quand on a passé un si bon moment en compagnie des personnages. 

Vous l'aurez compris, même si le début est un peu long, ce dernier tome, ce n'est que du bonheur, et je vous le conseille vivement. 

Stieg Larsson. Millenium 3 : La reine dans le palais des courants d'air. Actes Sud, 2007. 711p.

Samedi 14 avril 2012 à 11:13

 Millenium 2 : La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - Stieg Larsson

" Elle resta immobile pendant plusieurs minutes et regarda le mince rai de lumière en haut de la porte. Puis elle bougea et essaya de sentir si les courroies étaient vraiment très serrées. Elle pouvait remonter un peu les genoux mais le harnais se tendit immédiatement. Elle se décontracta. Elle resta allongée complètement immobile, les yeux fixés dans le néant. 
Elle attendait.
Elle rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette. Elle le voyait imbibé d'essence. Elle pouvait sentir physiquement la boîte d'allumettes dans sa main. Elle la secouait. Ca faisait du bruit. Elle ouvrait la boîte et choisissait une allumette. Elle l'entendait dire quelque chose mais fermait ses oreilles et n'écoutait pas les mots. Elle voyait l'expression de son visage lorsqu'elle passait l'allumette sur le grattoir. Elle entendait le raclement du souffre contre le grattoir. On aurait dit un coup de tonnerre qui dure. Elle voyait le bout s'enflammer. 
Elle esquissa un sourire totalement dépourvu de joie et se blinda.
C'était la nuit de ses treize ans."


http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/Couv2/72121575-copie-1.jpg
ATTENTION SPOILERS 

Un an et demi après avoir lu le premier tome de Millenium, je retrouve Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander avec un réel plaisir. Après avoir mis de côté plusieurs millions de couronnes dans l'affaire Wennerström, Lisbeth Salander a décidé de prendre des vacances au soleil, le temps de se faire oublier de Mikael Blomkvist avec qui elle a eu une relation. De son côté, Mikael Blomkvist vient de trouver un nouveau sujet brûlant pour le journal Millenium.  Dag Svensson s'apprête à publier un livre sur le trafic des femmes en Suède et à y dénoncer un certain nombre de personnes haut placées. Sa compagne, Mia Bergman présente également sa thèse sur le même sujet, et les deux journalistes peuvent être considérés comme gênants. Alors que Mikael Blomkvist s'apprête à publier leurs articles et ouvrages, le couple se fait assassiner dans leur appartement. Les empreintes retrouvées sur l'arme du crime appartiennent à Lisbeth Salander, qui va se retrouver accusée de meurtre, traquée. Mikael Blomkvist est convaincu de l'innocence de Lisbeth, bien que rien ne joue en sa faveur. Se rappelant la dette qu'il a envers elle, il va organiser une enquête parallèle à celle de la police, afin de retrouver Lisbeth, mais également le véritable meurtrier de ses amis et collaborateurs. 

Lorsqu'on se replonge dans les aventures de Lisbeth Salander, on ne s'attend pas à ce que les évènements prennent cette tournure. La jeune femme semble se remettre assez bien de l'affaire Vanger qui se déroulait dans le premier tome, et vit sa vie sans trop poser de problèmes. Elle surveille toujours son tuteur, Maître Nils Bjurman, et décide de reprendre contact avec des personnes depuis longtemps perdues de vue. Et d'un coup, tout s'accélère. Au moment même où l'on se rend compte que Lisbeth est peut-être responsable de ces meurtres, on quitte son point de vue pour avancer aux côtés de Mikael ou de la police. Voilà comment l'auteur accroche son lecteur et l'empêche de refermer le livre. De plus, ce tome nous en apprend plus sur l'histoire de Lisbeth, son passé, sa famille, ce qui fait que l'on s'attache encore plus à ce personnage. Je dois avouer que je suis vraiment séduite par Lisbeth Salander, ses failles, sa psychologie, son comportement. Même lorsque l'on est convaincu de sa culpabilité, on a quand même envie de bien l'aimer. Encore une fois, c'est un succès, les chapitres se suivent et construisent méthodiquement une enquête, laissant filtrer tous les détails dont le lecteur a besoin pour échafauder des théories. Le nombre important de personnages peut être déroutant, surtout si l'on ajoute à cela le fait qu'ils portent tous des noms plus improbables les uns que les autres, mais en se concentrant un minimum, on parvient à suivre le fil. Il me semble que ce soit une volonté de l'auteur, de , par moments, perdre le lecteur pour lui faire retrouver le chemin un peu plus tard. 
La différence avec le premier tome se trouve dans le fait que le premier se terminait avec une enquête finie, résolue. Là, il faut continuer avec le troisième tome pour mettre au clair les problèmes irrésolus du deuxième. Donc, puisque je n'ai pas la patience d'attendre que le troisième sorte en poche, je vient de m'y mettre en grand format. 

Stieg Larsson. La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette. Babel noir, 2012. 792p.

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